Cadenas posé sur le clavier d'un ordinateur portable, représentant le cyberharcèlement.

Dans notre article consacré aux conséquences du harcèlement scolaire, nous disions que le harcèlement était un acte répété.

Ce n’est pas le cas du cyberharcèlement qui, par une action partagée à des centaines, des milliers, voire des millions de personnes, suffit à caractériser une situation de harcèlement[1].

Plus d’1 jeune sur 2 victime de cyberharcèlement

1 sur 2, c’est le chiffre effarant du nombre des 18-25 ans victimes de cyberharcèlement. Pour être précis, ce chiffre est en réalité de 60%, quand il n’était que de 20% pour les 6-18 ans en 2021[2]. Ce sont ainsi 700 000 enfants qui sont cyberharcelés chaque année[3].

Hormis la classe d’âge, qu’est-ce qui a changé ? Les habitudes de vie des jeunes. Entre la première étude et la seconde, un confinement est passé par là, et des changements drastiques dans le temps d’usage des réseaux sociaux par les jeunes.

Tant que la victime ne meurt pas, le cyberharceleur ne s’arrêtera pas.

Avec la volonté affichée par les géants de la Tech comme Méta, de développer des masques de réalité virtuelle pour garder les jeunes dans un monde numérique, la catastrophe n’est pas prête de s’arrêter. En effet, parmi les jeunes victimes[4] :

  • 69% ont été sujets à des insomnies, de l’hyporexie (perte d’appétit) ou du désespoir,
  • 51% ont été attirés vers les drogues et l’alcool,
  • 49% ont songé au suicide.

En décuplant les conséquences du harcèlement, le cyberharcèlement, rendu possible par les plateformes numériques, pose un véritable problème de santé publique.

Même les députés sont cyberharcelés

En mars 2023, c’est un quadragénaire du Sud de la France qui est condamné à 12 mois de prison avec sursis et 3 ans d’obligation de soin pour avoir cyberharcelé durant 10 mois la députée française Sandrine Rousseau.

Récidiviste, il avait harcelé, 5 ans plus tôt, une steameuse de jeux-vidéos au prétexte qu’il serait tombé amoureux d’elle.

Quand un rappeur donne l’exemple

Redresseur de torts, vierges effarouchées, le rappeur Booba et ses fans mèneraient depuis plusieurs mois une campagne de cyberharcèlement contre Magalie Berdah, une gérante d’agence marketing qu’ils accuseraient d’escroquerie sur internet.

A la clef pour la faire payer : diffusion de ses adresses personnelle et professionnelle, menaces de mort, chantage, fausses sex-tapes, etc.

Les conclusions de Magali Berdah sur la gravité de ce qu’elle vit : “Tant que la victime ne meurt pas, le cyberharceleur ne s’arrêtera pas.”

Une journée contre le cyberharcèlement

Pour lutter contre le cyberharcèlement, les Etats membres de l’UNESCO ont fait du premier jeudi du mois de novembre la journée de lutte contre le harcèlement scolaire et le cyberharcèlement.

Une décision qui, si elle n’a pas le mérite de faire changer quoi que ce soit, a au moins celui de faire parler une fois dans l’année d’un problème dont les principaux acteurs se fichent royalement.

Qui sont-ils ? Nos chers réseaux sociaux.

Quand la justice donne raison à Twitter

En 2019 et 2020, trois utilisateurs français de Twitter sont victimes de cyberharcèlement sur la plateforme. Saisis de ces affaires, les enquêteurs de la Police Nationale suivent les procédures mises en place par Twitter, et réquisitionnent la plateforme pour obtenir l’identité des auteurs.

Leur demande est automatiquement redirigée vers la firme américaine, basée à San Francisco, et non pas à sa branche européenne basée à Dublin. Fin de non-recevoir de la part des Américains, qui non seulement refusent toute coopération, mais ne font pas non plus suivre la demande à sa branche européenne.

La justice leur donne raison en 2023. Même si les policiers ont suivi la procédure mise en place par Twitter, la réquisition n’est pas tombée à la bonne adresse[5].

Du cyberharcèlement au suicide

Octobre 2012, une adolescente de 15 ans, cyberharcelée depuis 3 ans par un inconnu au travers de chantages et de sextapes, se suicide au Canada.

Mai 2020 au Japon, l’influenceuse Hana Kimura met fin à ses jours après avoir été cyberharcelée suite à une émission de téléréalité à laquelle elle participait[6].

Janvier 2023, un adolescent de 13 ans se suicide à Golbey, en France, après avoir été cyberharcelé en raison de son orientation sexuelle[7].

Février 2023, Adrianna Kuch se suicide chez elle après qu’une vidéo sur laquelle elle est violentée dans son école ait été postée sur les réseaux sociaux[8].

Ces faits divers ne vont ni s’arrêter dans les prochains mois, ni dans les prochaines années. Parmi les 15-24 ans qui décèdent chaque année, 16% se suicident[9].

Aux Etats-Unis, ce sont 7.6% des 10-13 ans qui déclarent avoir déjà pensé au suicide. L’étude fait clairement le lien avec le cyberharcèlement.

Surveillez vos enfants et discutez avec eux.

Références

[1]
K. Oakes, 2019, Why children become bullies at school ?, BBC, Psychology.

[2]
2022, Plus d’1 jeune adulte sur 2 a déjà été victime de cyberharcèlement, e-enfance, Ministère de l’éducation nationale et de la jeunesse, secrétariat d’Etat chargé de l’enfance.

[3]
2022, (Cyber)harcèlement scolaire : 700 000 enfants chaque année, La Revue du Praticien, 10 novembre 2022.

[4]
2022, Plus d’1 jeune adulte sur 2 a déjà été victime de cyberharcèlement, Ibid.

[5]
2023, Cyberharcèlement : la justice relaxe Twitter, La Croix, 27 mars 2023.

[6]
C. Orsoni, 2022, Suicide d’une influenceuse : le Japon rend le cyber-harcèlement passible d’une peine d’un an de prison, Vanity Fair, 15 juin 2022.

[7]
P. Chevillot, 2023, Suicide de Lucas, 13 ans : comment prévenir le cyberharcèlement au collège et au lycée, L’Est Républicain, 18 janvier 2023.

[8]
M. Francis, 2023, N.J. teen’s suicide highlights danger of social media bullying, Yahoo News, 14 février 2023.

[9]
2022, (Cyber)harcèlement scolaire : 700 000 enfants chaque année, Ibid.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *