Petite fille avec dents de lait buvant du lait maternel

Le lait maternel participe directement à la qualité de l’émail dentaire, et donc à la santé des dents de lait. Toutefois, il existe aussi un lien entre les dents de lait cariées et le lait maternel. Comment l’expliquer ? Et quand débuter le sevrage pour ne pas exposer son enfant à la pathologie des caries ? Voici les réponses à vos questions. 

Comment se forment nos dents de lait ? 

Les dents de lait se forment à partir d’un gel matriciel composé d’ions minéraux. Ce gel, en se minéralisant, forme l’émail dentaire de nos dents de lait, mais aussi de nos dents définitives. 

Une fois formé, l’émail dentaire se compose de ce que l’on appelle une apatite biologique connue sous le nom d’hydroxyapatite. Il s’agit principalement d’ions phosphate et d’ions calcium avec, dans une moindre quantité, des minéraux comme le strontium[1]

Pour être présents dans l’émail, ces minéraux doivent se retrouver dans l’environnement ainsi que dans l’alimentation du nourrisson. Justement, pour le calcium et le strontium, tout commence avec le lait maternel. 

L’allaitement renforce-t-il les dents de lait ? 

Oui, l’allaitement maternel renforce les dents de lait, mais aussi les dents définitives, grâce aux ions et aux minéraux qu’il apporte. Pourquoi aussi nos dents définitives ? Car l’émail de ces dernières se forme très tôt. Par exemple, la première molaire définitive voit son émail débuter sa formation très peu de temps après la naissance. 

La qualité des dents de lait, tout comme celle des dents définitives, peut donc s’apprécier au travers de la composition chimique de l’émail dentaire. Cette dernière se compose notamment des deux éléments que nous avons évoqués précédemment : 

  • Le strontium (Sr), 
  • Le calcium (Ca).

Les chercheurs, notamment les anthropologues intéressés par les pratiques d’allaitement et de sevrage empruntées par les populations anciennes, ont remarqué des variations chronologiques de ces éléments chimiques dans la couronne dentaire de la première molaire définitive. 

Ces variations sont directement en lien avec l’âge du sevrage. En effet, le lait maternel, riche en calcium, est relativement pauvre en strontium. Dès lors, quel est le bon âge pour arrêter d’allaiter un enfant ? 

Quand faut-il diversifier l’alimentation d’un enfant ? 

Le terme « sevrage » n’est pas toujours très clair. Qu’il s’agisse des textes anciens ou de son usage courant, il peut recouvrir deux acceptions[2]

  • Une diversification alimentaire en concurrence de l’allaitement, 
  • Un arrêt total de l’allaitement. 

L’OMS préconise un allaitement exclusif durant les 4 à 6 premiers mois de vie du nourrisson. Au-delà, les nutriments présents dans le lait maternel ne sont plus suffisants pour répondre aux besoins de l’enfant, autant en qualité qu’en quantité. 

En effet, ne serait-ce qu’au niveau des besoins en protéines, après 9 mois de lactation, le lait maternel s’appauvrit. Il devient alors rapidement insuffisant pour assurer le développement et la croissance de l’enfant[3]

Ce n’est pas tout, puisqu’un allaitement trop long, tout comme un allaitement trop court, peut participer activement à l’apparition de dents de lait cariées.  

Allaitement maternel et dents de lait cariées

La relation entre le lait maternel et la carie des dents de lait répond à une relation dite « non-linéaire ». Qu’est-ce que cela veut dire ? Dans le cas présent, cela signifie deux choses[4]

  1. Plus l’allaitement est court, plus les dents de lait sont cariées, 
  2. Plus l’allaitement est long, plus les dents de lait sont cariées. 

Autrement dit, il existe une durée d’allaitement optimale, qui évite de développer des dents de lait cariées. Ainsi, un allaitement soutenu qui dure plus de 2 ans, peut voir le développement de nombreuses et graves caries. 

Mais le développement des caries est conditionné à d’autres facteurs. C’est-à-dire que le lait maternel n’est pas exclusivement responsable du développement de caries. Il faut également ajouter : 

  • La consommation de sucres ajoutés par la mère et l’enfant, 
  • La consommation d’une eau fluorée (limite les effets d’un allaitement trop court ou trop long), 
  • La consommation de plats préparés contenant du sel fluoré, 
  • L’usage d’un dentifrice fluoré, 
  • La mauvaise qualité de l’émail dentaire, 
  • Le pH de la salive, 
  • La présence de plaques dentaires. 

Ce dernier point est même le plus important dans l’apparition de caries sur les dents de lait, puisqu’il multiplie ce risque par un facteur 8.5. 

Pour les femmes qui choisissent de poursuivre l’allaitement au-delà des 12 mois de l’enfant, il est important de diminuer la fréquence des allaitements nocturnes afin de limiter le risque de caries. 

A lire : Avantages de l’allaitement : crée-t-il le lien affectif mère-enfant ?

Cet article nous a donc permis d’apprécier le rapport entre le lait maternel et les caries, mais aussi l’importance d’autres facteurs dans leur apparition. Justement, la santé bucco-dentaire des enfants est aussi un marqueur social fort. Dans notre prochain article, nous allons nous intéresser à la prévalence de la carie précoce en fonction des régions. 

Pourquoi le lait maternel peut-il créer des caries ? 

La question est d’autant plus importante que le lait joue normalement un rôle protecteur contre les caries. En effet, grâce aux caséines et aux IgA qui le composent, il inhibe la croissance des bactéries sur l’émail dentaire et prévient leur attachement. 

Toutefois, lors d’un allaitement trop long (plus de 12 mois), la composition du lait se transforme en cause des caries, notamment du fait de la présence de lactose. 

Le lactose est un glucide fermentescible qui peut entraîner une baisse du pH dans la bouche de l’enfant qui tète encore le sein, passé l’âge d’un an. Cette baisse du pH est d’autant plus ennuyeuse si l’enfant tète la nuit, puisqu’elle va alors favoriser le développement des bactéries responsables des caries. 

Est-ce la même chose avec le lait de vache ? Non. Le lait de vache ne contient que 4.5% de lactose, contre 7.2% pour le lait maternel. 

Références

[1]
F. Rousseau, Le point sur les composés pour la reminéralisation de l’émail et de la dentine, Université Paris Descartes, 02 octobre 2017, n°062, page 5.

[2]
G. Oeil, L. Buchet, C. Rucker et autre, Estimation de la durée de l’allaitement maternel dans les populations historiques à partir des propriétés physico-chimiques de l’émail dentaire, CNRS.

[3]
G. Oeil, L. Buchet, C. Rucker et autre, Idid..

[4]
S. Viala, Allaitement et santé bucco-dentaire du nourrisson, Faculté d’Odontologie d’Aix-Marseille Université, 30 octobre 2020, page 18.

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