Femme en équilibre sur les mains, une jambe tendue dans une position de yoga difficile.

Avant d’être une succession de positions d’étirements, le Yoga est une pratique religieuse. Celle d’une union entre le pratiquant et Dieu. Le Yoga a d’ailleurs ses règles, au nombre de 25, que l’on retrouve dans le Yoga Soûtra[1].

Le Yoga de Patandjali, également appelé sankhya, est l’une des six théories philosophiques de l’Inde. Son objectif ? Se libérer du corps, pour atteindre la béatitude[2].

Sa méthode ? 25 principes, énumérés par Kapila, dont le premier n’est autre que la matière, de laquelle découlent tous les autres, jusqu’à l’âme. On compte ainsi :

1° : la matière,

2° : l’intelligence,

3° : la conscience,

4° : le son,

5° : la couleur,

6° : la saveur,

7° : l’odeur,

8° : la tangibilité,

9° à 19° : les organes des sens et de l’action,

20° à 24° : les produits matériels des précédents principes (eau, air, feu, terre, éther),

25° : l’âme.

Le Yoga évolue donc entre sensualisme, matérialisme et spiritualisme, avec des règles morales dont l’indifférence aux passions et aux douleurs tend vers le stoïcisme, et pas n’importe lequel.

Le gymnosophiste Calanus

Peut-être avez-vous entendu parler de la gymnosophie, une pratique remise au goût du jour, et qui vise la pratique de la philosophie et du Yoga. Les tenants de cette pratique étaient, dans l’Inde ancienne, ceux que les Grecs appelèrent les “gymnosophistes”, ou “sages-nus”[3].

Si vous ne vous souvenez plus de l’histoire du célèbre philosophe stoïcien Epictète, la voici : esclave boiteux, Epictète voyait son maître Epaphrodite jouer avec sa jambe. A tel point qu’il le prévint qu’elle allait casser. Ce qui devait arriver advint : Epaphrodite cassa la jambe d’Epictète, qui remarqua froidement : “Je vous l’avais bien dit que vous me casseriez la jambe : la voilà cassée.”[4]

Quel rapport avec le gymnosophiste Calanus ? Cet indien a poussé le stoïcisme jusque dans ses plus profonds retranchements. De 326 à 325 avant J.-C., Alexandre le Grand marche sur l’Inde avec son armée.

Au détour de l’une de ses conquêtes, l’empereur rencontre une école de gymnosophistes, parmi lesquels Calanus, qui accepte de suivre le conquérant et son armée. Sur la route de la Grèce, alors que Calanus a 73 ans, ce dernier se sent rattrapé par la vieillesse.

Pas question pour lui de devenir impotent. Sa volonté ? Mourir immolé sur un bûcher. Tous les écrivains grecs et romain (Elien, Arrien, Cicéron, Plutarque) s’accordent sur le courage du gymnosophiste, qui n’aurait jamais laissé paraître sa douleur dans le brasier qui l’a consumé[5].

Quel est le but du Yoga ?

Le Yoga Soûtra porte sur 4 éléments[6] :

  • La contemplation,
  • Le moyen de l’atteindre,
  • Les pouvoirs qu’elle confère,
  • L’extase.

Si le yogisme promet de “toucher la lune du bout du doigt”[7], il ne faut pas perdre de vue qu’il entend le faire en proposant au yogi de tout considérer comme égal, de sa propre famille aux choses les plus extérieures.

Est-ce là le but du Yoga contemporain ? Pas tout-à-fait. De nos jours, le Yoga tend bien plus au bien-être, à la paix intérieure qu’à la gestion des douleurs. Même si, en termes de limitation des douleurs, le yoga peut tirer son épingle du jeu !

A lire : Le yoga est-il efficace contre les douleurs de dos ?

Références

[1]
Blanc E., 1896, Histoire de la philosophie, Jules Vic & Amat éditeurs, tome 1, page 87.

[2]
Blanc E., Ibid., pages 83-84.

[3]
Blanc E., Ibid., page 81.

[4]
Dacier, 1866, Traduction des maximes d’Epictète, bureaux de la publication, Paris, 2ème édition, octobre 1866, page 34.

[5]
Muckensturm C., 1993, Dictionnaire des philosophies antiques, tome II, multi-auteurs, entrée 14, Cal(l)anus RESuppl. V., CNRS éditions, 1993.

[6]
Blanc E., Ibid., page 87.

[7]
Blanc E., Ibid., page 87.

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