Les caries touchent[1] :

  • 2.5 milliards de personnes de par le monde, 
  • 2 milliards de personnes, qui comptent des caries sur leurs dents définitives,
  • 520 millions d’enfants, qui sont victimes de caries sur leurs dents de lait. 

En France, 18% des collégiens ont une mauvaise dentition, mais la situation est socialement fortement inégalitaire.  

Les enfants les plus pauvres sont les plus touchés, avec 22% des collégiens des zones d’éducation prioritaires concernés par une mauvaise dentition. Le chiffre monte jusqu’à 26% chez les enfants de parents non francophones. 

Preuve que le niveau de revenu joue un rôle prépondérant sur l’état de santé bucco-dentaire, les enfants issus des classes les plus favorisées de la société ne sont que 12% à souffrir d’une mauvaise santé bucco-dentaire[2].

Mais d’où viennent ces caries qui attaquent nos dents, comment s’en prémunir et aider nos enfants à ne pas en souffrir ? Nous répondons à vos questions. 

Pas le temps de tout lire ? Ce qu’il faut retenir 

  • Notre bouche compte 50 milliards de bactéries.
  • Les bactéries buccales, y compris cariogènes, participent à notre état de santé.
  • Sans sucre, il n’y a pas de carie. 
  • Le pH de la bouche doit être neutre, en dessous de 5.5, l’émail est détruit.

Comment se forme une carie ? 

Une carie dentaire se forme en trois temps[3] :

  1. Des bactéries cariogènes s’installent dans la bouche, 
  2. Un apport glucidiques permet à ces bactéries de produire de l’acide,
  3. Le PH buccal descend à une valeur de 5.5.

1. Les bactéries cariogènes

Les bactéries cariogènes font partie des 500 espèces de bactéries qui occupent notre bouche, pour un total de 50 milliards de bactéries[4]. Sur ces 500 espèces, quelques-unes sont des bactéries cariogènes. Ce sont notamment[5] :

  • Le Streptococcus mutans, 
  • Le Streptococcus salivarius, 
  • Le Lactobacillus casei, 
  • Le Lactobacillus rhamnosus.

La pire de ces bactéries, au niveau des caries, est sans aucun doute le Streptococcus mutans, qui est reconnue par la communauté scientifique comme étant le précurseur de la carie. Au point que par l’analyse de son taux de présence, certains médecins prédisent le risque de développer des caries[6].

Pourquoi ne pas éliminer les bactéries de notre bouche avec des bains de bouche ? 

Parce que même les bactéries cariogènes jouent un rôle important, non seulement pour notre santé bucco-dentaire, mais aussi pour notre état de santé général. Ainsi, la bactérie cariogène Streptococcus salivarius participe activement à notre réponse face aux inflammations[7].

Prises dans leur ensemble, tant les streptocoques que les lactobacilles présents dans notre bouche jouent un rôle dans l’activité probiotique qui assure notre santé bucco-dentaire, à côté d’autres bactéries comme les bifidobactéries[8].

Par conséquent, penser pouvoir se débarrasser des caries en usant sans relâche de bains de bouche antibactériens n’aura pas les effets escomptés. Au contraire, vous engendrerez un déséquilibre de votre flore buccale et augmenterez notamment vos risques de cancer. 

L’apport glucidique

Les glucides sont littéralement les aliments des bactéries cariogènes. Elles vont, en métabolisant le glucide, générer un acide qui va être responsable d’un changement de PH dans la bouche[9].

Cette acidité est directement responsable de la déminéralisation des dents. On parle ici d’une déminéralisation qui peut être irréversible[10]. C’est ici que nos caries sont le résultat d’un processus chimique que l’on peut calculer mathématiquement avec la courbe de Stéphan. Nous allons nous intéresser à cette courbe juste après avoir parlé du PH salivaire.

Le PH salivaire

C’est la salive qui assure l’équilibre du microbiote buccal. Parce qu’elle est riche en bicarbonates, elle rend le PH de la bouche neutre. Le flux salivaire est donc particulièrement important, et une réduction de son débit peut être à l’origine de caries. C’est notamment le cas dans certaines affections ou dans certains traitements, comme[11] :

  • Le syndrome de Gougerot-Sjogren, 
  • Les antidépresseurs, 
  • La radiothérapie. 

Le seuil considéré comme “critique” est celui d’un PH de 5.5. Sous cette valeur, l’environnement est favorable au développement de caries[12]. A savoir qu’un PH neutre est à une valeur de 7, et que toute baisse implique une multiplication de l’acidité par 10 pour chaque unité. Ainsi, un PH de 5.5 indique que la bouche est 15 fois plus acide qu’avec un PH de 7[13].

Qu’est-ce que la courbe de Stéphan ? 

C’est la dentiste Fannie Galmiche qui nous apporte la réponse[14]. La courbe de Stéphan est une mesure qui permet d’apprécier l’équilibre du PH buccal. Pour prendre un exemple simple, si vous vous rincez la bouche avec une solution contenant 10% de glucose, le pH de votre plaque dentaire va passer de 7 à 5. 

Souvenez-vous que le seuil critique est 5.5. En dessous de cette valeur, que se passe-t-il ? Votre émail dentaire commence à être rongé par l’acidité produite par les bactéries cariogènes, nourries par le glucose. 

Ce pH va rester sous la valeur de 5.5 durant 20 minutes, puis mettra 40 minutes à revenir à un pH neutre de 7. C’est cela, la courbe de Stéphan :

Courbe de Stéphan, acidité pH buccal, caries et glucides.

Source : Stegeman C.A., Davis J.R., 2005

Que permet de déterminer la courbe de Stéphan

Toujours avec le même exemple, la courbe de Stéphan nous permet de dire que si vous consommez un aliment, ou une boisson, contenant cette même quantité de glucose, en cinq prises espacées d’une heure, vous allez exposer votre email à une acidité inférieure à un pH de 5.5 durant environ 100 minutes. 

Par conséquent, la courbe de Stéphan permet de dire qu’en ayant consommé un produit contenant du glucose cinq fois en cinq heures, vous avez exposé votre émail dentaire à une acidité destructrice durant 1 heures 40 minutes. 

Les caries dépendent-elles des personnes ? 

Oui. Et on sait ce que certains vont dire. Vous connaissez quelqu’un qui mange et/ou boit du sucré tout le temps et n’a jamais de caries. Ce serait étonnant, mais disons que des exceptions doivent exister. Toutefois, ce qui est vrai est que la propension à développer des caries dépend bien des personnes, mais plutôt dans l’aggravation du risque que l’inverse. 

Nous avons déjà parlé de certaines pathologies ou traitements engendrant un assèchement de la bouche, et donc l’apparition de caries. Ce qui nous intéresse surtout ici est le très petit enfant. Cinq éléments se dégagent dans la survenue des caries[15]:

  1. L’état de santé, 
  2. La position dans la fratrie, 
  3. Le type de respiration (buccale ou nasale), 
  4. Le type de salive, 
  5. La qualité de la dentition temporaire.

1. L’état de santé du très petit enfant

Il a été observé que les enfants nés prématurés, malades, ou ayant un faible appétit, sont plus sujets aux caries. Pourquoi ? A cause des germes présents en plus grande quantité chez les prématurés, mais également du sucre dans les médicaments, dans le lait que certains consomment aussi durant la nuit, au biberon ou à la tétée[16].

L’ingestion accidentelle de métaux lourds comme le plomb, très présent dans certaines peintures ou des canalisations anciennes, favorise également l’apparition de caries dentaires [18].

2. La position dans la fratrie 

Les cadets et les aînés sont généralement les enfants les plus atteints par les caries[17]. Pourquoi ? Parce que les parents sont inexpérimentés avec l’aîné, et trop laxistes avec le petit dernier, qui mange un peu n’importe quoi.

Par conséquent, si vous avez plusieurs enfants, veillez à bien leur brosser les dents, et à ne pas trop gâter le petit dernier ou la petite dernière. 

3. Le type de respiration

La respiration buccale est très mauvaise pour les dents. Ce type de respiration, souvent lié à une déformation dento-faciale empêchant la respiration par le nez, entraîne un assèchement de la bouche et une diminution de la résistance contre les bactéries. 

Mécaniquement, les bactéries cariogènes sont favorisées et amènent au développement de caries dentaires. 

4. Le type de salive

Il ne faut pas comprendre par là que nous avons chacun un type différent de salive. En réalité, notre salive est différente en fonction de notre âge et du moment de la journée. Ainsi, de 0 à 3 ans, le jeune enfant n’a pas un système immunologique aussi développé qu’un adulte. Et cela se ressent dans la capacité de sa salive à protéger ses premières dents[19].

A cela s’ajoute la variation du débit salivaire. Sans entrer dans les pathologies entraînant une hyposialie, c’est-à-dire un manque de salive, il faut savoir que notre quantité de salive diminue de 90% lorsque l’on dort. 

Ainsi, les enfants qui consomment du sucre après s’être brossé les dents sont d’autant plus sujets à l’apparition de caries, qui sont également liées à la tétine. Pourquoi la tétine ? Car elle fait barrière à la salive, déjà produite en faible quantité, d’arriver jusqu’aux incisives supérieures, plus sujettes aux caries[20].

5. La qualité de la dentition temporaire

Ne pensez pas que les caries sur les dents de lait restent sans conséquences pour les dents définitives. Le problème réside dans l’apprentissage par l’enfant de l’hygiène bucco-dentaire. Si l’enfant est non seulement habitué à avoir des caries, mais en plus à avoir une alimentation favorisant l’acidité de sa bouche (aliments et boissons sucrés), il a toutes les chances de reproduire ce schéma une fois adulte. 

Par conséquent, l’encourager à prendre soin de ses dents dès l’apparition de ses dents de lait est un préalable essentiel au soin qu’il prendra quant à son hygiène bucco-dentaire en tant qu’adulte. 

Surtout, s’il doit se faire retirer des dents de lait du fait de caries, le retrait de celles-ci peut entraîner une mauvaise mise en place des dents définitives[21].

Les caries sont-elles transmissibles ? 

Oui, et non. La carie en elle-même n’est pas transmissible, c’est une évidence. Par contre, les bactéries cariogènes sont effectivement transmissibles d’un individu à l’autre. Ainsi, entre les membres d’une même famille, la brosse à dents doit rester personnelle. De même que le partage des jouets en crèche participe au partage des bactéries cariogènes lorsque ces objets sont portés à la bouche des uns et des autres[22].

Toutefois, nous vous rappelons que la seule présence des bactéries cariogènes est insuffisante pour mener au développement de caries. C’est bien l’apport glucidique qui va entraîner la sécrétion d’acide par ces bactéries. 

Quels conseils pour ne pas avoir de caries ? 

  1. Ne pas consommer d’aliments sucrés en dehors des repas.
  2. Brosser ses dents et celles de ses enfants après chaque repas.
  3. Apprendre aux enfants à prendre soin de leurs dents de lait.

L’importance du brossage de dent se traduit par deux chiffres : 

  • 41.7% : c’est le nombre d’enfants atteints de caries lorsqu’ils ne se brossent les dents qu’une fois par jour,
  • 15.8% : c’est le nombre d’enfants atteints de caries lorsqu’ils se brossent les dents deux fois par jour. 

[1]
Benkacher S., 2019, L’influence de l’industrie du sucre dans la recherche en santé, Université de Bordeaux, 24 juin 2019, page 11.

[2]
2020, Santé bucco-dentaire, Observatoire régional de la santé, Nouvelle-Aquitaine, septembre 2020, Santé des collégiens de Nouvelle-Aquitaine en 2018/2019.

[3]
Barkatou I., 2019, L’influence de l’industrie du sucre dans la recherche en santé, Université de Bordeaux, 24 juin 2019, page 28.

[4]
Benkacher S. Norelhouda H., 2018, Thème : Isolement, Identification et étude de la sensibilité aux antibiotiques des bactéries dentaires, Université de Guelma, juin 2018, page 1.

[5]
Benkacher S. Norelhouda H., 2018, Thème : Isolement, Identification et étude de la sensibilité aux antibiotiques des bactéries dentaires, Ibid.page 8.

[6]
Monsarat A., 2014, Suivi des taux de Streptococcus ssp et de Lactobacillus ssp chez les enfants atteints de caries précoces avant et après soins sous anesthésie générale, Université de Bordeaux, Collège des Sciences de la Santé, UFR des Sciences Odontologiques, 3 octobre 2014, page 23.

[7]
Monsarat A., 2014, Suivi des taux de Streptococcus ssp et de Lactobacillus ssp chez les enfants atteints de caries précoces avant et après soins sous anesthésie générale, Ibid., page 23.

[8]
Hamdi M., 2018, Manifestation buccales des maladies auto immunes : microbiote, immunité, et nouvelles thérapeutiques, 21 août 2018, page 65.

[9]
Bloch L.S., 2019, La place de l’alimentation dans l’étiologie carieuse : enquête par questionnaire, Université Paris Descartes, 30 octobre 2019, pages 8 et 16.

[10]
Benkacher S., 2019, L’influence de l’industrie du sucre dans la recherche en santé, Ibid., page 28.

[11]
Bloch L.S., 2019, La place de l’alimentation dans l’étiologie carieuse : enquête par questionnaire, Ibid., page 15.

[12]
Bloch L.S., 2019, La place de l’alimentation dans l’étiologie carieuse : enquête par questionnaire, Ibid., page 28.

[13]
L’échelle de PH, Gouvernement du Canada, environnement, site consulté en novembre 2022.

[14]
Galmiche F., 2011, Le rôle de l’alimentation dans la santé bucco-dentaire, Université Henri Poincaré-Nancy 1, faculté d’odontologie, 4 octobre 2011, page 49.

[15]
Monsarat A., 2014, Suivi des taux de Streptococcus ssp et de Lactobacillus ssp chez les enfants atteints de caries précoces avant et après soins sous anesthésie générale, Ibid., page 31.

[16]
Monsarat A., 2014, Suivi des taux de Streptococcus ssp et de Lactobacillus ssp chez les enfants atteints de caries précoces avant et après soins sous anesthésie générale, Ibid., page 31.

[17]
Monsarat A., 2014, Suivi des taux de Streptococcus ssp et de Lactobacillus ssp chez les enfants atteints de caries précoces avant et après soins sous anesthésie générale, Ibid., page 28.

[18]
Monsarat A., 2014, Suivi des taux de Streptococcus ssp et de Lactobacillus ssp chez les enfants atteints de caries précoces avant et après soins sous anesthésie générale, Ibid., page 29.

[19]
Monsarat A., 2014, Suivi des taux de Streptococcus ssp et de Lactobacillus ssp chez les enfants atteints de caries précoces avant et après soins sous anesthésie générale, Ibid., page 30.

[20]
Monsarat A., 2014, Suivi des taux de Streptococcus ssp et de Lactobacillus ssp chez les enfants atteints de caries précoces avant et après soins sous anesthésie générale, Ibid., page 31.

[21]
Monsarat A., 2014, Suivi des taux de Streptococcus ssp et de Lactobacillus ssp chez les enfants atteints de caries précoces avant et après soins sous anesthésie générale, Ibid., page 32.

[22]
Monsarat A., 2014, Suivi des taux de Streptococcus ssp et de Lactobacillus ssp chez les enfants atteints de caries précoces avant et après soins sous anesthésie générale, Ibid., page 27.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *