Ecrire que l’allaitement maternel possède bien des avantages, est presque devenu une lapalissade. Pour ne citer que les plus incroyables avantages de l’allaitement, rappelons que les enfants allaités ont[1]  : 

  • 22% moins de risques de devenir obèses à l’adolescence,
  • 3 fois moins de risques de développer un lymphoïde cancéreux.

Bien que le lait maternel soit de très grande qualité pour nourrir bébé, on peut souvent lire, y compris dans les études scientifiques les plus sérieuses[2], que l’allaitement induit également deux choses essentielles : 

  • Il améliore la santé de la mère,
  • Il renforce les liens affectifs.

Nous allons voir que ce renforcement du lien mère-enfant induit par l’allaitement ne fait pas toujours l’unanimité, mais que l’IRM a peut-être mis fin à ce débat en images.

L’allaitement améliore la santé des mamans

De nombreuses recherches[3] confirment qu’effectivement l’allaitement joue un rôle très important dans la santé de la mère. 

Les effets bénéfiques de cette forme d’alimentation sont nombreux, tant à court terme qu’à moyen terme. On peut ainsi souligner, sans être exhaustif, les effets de long terme suivants, en disant que l’allaitement réduit les risques : 

  • De diabète de type 2, 
  • De maladies cardio-vasculaires,
  • De cancer du sein,
  • De cancer des ovaires. 

 A court terme, l’allaitement permet de : 

  • Ramener l’utérus à sa taille normale, 
  • Accompagner les changements métaboliques,
  • Réduire le stress,
  • Empêcher une nouvelle ovulation.

Attention cependant, n’allez pas penser que le fait de ne pas allaiter vous priverait de l’involution utérine (retour à sa taille normale) ou engendrerait un cancer du sein ou des ovaires. Pas de raccourcis malheureux !

C’est d’ailleurs par ce genre de déductions hasardeuses que l’on en vient à affirmer que l’allaitement favorise les liens affectifs mère-enfant. La réalité est plus complexe.

L’allaitement ne favoriserait pas les liens affectifs

C’est un point qu’une équipe de chercheurs américains et israéliens[4] ont souligné, en prenant toutefois la précaution de rappeler que cette idée de la relation entre lien mère-enfant et allaitement était non seulement ancrée dans la culture populaire, mais qu’elle était également partagée par de nombreux professionnels de santé. 

A lire : Allaitement et dents de lait cariées : démêler les mythes

Autrement dit, défendre l’hypothèse que le lien affectif impliqué par l’allaitement ne soit que le résultat d’une norme culturelle, revient à nager à contre-courant de la pensée majoritaire. Toutefois, aussi surprenant que cela puisse paraître, il faut savoir que la théorie du lien affectif lié à l’allaitement a été proposée par deux médecins, en 1976 : les docteurs Klaus et Kennell.

Ce n’est justement qu’une théorie. Leur postulat a d’ailleurs été largement critiqué[5] par la suite, notamment dans la description de l’attachement parent-enfant qui ne reposerait plus, selon certains professionnels, sur la notion de « bonding » (de « lien »), comme chez Klaus et Kennell, mais d’ « accointance ». 

L’idée étant ici que l’accointance démarrerait dès la grossesse pour se poursuivre durant l’enfance, après s’être renforcée par la naissance. Dans ce nouveau postulat, enfants comme parents apprendraient à se connaître et à s’aimer. 

Par conséquent, l’attachement entre la maman et son enfant, semble être bien plus complexe qu’une simple histoire de tétée. Même si elle jouerait quand même bien un rôle. On vous explique comment.

L’IRM au secours de la théorie

Les dernières avancées[6] en matière de capacité de compréhension des relations entre les mères et leurs bébés ont peut-être réussi à distinguer le vrai du faux en matière d’attachement lié à l’allaitement. C’est l’étude de l’activité cérébrale qui a permis de tirer les choses au clair. 

Tout le monde sait que les scientifiques sont comme Saint-Thomas : ils ne croient que ce qu’ils voient (ou ce qu’ils parviennent à démontrer). Les démonstrations étant toujours sujettes à la critique, car jamais entièrement à l’abri d’une erreur de méthode, l’avantage de l’IRM est de mettre la démonstration en image. 

C’est  ce qu’a fait une équipe de chercheurs allemands[7], qui a mis en évidence que les femmes allaitantes activaient plus fortement certaines parties de leur cerveau lorsqu’elles entendaient les cris de leurs enfants, comparé aux femmes qui n’ont pas allaité. 

Les chercheurs en ont déduit que leur système émotionnel était donc plus impliqué du fait de la période d’allaitement qu’elles ont partagée avec leur enfant. Cette prévalence émotionnelle proviendrait du fait que les mères allaitantes : 

  • Touchent plus leur enfant, 
  • Sont plus réactives à ses besoins, 
  • Ont un plus long contact visuel direct du fait de la tétée,
  • La durée de l’allaitement est corrélée à la sensibilité de la mère pour son enfant,
  • Sont moins sujettes à une perte d’attachement vers les 14 mois de l’enfant.

C’est maintenant que l’on pourrait crier victoire, en se disant que la démonstration est faite : l’allaitement renforce le lien affectif mère-enfant. Et bien, pas du tout. La réalité semble encore une fois bien plus complexe. 

L’allaitement améliore l’état psychologique de la mère

Imaginons un instant que l’allaitement soit le moteur des liens mère-enfant. Prenons maintenant en compte le fait qu’environ 33%[8] des femmes n’allaitent pas leur enfant en France, tout comme 20%[9] des femmes américaines. De ces chiffres nous ne prenons pas en compte celles qui n’allaitent pas durant une période recommandée de 4 mois en France, 12 mois aux Etats-Unis et 2 ans par l’OMS.

Assistons-nous pour autant à une rupture généralisée des liens mère-enfant dans nos sociétés ? Evidemment non. Il convient donc de nuancer l’importance de l’allaitement, sans non plus le minorer. C’est exactement ce qu’ont fait les chercheurs allemands.

En synthétisant les connaissances disponibles sur les liens entre l’allaitement et la qualité du lien affectif mère-enfant, ils se sont rendus compte que l’allaitement jouait un rôle majeur dans l’équilibre émotionnel des mères. Il permet ainsi : 

  • De réduire le stress, 
  • D’apporter une humeur positive,
  • D’améliorer la réponse émotionnelle envers les autres.

Ce serait bien l’ensemble de ces éléments qui rendent les mères plus attentives à tous ceux qui les entourent, pas seulement leur nouveau-né. L’effet se fait d’ailleurs directement sentir sur la fameuse dépression postpartum. 

Les femmes allaitantes subissent moins de dépression postpartum

Les chercheurs allemands soulignent l’importance des études qui mènent à la même conclusion : l’allaitement réduit les risques de dépression postpartum. Au point qu’une étude a même mis en évidence une corrélation entre l’apparition de la dépression et la baisse de la fréquence d’allaitement lorsque la mère décidait de passer à l’allaitement mixte[10].

Cela signifie-t-il qu’une femme qui décide, dès le départ, de ne pas allaiter, prend le risque d’entrer dans une dépression postpartum ? Et bien non, pas forcément ! C’est ce qu’ont révélé des médecins britanniques[11], en se penchant sur le lien entre les raisons de la fin de l’allaitement et la dépression postpartum. 

Ils ont ainsi mis en évidence que les femmes qui arrêtaient l’allaitement en raison de difficultés à allaiter, notamment du fait des douleurs, étaient bien plus sujettes à ce type de dépression. Par conséquent, la raison de la dépression est peut-être bien moins liée à l’allaitement en lui-même qu’à l’idée qu’on s’en fait. 

Conclusion

Pour beaucoup de mamans, ne pas réussir à allaiter leur donne une image négative d’elles-mêmes, celle d’être une mauvaise mère, ou une mère incapable de faire ce que font pourtant plein d’autres femmes. C’est exactement sur ce point qu’il faut se rassurer : ce n’est pas parce qu’on ne donne pas le sein que l’on est une mauvaise mère. 

On ne répétera jamais assez qu’il n’y a aucun rapport entre l’amour que l’on porte à son enfant et la capacité à allaiter. Si nos liens affectifs se résumaient à la tété, les hommes mangeraient leurs enfants comme les crocodiles mâles dévorent les œufs des femelles. 

Il est donc important de laisser parler ceux qui pensent savoir, ceux qui empruntent des partis pris, et vantent l’allaitement au point de faire culpabiliser les jeunes mamans. Souvenez-vous que même les scientifiques sont dans le flou. 

Non seulement ils doutent du lien entre allaitement et affection mère-enfant, mais surtout ils tendent à démontrer que la construction du lien affectif est bien plus complexe qu’une simple histoire de tétons. 

Surtout, entrer dans une dépression postpartum en pensant ne pas être une mère adéquate, affectera bien plus fortement les liens mère-enfant, et l’équilibre familial dans son ensemble, qu’un bon biberon. 

 

[1]
Moore M.L.,2001, Current Research Continues to Support Breastfeeding Benefits, The Journal of Perinatal Education, Summer 2001, doi: 10.1624/105812401X88327

[2]
06 août 2012, Research on Breastfeeding & Breast Milk at the NICHD, Eunice Kennedy Shriver National Institute of Child Health and Human Development

[3]
Dieterich C.M, Felice J.P. et autres, 01 février 2014, Breastfeeding and Health Outcomes for the Mother-Infant Dyad, Pediatric Clinics of North America, doi : 10.1016/j.pcl.2012.09.010

[4]
Hairston I.S., Handelzalts J.E., Lehman-Inbar T., 11 avril 2019, Mother-infant bonding is not associated with feeding type : a community study sampleBMC Pregnancy And Childbirth, Volume 19, article 125 (2019).

[5]
Bell L., Goulet C., Tribble et autres, 1996, Une analyse du concept d’attachement parents-enfants,Recherche en soins infirmiers, numéro 46, septembre 1996.

[6]
Krol K.M., Grossmann T., 2018, Psychological effects of breastfeeding on children and mothers, Bundesgesundheitsblatt Gesundheitsfoschung Gesundheitsschutz, publié en ligne le 22 juin 2018, doi : 10.1007/s00103-018-2769-0

[7]
Ibid., doi : 10.1007/s00103-018-2769-0

[8]
Vilain A., 2020, Le premier certificat de santé de l’enfant, certificat du 8ème jour (CS8), 2017, Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (DREES), numéro 52, mai 2020

[9]
NBC News, 23 août 2016

[10]
Figueiredo B., Canario C., Field T., 2014, Breastfeeding is negatively affected by prenatal depression and reduces postpartum depressionPsychological Medicine, Epub 3 juillet 2013, doi : 10.1017/S0033291713001530

[11]
Brown A., Rance J., Bennett P., 2016, Journal of Advanced Nursing, février 2016 72(2), doi : 10.1111/jan.12832

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