Mère avec son enfant, devant l'écran d'un téléphone portable

En moyenne, 96% des foyers possèdent au moins un téléphone portable[1]. Le nombre des souscriptions à des abonnements téléphoniques est même de 111%[2], ce qui signifie que de nombreuses personnes possèdent au moins deux abonnements différents.

Dans certains milieux urbains défavorisés, les chercheurs américains ont mis en évidence un usage quasiment universel du téléphone portable dès l’âge d’1 an.

Nos téléphones nous suivent partout. Ils sont réellement devenus une extension de nous-mêmes. Ils nous permettent certes de téléphoner, mais également d’accéder à Internet, de lire des livres, de jouer à des jeux, ou encore de prendre des photos et de faire des vidéos.

Maintenant, quel usage devons-nous en faire quant il s’agit de nos enfants ? Faut-il les encourager à s’en servir ? A quel âge ? Avec quel contrôle ? De manière plus précise, une problématique bien plus profonde se pose : nos téléphones n’interfèrent-ils pas dans leur développement cognitif ? 

« La fréquence d’utilisation et de possession d’une tablette [par les enfants âgés de 1 à 60 mois] est inversement proportionnelle au niveau d’éducation de la mère. »

Addictions, difficultés d’élocution, troubles du comportement, la liste des effets attribués aux téléphones portables sur nos enfants est longue, mais est-ce seulement réel ? 

Téléphone portable et enfants, une pratique socio-culturellement inégale 

Pierre Bourdieu l’avait analysé dans plusieurs de ses ouvrages, dont Les héritiers, faisant de la reproduction des élites une part importante de sa pensée, mais là encore en matière d’accès au téléphone portable pour nos enfants, les études sont éloquentes[3] :

« La fréquence d’utilisation et de possession d’une tablette [par les enfants âgés de 1 à 60 mois] est inversement proportionnelle au niveau d’éducation de la mère. »

Au point que dans certains milieux urbains défavorisés, les chercheurs américains ont mis en évidence un usage quasiment universel du téléphone portable dès l’âge d’un an. Plus grave encore, à l’âge de 4 ans, la quasi-totalité de ces jeunes gens possédaient déjà leur propre appareil. 

De là à sous-entendre que nous préparons nos enfants, dès leur plus jeune âge, à la place qui sera la leur dans la société, il n’y a qu’un pas.

On peut tout-à-fait entendre que le téléphone portable est important pour les enfants, en ce qu’il serait un outil éducatif.

La fracture du numérique, avec ses zones blanches, avait donc un aspect positif pour une partie des enfants des 3 500 communes de France qui, en 2022 encore, ne disposaient toujours d’aucune couverture réseau. 

Pourtant, le téléphone portable possède de nombreux bénéfices et simplifie grandement la vie de ses utilisateurs. En faire la liste consisterait à faire la longue énumération d’applications, de sites Internet, de mises en situation, etc. Il va donc sans dire que le bon usage du téléphone, dépend de nous. 

L’utilisation accrue des appareils mobiles est associée à un appauvrissement du langage et à des problèmes de maîtrise de soi.

Alors, est-il seulement bon de ne pas exposer nos enfants aux écrans, ou n’est-ce qu’une lubie du moment ? Si tel est le cas, le simple argument reposant sur le fait que les mères diplômées n’exposent pas leurs enfants à leur téléphone portable est très loin d’être suffisant. 

Nous devons donc nous intéresser aux études chiffrées, celles qui relèvent l’impact du téléphone sur les capacités cognitives des plus jeunes, via une incapacité à se sociabiliser, ou encore à une dégradation de la qualité de leur sommeil, conduisant à de nombreux écueils : 

  • Incapacité à se concentrer, 
  • Difficulté d’apprentissage du langage,
  • Erreurs de raisonnements,
  • Problèmes de prise de décision,
  • Troubles de la mémoire, 
  • Difficultés d’apprentissage.

L’usage du téléphone portable par les enfants réduit les capacités cognitives

Prendre un parti plutôt qu’un autre demande des arguments sérieux. On peut tout-à-fait entendre que le téléphone portable est important pour les enfants, en ce qu’il serait un outil éducatif. Les nombreuses ressources auxquelles nos téléphones donnent accès ne peuvent pas contredire ce point de vue… mais à partir d’un certain âge seulement. 

Le second point majeur, qui encourage les parents à mettre leurs bambins derrière un écran, est celui de la facilité avec laquelle un téléphone ou une tablette les calme. Cela devient d’autant plus une nécessité que leur enlever l’écran mène rapidement à des crises de colère.

Il existe un lien entre l’usage du téléphone par les enfants et leur degré de sociabilisation.

Pourtant, les études sont formelles[4] : « l’utilisation accrue des appareils mobiles est associée à un appauvrissement du langage et à des problèmes de maîtrise de soi. » Les crises de colères ne sont pas étrangères au degré d’addiction de votre enfant à votre iPhone ou à votre Smartphone.

Des scientifiques chinois[5] ont ainsi mis en évidence que le degré d’addiction des enfants au téléphone était directement corrélé à la fréquence d’usage de ce dernier. Usage qui impacte également la capacité de nos enfants à tisser des relations sociales de qualité. 

Le téléphone portable impacte la sociabilisation de nos enfants

La conséquence de l’usage des téléphones portables sur la sociabilisation de nos enfants n’est pas que liée à leur propre usage du téléphone, mais également au nôtre. 

La perte de sociabilisation liée à l’usage du téléphone par les enfants

Qu’est-ce qui distingue des enfants du primaire des années 1980 de ceux des années 2000 ? Pas grand-chose, si ce n’est leur accès à des outils numériques qui n’existaient tout simplement pas à l’époque de leurs parents et de leurs grands-parents. 

La « disruption digitale » se caractérise par l’apparition des conséquences de notre manque d’attention vis-à-vis de nos enfants, du fait de notre utilisation de nos téléphones.

L’évolution des comportements dans les écoles primaires a amené les enseignants, puis la communauté scientifique, à se poser de nouvelles questions. Ce sont des chercheurs japonais[6] qui apportent un élément de réponse, à la problématique sociabilisation d’un nombre toujours plus grand d’enfants.

Ils ont ainsi pu mettre en évidence un lien entre l’usage du téléphone par les enfants et leur degré de sociabilisation, au travers de deux éléments : 

  • Le temps d’utilisation, 
  • La qualité de l’utilisation.

Concernant le temps d’utilisation, le dépassement de la fameuse limite d’une heure par jour suffit à être délétère pour nos enfants. Ces effets se traduisent par : 

  • De l’hyperactivité, 
  • Des problèmes de comportement,
  • De l’inattention.

Toutefois, notre propre utilisation de notre téléphone devant  nos enfants impacte directement leur capacité à faire société. 

La perte de sociabilisation de nos enfants liée à notre propre usage du téléphone

Un terme est né du développement du numérique, celui de « disruption digitale ». Il est normalement utilisé pour faire référence à une distorsion du marché liée à l’arrivée de nouvelles technologies qui vont directement impacter le prix des biens et des services sur des marchés donnés.

Le SPF crée des troubles dans le développement social et émotionnel de nos enfants en bas âge, qui s’appuie énormément sur les traits de notre visage pour se construire.

Dans le cadre de la sociabilisation de nos enfants, des chercheurs des départements de psychologie de l’université de New-York et de l’université de Pennsylvanie ont décidé d’utiliser ce terme de « disruption digitale »[7] pour souligner l’apparition des conséquences de notre manque d’attention vis-à-vis de nos enfants, du fait de notre utilisation de nos téléphones.

Ce manque d’attention est caractérisé par ce qui s’appelle en psychologie le Still Face Paradigm (SFP). Il s’agit d’une situation mise en évidence par le psychologue américain Edward Tronick, en 1978. Il s’agit du fait de garder un visage impassible. 

N’utilisez pas votre téléphone comme une manière simple de calmer votre enfant.

Ce SFP est particulièrement présent lorsque nous nous occupons en même temps de nos enfants et que nous utilisons notre téléphone portable, pour envoyer un SMS, surfer sur internet, ou bien encore faire des choses extrêmement importantes comme tweeter ou jouer à Candy Crush.

Il crée des troubles dans le développement social et émotionnel de nos enfants en bas âge, qui s’appuie énormément sur les traits de notre visage pour se construire. De plus, ce SFP est conjugué à un déficit d’interaction en matière de jeux avec nos enfants, puisque pendant que nous sommes sur notre téléphone, nous ne jouons pas avec notre enfant. 

A l’avenir, avant de nous emparer de notre téléphone pour envoyer un tweet sur ce qu’on a mangé à midi, pesons le pour et le contre entre la nécessité de partager un bon moment avec nos petits bouts plutôt que d’utiliser notre téléphone à des activités qui peuvent franchement attendre. On trouvera bien le temps, au couché, d’envoyer les quelques mots qui devaient l’être, sauf si notre enfant ne dort bien sûr pas. C’est ici que la question du sommeil entre en jeu. 

Téléphone portable et dégradation du sommeil

L’université de l’Utah[8] a souligné que la présence d’écrans dans la chambre d’un enfant était particulièrement délétère pour la qualité de son sommeil. Pas seulement parce qu’il a du mal à s’en séparer pour enfin dormir, mais également par sa simple présence. 

Une révélation qui met en lumière le potentiel addictif de ces appareils pour les plus jeunes. La présence du téléphone dans la chambre réduit ainsi la durée de leur sommeil ainsi que sa qualité. La conséquence est avant tout comportementale. 

La grande plasticité de notre cerveau aidant, nous sommes toujours capables de combler notre retard.

Cette dégradation de la qualité du sommeil repose sur la stimulation induite par l’usage du téléphone et de ce qu’ils y voient, ou de ce à quoi ils jouent. 

Ce constat fait abstraction des récentes recherches mettant en lien des cas de cancer[9] impactant de très jeunes enfants et les ondes émises par les cellulaires. 

Par conséquent, qu’il s’agisse de raisons médicales ou de raisons basées sur le bon développement de votre enfant, maintenez-le éloigné de votre téléphone. Ne l’utilisez pas comme une manière simple de le calmer.

Vos jeunes enfants sont déjà des mordus du téléphone ? Il n’est pas trop tard !

Avoir habitué son enfant aux écrans signifie-t-il que tout est perdu ? Que maintenant qu’il en est même devenu accroc, il a perdu l’opportunité de développer correctement ses capacités cognitives ? Pas du tout. 

C’est d’ailleurs tout l’enjeu d’un point de sémantique, qui a occupé la communauté scientifique[10], entre « périodes sensibles » et « périodes critiques ». Durant longtemps, les chercheurs pensaient que le développement cérébral reposait sur des« périodes critiques » de développement. Si elles étaient manquées, ils pensaient qu’elles ne pouvaient plus être développées.

En réalité, les chercheurs se sont rendus compte que des périodes dites « critiques », comme celle de l’acquisition du langage durant les premiers mois de la vie, pouvaient ne pas impacter la capacité d’un enfant ayant manqué cette période à combler, au moins en partie, ses lacunes. La grande plasticité de notre cerveau aidant, nous sommes toujours capables de combler notre retard.

Pour cela, il est toutefois nécessaire de changer nos habitudes et, par ricochet, celles de nos enfants. Si les sevrer des outils numériques pourra être particulièrement difficile au début, ces derniers étant extrêmement addictifs, il est indispensable de ne pas baisser les bras. 

Références

[1]
Gleizes F., Legleye S., Pla A., 2021, Ordinateur et accès à Internet : les inégalités d’équipement persistent selon le niveau de vie, Institut national de la statistique et des études économiques (INSEE)INSEE Focus, numéro 226, 23 février 2021.

[2]
Mobile cellular subscriptions (per 100 people), La banque mondiale.

[3]
Kiliç A.O., Sari E., Yucel H., et autres, 2019, Exposure to and use of mobile devices in children aged 1-60 months, Cochrane Database of Systematic Review, février 2019, 178(2):221-227, doi : 10.1007/s00431-018-3284-x.

[4]
Lawrence A., Choe D.E., 2021, Mobile Media and Young Children’s Cognitive Skills: A Review, Academic Pediatrics, août 2021, 21(6):996-1000, doi : 10.1016/j.acap.2021.01.007.

[5]
Baeck Y.-M., Lee J.-M., Kim K.-S., 2013, A Study on Smart Phone Use Condition of Infants and Toddlers, International Journal of Smart Home, volume 7, numéro 6, pages 123-132, 10.14257/ijsh.2013.7.6.12.

[6]
Hosokawa R., Katsura T., 2018, Asssociation between mobile technology use and child adjustment in early elementary school age, Plos One, 25 juillet 2018, 13(7), doi : 10.1371/journal.pone.0199959.

[7]
Myruski S., Gulyayeva O., Birk S., et autre, 2018, Digital Disruption?: Maternal mobile device use and child social-emotional functioning, Developmental Science juillet 2018, 21(4):e12610, doi : 10.1111/desc.12610.

[8]
2017, Smart phone’s effect on your child’s sleep, Health University of Utah16 janvier 2016, site consulté en novembre 2022.

[9]
Nelson R., Children Face Higher Health Risk From Cell Phones, WebMD.

[10]
Gottschalk F., 2019, Impacts of technology use on children: exploring literature on the brain, cognition and well-being, Organisation for Economic Co-operation and Development (OECD), 31 janvier 2019, numéro 195.

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