Main d'un enfant passant sous l'eau du robinet.

20 centimètres. C’est la profondeur suffisante pour qu’un enfant se noie. La baignoire concentre bien la plupart des dangers de la salle de bain. Toutefois, elle n’est pas le seul objet d’inquiétude. Tour d’horizon des précautions à prendre lorsque nos enfants sont dans la salle de bain.

La température maximale de l’eau des sanitaires en France, ne doit pas dépasser 50°C.

Pas le temps de tout lire ? Ce qu’il faut retenir

  • Moins de 3 secondes suffisent à brûler un enfant au troisième degré avec l’eau du bain.
  • La brûlure d’un enfant de moins de 5 ans est toujours grave.
  • Plus de la moitié des noyades dans le bain concerne des enfants de moins de 2 ans.
  • L’usage du téléphone ou de l’ordinateur portable dans le bain peut être fatal.
  • L’ingestion de médicaments est la première cause d’intoxication chez l’enfant.

La douche et la baignoire, au cœur de tous les dangers

Une synthèse d’une année d’accidents pris en charge par les urgences des hôpitaux américains, a permis de déterminer que les blessures des enfants dans la salle de bain sont[1] :

  • des chutes dans 73.8% des cas,
  • réalisées dans la douche, la baignoire, ou à leur proximité immédiate,
  • plus fréquentes chez les enfants âgés de moins de 15 ans.

Toutefois, au-delà des chutes, il faut encore compter avec les brûlures et les noyades. 

Les enfants et les brûlures dans le bain

Si l’on vous posait la question suivante : 

  • A partir de quelle température la peau d’un bébé brûle-t-elle au troisième degré en moins de 3 secondes ?

Que répondriez-vous ? Si vous dites 60°C[2], vous avez raison. C’est pourquoi, depuis un arrêté du 30 novembre 2005[3], la température maximale de l’eau des sanitaires en France, ne doit pas dépasser 50°C. Encore faut-il que votre équipement soit bien réglé.

A 50°C, il ne faudra qu’une minute pour brûler la peau de votre enfant au troisième degré. Alors, imaginez qu’il hurle avant d’être mis dans le bain, il n’est pas sûr que vous allez vous rendre compte qu’il continue de hurler parce que l’eau est trop chaude.

Les enfants âgés de moins de 2 ans concentrent 66.7% des cas de noyade.

La preuve en est faite par le Centre d’expertise et de référence en santé publique du Québec (INSPQ)[4], qui souligne qu’entre l’année 2000 et l’année 2019, 41 personnes sont mortes des suites de brûlures liées à l’eau chaude.

D’avril 2011 à mars 2021 il n’y a pas eu moins de 225 hospitalisations, pour une moyenne annuelle de 2 décès et 23 hospitalisations. Pourtant, la législation canadienne a fixé la limite maximale de l’eau des sanitaires à 49°C depuis le 1er juillet 2008.

Soyez donc particulièrement prudent avec l’eau du bain. Ayez toujours un thermomètre dans la baignoire, et consultez-le avant d’y glisser votre nourrisson. Trop de gens placent d’abord le nourrisson puis font couler l’eau du bain, occasionnant des brûlures sur les jambes de l’enfant[5].

Si malheureusement, vous deviez faire face à ce genre d’accident, vous devez savoir que la brûlure d’un enfant de moins de 5 ans est toujours considérée comme grave. Tout comme l’est la brûlure d’une personne âgée de plus de 60 ans. Par conséquent, ce n’est pas la peine de lancer une recherche Google pour savoir comment la limiter.

Le premier réflexe à avoir est de prendre votre téléphone et de composer le 15 ou le 112, afin de pouvoir suivre les conseils du médecin régulateur qui vous dépêchera une ambulance sur place. 

Les noyades d’enfant dans leur bain

Une étude australienne menée sur une période de 12 ans, a permis de déterminer quelle était la population la plus à risque en matière de noyade d’enfants dans la baignoire[6]. Sans surprise, ce sont les enfants âgés de moins de 2 ans. A eux seuls, ils concentrent 66.7% des cas de noyade.

Parmi eux, ce sont près de la moitié qui n’avaient pas encore atteint l’âge d’un an. Ce qui induit que la première cause de noyade des enfants repose dans le fait que nos bambins ne sont pas capables de garder seuls leur tête hors de l’eau. 

Dans une salle de bain, le risque vient souvent du sèche-cheveux, du rasoir électrique, ou encore du téléphone portable.

Fait extrêmement intéressant : tous les enfants décédés dans le bain, de 2002 à 2014 en Australie, soit 77 enfants, sont morts dans moins de 40 centimètres d’eau. Parmi eux, neuf enfants étaient âgés entre 10 et 17 ans. 

La moyenne des noyades en Australie est ainsi de 6.5 enfants noyés par an dans leur bain. Personne ne peut dire combien de décès ont été évités de justesse par des parents inattentifs, mais pas trop. 

En France, des enquêtes “noyades” sont menées tous les trois ans pour déterminer les causes de ces accidents et tenter de mieux les prévenir[7]. Ce sont ainsi 1000 décès qui sont recensés chaque année, dont 9% concernent des enfants âgés de moins de 6 ans. 

Dans le domaine des noyades, seuls deux mots sont vraiment à retenir : “surveillance” et “prévention”. 

L’électricité et le bain ne font pas bon ménage

Autre type d’accident, celui de l’électrisation, c’est-à-dire de blessures liées au passage du courant dans le corps. A ne pas confondre avec l’électrocution, qui signifie que la victime en est décédée. 

Dans la salle de bain, les risques d’électrisation sont accrus. La présence d’eau, liquide conducteur, peut plus facilement entraîner une électrocution. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle, parmi les décès liés à l’électricité, une étude australienne a identifié l’électrocution dans le bain comme seconde cause de décès des moins de 15 ans[8], derrière les équipements défectueux.

A lire : Les dangers dans la chambre des enfants

Dans une salle de bain, le risque vient souvent du sèche-cheveux, du rasoir électrique, ou encore du téléphone portable[9], quand ce n’est pas même de l’ordinateur portable[10]. Entre manque de bon sens, et défaut de surveillance, le risque électrique peut être grand pour les enfants, et peut-être même plus pour les adolescents.

A Lille en 2004, et à Marseille en 2008, deux enfants de moins d’un an se sont vus servir du Clenbutérol à la place du lait en poudre.

Car les morts idiotes qui ont fait parler d’elles sur internet, sont souvent le fruit d’adolescents qui ne pouvaient pas se séparer de leur matériel numérique le temps d’un bain. Une manie qui en dit long sur leur degré d’addiction à ces outils high-tech. 

Les autres sources de risques pour les enfants dans la salle de bain : produits d’entretien et médicaments

Beaucoup de salles de bains constituent le lieu de stockage de produits de nettoyage dans l’habitation. Nous ne reviendrons pas sur le détail des risques que posent ces produits, que nous avons traités dans l’article consacré à la cuisine. 

A lire : Les dangers de la cuisine pour les enfants

Disons simplement qu’il convient de les mettre hors de portée des enfants, ainsi que l’on peut le lire sur leur emballage : “tenir hors de la portée des enfants”. Cette mise en garde fait d’ailleurs penser aux médicaments, qui eux aussi, se trouvent souvent dans la salle de bain.

Le défaut de perception du risque par l’enfant ne va pas en s’arrangeant avec l’âge, puisqu’il est à l’origine de 90% des ingestions accidentelles de médicaments pour les 1-4 ans contre 61% pour les moins de 1 an.

Dans un pays comme la France, où l’automédication[11] concerne 8 Français sur 10, les médicaments occupent une bonne place dans les trousses à pharmacie. Quand un bambin met la main dessus, il prend ces pilules de toutes les couleurs pour des bonbons.

L’ingestion de médicaments constitue d’ailleurs le plus fréquent cas d’intoxication de l’enfant de moins de 15 ans[12]. Les chiffres des intoxications par ingestion se présentent comme suit :

  • médicaments : 60.5% des cas,
  • produits ménagers : 23.5% des cas,
  • cosmétiques : 8.5% des cas,
  • végétaux : 2.5% des cas,
  • phytosanitaire : 2% des cas, 
  • Autres (dont alcool ou nicotine) : 2%

D’ailleurs, les médicaments ingérés accidentellement par les enfants en disent long sur le contenu de nos trousses à pharmacie, mais également sur l’état de santé de la société française[13] :

  • 29% sont des médicaments contre le stress, l’anxiété ou l’insomnie (benzodiazépines et hypnotiques),
  • 19.3% sont des anti-inflammatoires,
  • 14.7% du paracétamol,
  • 9.6% des antihistaminiques, 
  • 4.5% sont des stupéfiants, de la morphine ou de la codéine. 

La bonne nouvelle est que ces situations peuvent être évitées. Les causes de ces intoxications médicamenteuses ont été identifiées par les services de santé, comme étant[14] :

  • un défaut de surveillance des adultes présents,
  • un changement du lieu de garde (grands-parents ou amis),
  • une absence ou un oubli de rangement des médicaments après utilisation,
  • la couleur ou le parfum des médicaments, 
  • un défaut de conservation (transvasement de contenu dans des contenants alimentaires).

Sur ce dernier point, l’étude des prises en charge par les SAMU permet de mettre en évidence des cas de transvasement de contenu dans des contenants alimentaires[15]. Ainsi, à Lille en 2004, et à Marseille en 2008, deux enfants de moins d’un an se sont vus servir du Clenbutérol à la place du lait en poudre. 

De quoi s’agit-il ? D’un bronchodilatateur pour chevaux, utilisé de manière détournée par les culturistes ou les personnes désireuses de faire fondre leurs graisses. La cause de ces intoxications reposait dans le fait que ce produit en poudre avait été stocké dans une boîte de lait pour bébé. 

Ces événements se déroulent plus régulièrement aux heures de repas, dans la cuisine, la salle de bain, ou encore dans les toilettes. Le défaut de perception du risque par l’enfant ne va pas en s’arrangeant avec l’âge, puisqu’il est à l’origine de 90% des ingestions accidentelles de médicaments pour les 1-4 ans contre 61% pour les moins de 1 an[16].

Il faut donc être particulièrement méfiant avec les jeunes enfants, dont on pourrait penser qu’ils ont commencé à assimiler le danger. Il n’en est rien. 

Conclusion

La salle de bain présente des dangers pour les enfants qui sont propres à cette pièce. Le risque de brûlure lié à une eau trop chaude, de noyade suite à un défaut de surveillance, ou encore d’électrocution, est extrêmement important.

Bien que la chute reste l’accident le plus commun dans les salles de bain, prévenir les autres risques d’accident s’avère peut-être encore plus indispensable que pour les autres pièces de la maison.

En effet, la rapidité avec laquelle un enfant peut se brûler au troisième degré avec l’eau du bain, ou bien encore s’électrocuter du fait d’un appareil électrique laissé à sa portée, est patente. A cela s’ajoute encore le risque d’intoxication par ingestion de produits ménagers ou de médicaments.

Les conseils que l’on peut dispenser sont donc les suivants :

  • utiliser un thermomètre pour vérifier la température du bain,
  • ne jamais laisser un enfant dans le bain sans surveillance,
  • ranger les appareils électriques, ou les tenir hors de portée des enfants,
  • ne jamais considérer qu’il n’y a pas assez d’eau pour qu’un enfant se noie,
  • tenir les produits ménagers et les médicaments hors de portée des enfants,
  • ne jamais stocker un produit dangereux dans un emballage alimentaire.

Références

[1]
Head E.N., Stevens J.A., Haileyesus T., 2013, Bathroom injuries in children less than 15 years old, Injury Prevention, janvier 2013, doi: 10.1136/injuryprev-2012-040600.

[2]
Protégez votre enfant des accidents domestiquesSolidarités Santé, site consulté en décembre 2022.

[3]
2005, Arrêté du 30 novembre 2005 modifiant l’arrêté du 23 juin 1978 relatif aux installations fixes destinées au chauffage et à l’alimentation en eau chaude sanitaire des bâtiments d’habitation, des locaux de travail ou des locaux recevant du public, Légifrance, JORF n°291 du 15 décembre 2005.

[4]
2020, Brûlures causées par l’eau chaude domestique, Institut National de Santé Publique du Québec (INSPQ), 9 octobre 2020.

[5]
Davies E.N., Mewton J., Barlow K., et autre, 2003, Bathroom scalds in children, Research Gate, janvier 2003.

[6]
Peden A.E., Franklin R.C., Pearn J.H., 2017, Unintentional fatal child drowning in the bath: A 12-year Australian review (2002–2014), Journal of Paediatrics and Child Health, 05 septembre 2017, volume 54, Issue 2, doi: 10.1111/jpc.13688.

[7]
Ung A., Gautier A., Chatignoux E., et autre, 2019, Principaux résultats de l’enquête noyades menée au cours de l’été 2018 en France, Santé Publique France, 15 avril 2019, lien de téléchargement.

[8]
Bryard R., Hanson K.A., Gilbert J.D., James R.A., 2003, Death due to electrocution in childhood and early adolescence, Journal of Paediatrics and Child Health, 39(1):46-8, doi: 10.1046/j.1440-1754.2003.00070.x.

[9]
2021, Electrocutée par son portable dans son bain : une ado de 13 ans est morte à Mâcon, La Dépêche, 04 décembre 2021, article consulté en décembre 2022.

[10]
2010, Il s’électrocute avec un ordinateur, Le Figaro, 16 novembre 2010, article consulté en décembre 2022.

[11]
2019, L’automédication utilisée par 8 Français sur 10, Europe 1, 3 juillet 2019.

[12]
Chadeyras J., 2020, Evaluatino de la régulation médicale des intoxications accientelles de l’enfant de 0 à 15 ans au SAMU 40, étude rétrospective du 01/01/2018 au 31/12/2018, Université de Bordeaux, 19 février 2020, page 14.

[13]
Chadeyras J., 2020, Evaluatino de la régulation médicale des intoxications accientelles de l’enfant de 0 à 15 ans au SAMU 40, étude rétrospective du 01/01/2018 au 31/12/2018, Ibid., page 15.

[14]
Chadeyras J., 2020, Evaluatino de la régulation médicale des intoxications accientelles de l’enfant de 0 à 15 ans au SAMU 40, étude rétrospective du 01/01/2018 au 31/12/2018, Ibid., page 16.

[15]
Pulce C., Saviuc P., Pineau X., et autre, 2010, Clenbutérol : étude rétrospective des observations notifiées entre 2000 à 2008, Comité de coordination de toxicovigilance, février 2010, page 19, Marseille 2008 CRPV via BNPV.

[16]
Chadeyras J., 2020, Evaluatino de la régulation médicale des intoxications accientelles de l’enfant de 0 à 15 ans au SAMU 40, étude rétrospective du 01/01/2018 au 31/12/2018, Ibid., page 17.

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