Un couple couché sur un lit, entourant un bébé qui dort.

Deuxième article de notre série consacrée à l’éducation positive : les punitions physiques. Sont-elles nécessaires, indispensables, inutiles ou carrément contre-productives ? Après avoir présenté l’état de la science sur le sujet, une autre question va se poser :

Par quoi remplacer les violences physiques, comme la gifle ? Les gouvernements donnent-ils des réponses aux parents, ou des grandes lignes à suivre ? Réponse.

Violences physiques : des enfants faibles

Le gouvernement australien a passé en revue les études sur la question des violences physiques à l’égard des enfants en tentant de comprendre leurs conséquences sur le comportement des jeunes[1].

Il est légal de gifler un enfant à partir du moment où la claque ne laisse pas de marque sur ce dernier.

La réponse est sans ambiguïté. Les punitions physiques n’ont aucune conséquence positive sur :

  • La défiance de l’enfant envers les adultes,
  • Son comportement agressif,

Au contraire, non seulement l’enfant n’aura aucun comportement positif sur le long-terme, mais en plus, il sera susceptible de développer :

  • De mauvaises performances scolaires,
  • Un comportement agressif et violent,
  • Une mauvaise cognition,
  • Un retard dans son développement social et émotionnel.

Lorsque l’enfant est dans la crainte de recevoir une punition physique, le développement de son cerveau est négativement affecté par la situation.

A lire : Pourquoi l’éducation positive ?

Que disent les pédiatres sur les violences physiques ?

En Grande-Bretagne, le collège royal des pédiatres et de la santé des enfants (Royal College of Paediatrics and Child Health) a publié une déclaration dans laquelle ils condamnent la loi actuellement applicable dans le royaume[2].

Que dit-elle ? Qu’il est légal de gifler un enfant à partir du moment où la claque ne laisse pas de marque sur ce dernier. Une législation qui va à contre-courant des évolutions légales de 19 pays européens, dont la France depuis le 11 juillet 2019.

L’enfant peut donc recevoir la sanction pénale, respectivement 5 et 6 ans plus tôt qu’il n’est en capacité de décider ou non d’être soigné.

Le collège royal rappelle d’ailleurs que :

  • Les violences physiques ont des conséquences à court et à long-terme pour l’enfant,
  • Elles débouchent trop souvent sur des abus avec blessures physiques.

Ainsi, gifler un enfant âgé de moins de 18 mois est la meilleure méthode pour le blesser, alors même qu’il ne comprendra pas la relation entre son comportement et la gifle reçue. Le revers de la médaille repose, à terme, sur le développement d’un comportement agressif de l’enfant, y compris envers les parents.

Problème : la gifle fonctionne comme une sorte de soulagement pour le parent, qui est par la suite bien plus enclin à recommencer l’expérience. Plus un enfant est giflé étant enfant, plus il développera de l’aigreur et sera tenté de gifler ses propres enfants une fois adulte.

Les enfants doivent-ils avoir leur mot à dire ? L’exemple du consentement aux soins

Bien que le dernier mot, dans bien des circonstances, ne puisse être laissé à l’enfant, il faut garder à l’esprit quelques incongruités. En France, l’enfant est considéré comme mineur jusqu’à l’âge de 18 ans. C’est-à-dire qu’il ne peut décider seul de sa conduite.

Juridiquement, cette minorité se traduit le mieux par l’impossibilité qui lui est laissée de signer des contrats. Dans le même temps, un mineur est considéré comme pénalement responsable de ses actes à partir de 13 ans.

Au Royaume-Uni, l’enfant est pénalement responsable de ses actes dès l’âge de 10 ans[3].

Ce qui est alors incongru est que le consentement aux soins est fixé à 18 ans en France, et à 16 ans en Grande-Bretagne. L’enfant peut donc recevoir la sanction pénale, respectivement 5 et 6 ans plus tôt qu’il n’est en capacité de décider ou non d’être soigné.

Quand on sait que certains parents, notamment témoins de Jéhovah, interdisent toute transfusion à leurs enfants, des questions peuvent se poser. C’est ainsi qu’au Canada, le CHU de Québec a dû passer par le juge pour transfuser un enfant de 5 ans[4].

Pour beaucoup, la priorité n’est pas de mettre 19€ dans un kit de parentalité positive.

A l’inverse, dans cette même province, une adolescente de 14 ans refusait de recevoir des transfusions pour être soignée du cancer dont elle était atteinte, “quitte à en mourir”[5]. C’est encore une fois le juge qui a dû intervenir, en imposant les transfusions.

Dès lors, comment décider qui doit avoir le dernier mot dans des cas bien réels ? Le consentement aux soins met en évidence des difficultés profondes, qui sortent du manichéisme habituel sur qui doit ou non avoir le dernier mot.

Parents ou enfants, les deux partis sont capables de prendre de très mauvaises décisions, même lorsque leur propre intérêt est en jeu.

Quels comportements pour remplacer les coups ?

C’est toute la question. Il est bien beau d’entendre le législateur légiférer contre la fessée, mais quelles sont les solutions proposées aux parents. Force est de constater qu’elles sont difficiles à trouver.

Même sur le site du conseil de l’Europe, grand défenseur des droits de l’enfant, le kit “Levez la main contre la fessée”, n’est pas librement accessible. Il coûte la bagatelle de 19€[6]. Pas sûr que cela fasse l’unanimité chez tous les parents. D’autant plus que les foyers les plus pauvres sont de loin les plus nombreux.

Pour aider les parents à développer la parentalité positive, le ministère français de la santé et de la prévention reconnaît qu’il faut un socle de compétences.

Pour beaucoup, la priorité n’est pas de mettre 19€ dans un kit de parentalité positive.

En France, le ministère de l’économie, des finances et de la relance a établi un Guide ministériel de la parentalité. Seul problème, il ne concerne que les conseils à connaître pour l’arrivée d’un enfant[7].

Ce document de 41 pages fait totalement l’impasse sur l’éducation des enfants et sur les dispositions à prendre pour faire face aux crises. Pourtant, ces crises concernent tous les enfants.

Le gouvernement français a même réussi à faire mieux, en développant une Charte de soutien à la parentalité, qui ne donne absolument aucun conseil. 8 articles qui n’ont aucune portée pratique. Certains diront que ce n’est pas le but de la Charte, qui s’adresse aux professionnels du secteur social uniquement[8].

Quelles formations pour les parents ?

D’un côté, les gouvernements des pays occidentaux, Europe en tête, aspirent à changer la société en profondeur, en réformant la manière d’éduquer les enfants. De l’autre, absolument rien n’est proposé pour offrir aux parents les principes de cette éducation positive.

Pourtant, toujours en cherchant désespérément ces principes sur les sites gouvernementaux, nous avons constaté l’existence du “Lancement d’une mission visant à définir un socle de compétence en matière de soutien à la parentalité”.

Les parents sont laissés bien seuls.

Cette mission, initiée en mai 2022, a accouché de la fameuse Charte nationale de soutien à la parentalité.

Pour aider les parents à développer la parentalité positive, le ministère français de la santé et de la prévention reconnaît qu’il faut un socle de compétences. Pourtant, les parents n’y ont pas accès.

Du côté du Canada, même no man’s land. Dans l’Afrique francophone ? A l’heure actuelle, ces questions ne se posent pas encore à un niveau gouvernemental.

Pour avoir des réponses, il faut passer du côté des Américains, et de la CDC (Center For Disease and Control Prevention)[9].

Conclusion

Pour faire face à ce tournant sociétal qui impose de trouver le juste milieu entre éducation positive et laxisme parental, les parents sont laissés bien seuls.

C’est la raison pour laquelle nous allons, dans nos prochains articles, faire la synthèse de la littérature disponible sur la question de la parentalité positive.

Le but : vous donner des clefs de compréhension, des astuces et des comportements à adopter pour éduquer vos enfants sans laxisme et sans violence.

A lire, épisode 3 : Les 5 grands principes de la parentalité positive.

Références

[1]
K. Alla, 2021, What does the evidence tell us about physical punishment of children ?, AIFS (Australian Institute of Family Studies), site consulté en janvier 2023.

[2]
2009, Position Statement on corporal punishment, RCPCH (Royal College of Paediatrics and Child Health), novembre 2009, site consulté en janvier 2023.

[3]
P. Moli, 2007, Rights, University of Warwick, Archive of Disease in Childhood, 2007;92;720-725, doi : http://dx.doi.org/10.1136/adc.2005.091629.

[4]
M. Lavoie, 2019, Témoins de Jéhovah : un ordre de la cour pour transfuser un enfant de 5 ans, malgré l’opposition des parents, Le Journal de Québec, 23 août 2019, article consulté en janvier 2023.

[5]
S. Stephanie, 2017, Témoins de Jéhovah : une ado de 14 ans forcée de recevoir une transfusion, La Presse, 20 septembre 2017, site consulté en janvier 2023.

[6]
2009, Kit-Levez la main contre la fessée, Conseil de l’Europe, site consulté en janvier 2023.

[7]
2020, Guide ministériel de la parentalité, Ministère de l’économie, des finances et de la relance, site consulté en janvier 2023.

[8]
Charte nationale de soutien à la parentalité, Ministère des solidarités et de la santé, site consulté en janvier 2023.

[9]
Positive Parenting Tips, CDC (Centers for Disease Control and Prevention), site consulté en janvier 2023.

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