Fille tendant son doudou ausculté par le médecin avec son stéthoscope.

Les cancers pédiatriques touchent 2 500 enfants et adolescents par an en France. 80% d’entre eux en guérissent[1]. Les principaux cancers des enfants, qui représentent 1 à 2% du nombre total de cancers, sont[2] :

  1. Les leucémies aigües lymphoblastiques et myéloblastiques,
  2. Le cancer du rein (tumeur de Wilms),
  3. Les cancers du système lymphatique (neuroblastome, lymphomes non hodgkiniens et lymphome de Hodgkin),
  4. Le cancer de l’oeil,
  5. Le cancer du système nerveux central,
  6. Le cancer des os.

Toutefois, qu’il s’agisse des Etats-Unis ou encore du Canada, tous les Etats constatent une augmentation du nombre de cancers chez les adolescents. Nous allons essayer de comprendre pourquoi, après avoir évoqué les principaux types de cancers.

1. Les leucémies aiguës chez l’enfant

Il existe 2 principales leucémies chez l’enfant :

  • La leucémie lymphoblastique,
  • La leucémie myéloblastique.

La leucémie lymphoblastique

Il s’agit d’un cancer touchant les cellules lymphoïdes au début de leur différenciation. La moelle osseuse ne produit alors plus assez de cellules (insuffisance médullaire) et est envahie de cellules malignes[3].

Heureusement, 98% des enfants atteints d’une leucémie lymphoblastique connaissent une rémission dans les semaines qui suivent le début du traitement. 90% des enfants en guérissent[4].

La leucémie myéloblastique

Egalement appelée leucémie aiguë myéloïde (LAM), est un type de cancer qui touche les cellules souches dites hématopoïétiques (CSH), c’est-à-dire celles à l’origine de la formation des cellules sanguines[5].

La LAM touche 500 enfants par an aux Etats-Unis. En France, toute classe d’âge confondue, la LAM touche environ 3 500 personnes chaque année, avec une large disparité en termes de survie[6] :

  • 69% des moins de 30 ans survivent plus de 5 ans,
  • 94% des plus de 80 ans décèdent dans les 5 ans.

2. Le cancer du rein

Chez les enfants, c’est la tumeur de Wilms qui est la plus répandue. Elle représente 5% à 14% des cancers de l’enfant[7]. Elle touche principalement les petits de moins de 5 ans, et très rarement les adultes. 90% d’entre eux en guérissent, malgré le fait que cette tumeur maligne peut se transformer en métastases pulmonaires[8].

Son origine est inconnue. Ni l’environnement, ni les habitudes de vie n’ont été identifiés comme en étant à l’origine. La seule chose que les médecins savent, est que dans 10% des cas, elle accompagne une malformation génitale ou des voies urinaires.

3. Les cancers du système lymphatique

On distingue 3 principaux types de cancer du système lymphatique chez les enfants :

  • Le neuroblastome,
  • Les lymphomes non hodgkiniens,
  • Le lymphome de Hodgkin.

Le neuroblastome

7 à 8% des cancers pédiatriques sont des neuroblastomes. Un bébé ou très jeune enfant est touché toutes les 8 000 à 10 000 naissances[9]. 90% des malades ont moins de 5 ans. La survie 5 ans après le diagnostic est estimée à 81%[10].

Il s’agit d’un cancer du système nerveux lymphatique, qui touche principalement les bébés et les jeunes enfants. Il se retrouve principalement dans les ganglions et dans les cellules chromaffines de la médullosurrénale[11].

Le cancer se localise ainsi généralement au-dessus des reins (70% des cas), mais peut également se situer dans la poitrine, le bassin, le cou, ou encore à proximité de la moelle épinière[12].

Les lymphomes non hodgkiniens

Cancer du système lymphatique, les lymphomes non hodgkiniens touchent 11 600 personnes par an en France, principalement les 60-65 ans. Il s’agit d’un type de globule blanc, les lymphocites B ou T, devenus trop nombreux, avec une trop grande longévité.

Les lymphomes peuvent être agressifs (50 à 60% des cas), ou indolents (40 à 50% des cas). Au stade IV, les lymphomes touchent le foie, les poumons et la moelle osseuse.

A 5 ans, l’espérance de vie est de 68%[13].

Le lymphome de Hodgkin

Il s’agit d’un lymphome B se caractérisant par des cellules dites de Sternberg. Ce sont des cellules tumorales de grande taille (30 à 100 µm), dont l’apparition permet de confirmer le diagnostic[14].

Fréquent chez les adolescents et les jeunes adultes (15 à 30 ans), il touche rarement les enfants de moins de 5 ans. Toutefois, ce cancer semble plus souvent se manifester chez les sujets ayant[15] :

  • Contracté la mononucléose infectieuse (virus d’Epstein-Barr),
  • Une immunodéficience,
  • Des médicaments immunosuppresseurs,
  • Le VIH.

Les enfants et les jeunes adultes (moins de 20 ans), ont un taux de survie à 5 ans de 90% [16] .

4. Le cancer de l’oeil

La rétinoblastome est un type de tumeur maligne qui se développe dans la rétine embryonnaire de l’enfant de moins de 2 ans. Il se caractérise par l’apparition d’un reflet blanc dans l’œil, la leucocorie, ainsi qu’un strabisme.

Rétinoblastome dans l'œil gauche d'un nourrisson, visible au flash.

Leucocorie dans l’œil d’un nourrisson souffrant de rétinoblastome, source MSD manuals.

Ce reflet blanc, tout d’abord invisible, apparaît dans les premiers temps sur les photos prises avec un flash[17].

Le rétinoblastome peut être héréditaire ou non héréditaire. Dans les 2 cas, son origine est génétique, soit que la mutation du gène RB1 est transmise par l’un des parents, soit qu’elle se fait toute seule lors du développement de l’œil de l’enfant.

Cette forme de tumeur maligne n’est que de 2% parmi toutes les formes de cancer de l’enfant. Elle ne touche ainsi qu’1 à 2 enfants pour 30 000 naissances.

5. Le cancer du système nerveux central (SNC)

C’est un terme qui regroupe en réalité une vingtaine de tumeurs différentes, mais qui se situent toutes soit au niveau du canal rachidien, soit au niveau de la région intracrânienne[18].

La tumeur du SNC est le deuxième cancer le plus répandu chez l’enfant, derrière les leucémies. Sur 100 000 enfants, 5 seront touchés par un cancer du système nerveux central[19].

Au Canada, le cancer du système nerveux central emporte 1 enfant sur 3 touché par un cancer. A titre de comparaison, la leucémie en emporte 1 sur 4. Ainsi, chaque année, 23 enfants sur 1 million, décèdent d’une tumeur du SNC[20].

6. Le cancer des os

Chez les enfants, deux grands types de tumeurs osseuses se retrouvent dans 90% des cas :

  • Les ostéosarcomes,
  • Les tumeurs d’Ewing.

L’ostéosarcome

Tumeur osseuse la plus répandue, l’ostéosarcome touche principalement les jeunes de 10 à 25 ans. Il semblerait que la poussée de croissance soit un lien non négligeable, de même que la prédisposition génétique.

On retrouve ici le gène RB1, dont il a déjà été question dans le cancer de l’oeil dont nous avons parlé, appelé rétinoblastome [21] . Dans la population générale, ce cancer très agressif touche entre 0.2 et 0.3 patient sur 100 000 personnes. Par contre, chez les 15-19 ans, son occurrence atteint les 0.8 à 1.1 adolescent sur 100 000 personnes.

Le taux de survie des 0-14 ans touchés par un ostéosarcome est de 65% sur 5 ans. Il monte à 75% lorsque les tumeurs restent localisées, mais peut tomber jusqu’à seulement 15% en cas de métastases[22].

Les tumeurs d’Ewing

Également appelé sarcome d’Ewing, cette tumeur touche principalement les enfants. Elle est généralement diagnostiquée vers l’âge de 15 ans et touche 0.3 enfant sur 100 000. Plus le sarcome est loin du centre du corps (jambes, bras et non pas bassin), et plus l’enfant est jeune, meilleur sera le pronostic[23].

79% des enfants âgés de 0 à 14 ans survivent à un sarcome d’Ewing durant les 5 ans qui suivent sa découverte. Lorsqu’il est localisé, les chances de survie sont même de 82%. Toutefois, en cas de métastases, le taux de survie peut tomber à 20%.

Les cancers pédiatriques sont-ils de plus en plus nombreux ?

La question est d’autant plus d’actualité que notre environnement peut nous sembler de plus en plus nocif. Entre les perturbateurs endocriniens répandus sur les fruits et légumes que nous consommons[24], le formaldéhyde et autres formamide ou cadmium présents dans les jouets de nos enfants[25], les craintes sont nombreuses.

Elles le sont d’autant plus que le nombre de cancers pédiatriques augmentent chaque année. Ainsi, aux Etats-Unis, de 1975 à 2022, le nombre de cancers pédiatriques a augmenté chaque année de manière constante : 0.8 cas supplémentaire pour 100 000[26].

En France comme aux Etats-Unis, le cancer est[27] [28] :

  • La seconde cause de décès chez les 1-14 ans,
  • La troisième cause de décès chez les 15-18 ans en France,
  • La quatrième cause de décès chez les 15-19 ans aux Etats-Unis.

L’environnement des parents n’est pas étranger à l’apparition de ces cancers pédiatriques.

Le métier des parents comme cause de cancer des enfants

La communauté médicale s’est rendue compte, que l’exposition professionnelle des parents aux pesticides, était de nature à entraîner des tumeurs cérébrales, ainsi que des leucémies chez leurs enfants. Il en est de même pour l’exposition à la pollution[29].

Les maladies contractées par les femmes enceintes

Le SIDA, la mononucléose infectieuse, les sarcomes de Kaposi ou encore l’Herpès HHV-8 sont autant de maladies qui, contractées lors de la grossesse, semblent favoriser l’apparition de cancers chez les enfants[30].

Notre environnement donne-t-il le cancer à nos enfants ?

Les Américains ont constaté une augmentation de 36% des leucémies et de 40% du nombre de cancers du système nerveux central depuis 1975[31]. Au point qu’une étude a été lancée pour en comprendre les causes. Certaines sont déjà connues :

  • L’exposition des femmes enceintes aux rayons X pour les leucémies et les tumeurs cérébrales,
  • L’exposition des femmes enceintes au Diethylstilbestrol pour les adénocarcinomes du vagin,
  • La pollution atmosphérique (leucémie, lymphomes et tumeurs cérébrales),
  • Les peintures et solvants (leucémie, lymphomes et tumeurs cérébrales),
  • L’exposition aux pesticides (leucémies),
  • L’exposition aux polluants d’usines,
  • Les produits chimiques carcinogènes contenus dans de nombreux biens.

C’est ce dernier point qui pose le plus de problèmes. Pourquoi ? Parce que rien qu’aux Etats-Unis, ce ne sont pas moins de 85 000 produits chimiques qui sont utilisés dans la fabrication d’objets du quotidien et aucune étude de toxicité n’a été menée pour savoir lesquels sont carcinogènes[32].

Notre mode de vie semble donc rendre nos enfants malades. Une prise de conscience est plus que nécessaire pour traiter politiquement ce problème de santé publique.

Le 18 janvier 2023, le gouvernement canadien a annoncé l’investissement de 23 millions de dollars pour mieux traiter les enfants atteints de cancers, notant l’apparition de 1 500 nouveaux cas chaque année[33].

Le 21 novembre 2018, le député français Adrien Quatennens a posé la question à haute voix dans l’hémicycle, en dressant un constat accablant pour la France[34] :

  • 2 000 nouveaux cas de cancers chez les moins de 15 ans,
  • 900 nouveaux cas de cancer chez les 15-19 ans,
  • 500 morts d’enfant par an.

Il cite les causes :

“Je pense à la malbouffe, à la pollution, au stress, à certaines pratiques de travail.”

L’heure est grave, car même les enfants qui guérissent du cancer peuvent être rattrapés par la maladie des années plus tard.

Cancers pédiatriques, quelles sont les chances de survie sur le long terme ?

Vous l’avez constaté, tous les chiffres que nous avons donnés sur le taux de survie à un cancer pédiatrique sont sur 5 ans. Qu’en est-il sur le très long terme ?

Auditionnée dans le cadre d’un … du parlement français, la professeure Sommelet a donné un élément de réponse. Des rechutes peuvent avoir lieu 15 ans après la fin des traitements, avec un taux de mortalité de 5 à 15% selon les cancers.

Les recherches pour mieux traiter les cancers pédiatriques sont internationales. Comme le rappelle la professeure Danièle Sommelet, des essais menés en France sur les lymphomes ont ensuite fait l’objet d’essais franco-américano-britanniques[35].

Toutefois, bien que le taux de survie augmente grâce aux traitements, combien de temps pourrons-nous encore tenir sans que les causes de l’augmentation du nombre de cancers pédiatriques ne soient traitées ?

Références

[1]
A. Alliot, 2017, Les principaux cancers des enfants, adolescents et jeunes adultes, Université Paris-Descartes, 12 juillet 2017, page 3.

[2]
A. Alliot, 2017, Ibid., pages 4-10

[3]
A. Emadi, J. York Law, 2022, Leucémie aiguë lymphoblastique, Le Manuel Merck, juin 2022.

[4]
La leucémie aiguë lymphoblastique, St. Jude Children’s Research Hospital, février 2020.

[5]
J-C Boisset, C. Robin, 2011, Origine endothéliale des cellules souches hématopoïétiques, Médecine Sciences, Paris, 2011 ; 27 : 875-881.

[6]
2020, Survie des personnes atteintes de cancer en France métropolitaine 1989-2018 – Leucémies aigües myeloïdes, Santé Publique France, 17 novembre 2020.

[7]
Néphroblastome, Gustave Roussy, Cancer Campus Grand Paris.

[8]
A. Alliot, 2017, Ibid., page 6.

[9]
Qu’est-ce qu’un neuroblastome ?, Fondation pour la recherche sur le cancer, 10 février 2023.

[10]
Statistiques de survie pour le neuroblastome, Société canadienne du cancer, janvier 2020.

[11]
A. B. Grossman, 2022, Revue générale de la fonction surrénalienne, Le manuel Merck, Univeristé d’Oxford, mai 2022.

[12]
Qu’est-ce que le neuroblastome ?, Société canadienne du cancer, janvier 2020.

[13]
Statistiques de survie pour le lymphome non hodgkinien, Société canadienne du cancer

[14]
Sternberg (cellule de), Dictionnaire médical de l’Académie de Médecine, 2023.

[15]
Facteurs de risque du lymphome hodgkinien chez l’enfant, Société canadienne du cancer

[16]
H.P. Wagner, N.X. von der Weid, 2006, La maladie de Hodgkin de l’enfant – Un maximum de survie avec un minimum de séquelles, Revue Médicale Suisse, 6 décembre 2006.

[17]
A. Alliot, 2017, Ibid., pages 6-7.

[18]
Les tumeurs du système nerveux central et de la base du crâne, Institut Curie.

[19]
Dr B. Poletto, Pr E. Pujade-Lauraine, 2020, L’épidémiologie, Arcagy – Gineco, Info Cancer, 13 avril 2020.

[20]
L. Ellison, T. Janz, Incidence du cancer et mortalité par cancer chez les enfants du Canada, Statistique Canada n°82-624-X.

[21]
M. J. Joyce, D. M., Joyce, 2022, Tumeurs osseuses malignes, Le Manuel Merck, juillet 2022.

[22]
Statistiques de survie pour l’ostéosarcome chez l’enfant, Société canadienne du cancer, juillet 2021.

[23]
Pronostic et survie pour le sarcome d’Ewing chez l’enfant, Société canadienne du cancer, juillet 2021.

[24]
L. Parent, Les fruits et légumes, Réseau des femmes en environnement.

[25]
Jouets et équipements en matière plastique destinés aux enfants de moins de trois ans, ANSES (Agence Nationale de Sécurité Sanitaire, Alimentation, Environnement, Travail), août 2016, pages 52-53.

[26]
K.K. Yeo, Revue générale des cancers pédiatriques, Le Manuel Merck, Harvard Medical School, janvier 2023.

[27]
K.K. Yeo, Ibid.

[28]
A. Alliot, 2017, Ibid., page 11.

[29]
A. Alliot, 2017, Ibid., page 16.

[30]
A. Alliot, 2017, Ibid., page 16.

[31]
P. Hoppin, M. Jacobs, B. Wilding et autres, 2020, Childhood cancer, cross-sector strategies for prevention, Childhood Cancer Prevention.

[32]
P. Hoppin, M. Jacobs, B. Wilding et autres, 2020, Ibid.

[33]
Le gouvernement du Canada investit 23 millions de dollars dans la recherche sur le cancer pédiatrique, Institut de recherche en santé du Canada, 18 janvier 2023.

[34]
Rapport fait au nom de la commission des affaires sociales sur la proposition de loi visant à renfocer la prise en charge des cancers pédiatriques par la recherche, le soutien aux aidants familiaux, la formation des professionnels et le droit à l’oubli, Assemblée Nationale, 15ème législature, 21 novembre 2018.

[35]
La politique de lutte contre le cancer, Sénat, audition de Mme le professeur Danièle Sommelet, présidente du groupe français d’études des cancers et leucémies de l’enfant.

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