Femme mince tirant sur un pantalon trop grand qu'elle porte.

Souffrir d’anorexie et tomber enceinte peut faire craindre le pire pour la mère et le bébé. Les cas étant rares, notamment du fait des problèmes de menstruation dont souffrent les femmes anorexiques[1], la prise en charge est souvent fondue dans le protocole de suivie des femmes souffrant de troubles du comportement alimentaire de manière indifférenciée (boulimie, hyperphagie boulimique).

Ce trouble de la conduite alimentaire permet d’éviter la survenue d’une pré éclampsie.

L’anorexie, ou anorexie mentale, se définie comme un trouble des conduites alimentaires, reposant sur une baisse importante de la consommation d’aliments durant plusieurs mois ou plusieurs années. Ce trouble engendre une très grande perte de poids. Il est accompagné d’une volonté de maigrir et d’une peur irraisonnée de prendre du poids.

Pas le temps de tout lire ?

  • 1 à 4% des femmes enceintes en Europe sont concernées par l’anorexie.
  • L’anorexie empêche le développement du diabète et de l’hypertension gestationnelle.
  • De nombreuses et graves conséquences touchent le fœtus, souffrant d’un manque de calories et de vitamines.
  • La grossesse peut entraîner une rémission des symptômes dans 54% des cas.
  • L’anorexie entraîne jusqu’à 2 fois plus d’accouchements d’enfant mort-nés.
  • Aucun protocole particulier n’est encore en place dans le milieu médical pour prendre en charge les femmes enceintes souffrant d’anorexie.

Est-il possible de vivre une bonne grossesse tout en étant en état d’anorexie ? Quelles sont les risques pour le fœtus ? La question se pose d’autant plus que les femmes sont les principales personnes touchées par l’anorexie. Elles concentrent ainsi 80% des cas[2], contre 20% pour les hommes, et touchent entre 1% et 4% des femmes enceintes en Europe[3].

La grossesse participe à un meilleur comportement alimentaire des femmes anorexiques

Une étude réalisée à la faculté de médecine de Clermont-Ferrand[4] a mis en évidence que les femmes enceintes souffrant d’anorexie mentale rencontraient moins de complications au cours de leur grossesse. Cela se caractérisait par une baisse du taux de :

  • Diabète gestationnel,
  • Hypertension gestationnelle.

En faisant chuter ces deux facteurs de risque, ce trouble de la conduite alimentaire permet d’éviter la survenue d’une pré éclampsie. L’étude note également que l’état de grossesse participe à une limitation des symptômes de l’anorexie mentale.

L’anorexie n’est pas sans conséquences sur le fœtus, bien au contraire.

Elle corrobore ainsi les résultats d’autres études médicales[5], qui mettent en évidence que 54% des femmes ayant souffert d’un trouble de la conduite alimentaire connaissaient une rémission des symptômes durant leur grossesse.

Néanmoins, les conséquences de l’anorexie mentale sur la santé du fœtus et du nouveau-né restent préoccupantes.

Anorexie mentale et grossesses, des conséquences directes sur le bébé

L’anorexie n’est pas sans conséquences sur le fœtus, bien au contraire. Elle entraîne notamment :

  • Un retard de croissance intra-utérin (RCIU),
  • Une prématurité,
  • Une hypotrophie (faible développement d’un organe du corps),
  • Un enfant mort-né.

Les conséquences sur le fœtus découlent directement du manque de calories apportées par la mère[6]. A cela s’ajoute une diminution de l’apport vitaminique, conjugué à une augmentation du stress qui se cumule à un mauvais fonctionnement du placenta.

La grossesse s’accompagne toujours de changements corporels importants.

Les risques pour le fœtus sont largement augmentés[7] :

  • 1.32 fois plus de risque de prématurité,
  • 1.69 fois plus de risque de faible poids à la naissance,
  • 1.99 fois plus de risque d’accoucher d’un enfant mort-né.

Les mères connaissant un état anorexique le sont du fait d’une vision biaisée de leur corps et d’une peur de modifications incontrôlables liées à la grossesse.

Anorexie mentale et vision du corps par les femmes en couche

La grossesse s’accompagne toujours de changements corporels importants. Les femmes connaissant ou ayant connu des troubles de la conduite alimentaire, dont l’anorexie, assument moins bien ces changements que la population générale[8].

Les changements corporels liés à la grossesse entraînent la réapparition du trouble alimentaire.

Ainsi, l’ensemble des études que nous avons consulté en viennent à la même conclusion : le corps médical doit assurer un meilleur suivi psychologique des femmes ayant connu ou connaissant un trouble du comportement alimentaire.

Tout comme la puberté fait apparaître les troubles anorexiques, puisqu’elle concerne principalement les adolescentes âgées de 13-14 ans et de 16-17 ans, les changements corporels liés à la grossesse entraînent la réapparition du trouble alimentaire.

Le moyen de défense utilisé par ces femmes, face à leur changement de morphologie, est tout simplement le même qu’à l’adolescence : en l’occurrence ici, l’anorexie. Le trouble du comportement alimentaire touche alors 3 femmes sur 5 ayant déjà connu une telle affection[9].

A lire : Pregorexia, quand les influenceurs font leur beurre sur la santé des femmes enceintes

Le problème de la vision du corps semble même toucher de plus en plus largement les femmes enceintes, au point qu’un nouveau terme est né Outre-Atlantique pour définir la tendance : la pregorexie.

Comment aider les femmes enceintes souffrant d’anorexie ?

L’accompagnement des femmes enceintes souffrant d’anorexie vise à leur permettre de :

  • Mieux accepter les changements de leur corps,
  • Ne pas procéder à la pesée mensuelle,
  • Mieux gérer les craintes du post-partum et du changement de physiologie.

Ces éléments sont de plus en plus pris en compte par le corps médical. L’accompagnement des femmes ayant connu, ou connaissant un épisode anorexique, est une priorité pour le personnel de santé. Les risques étant importants pour la mère et l’enfant, une prise en charge adéquate permet une grossesse mieux contrôlée.

Conclusion

L’anorexie influe négativement sur la grossesse et la santé du fœtus. Sous-poids à la naissance, prématurité, bébé mort-né, ou encore hypotrophie, sont autant d’affections dont peut souffrir le bébé dont la mère connaît un épisode anorexique.

Pour le corps médical, aucun protocole clair n’est encore en place pour prendre en compte cette affection. Chaque grossesse présentant ce risque est ainsi traitée au cas par cas. Or, un suivi particulier doit être mis en place pour garantir le meilleur déroulement possible de ces grossesses complexes.

Les femmes anorexiques doivent être rassurées par le corps médical, notamment quant aux changements morphologiques qu’entraîne la grossesse. Les pesées mensuelles doivent être expliquées, voir même ne pas être réalisées. La dépression post-partum doit être anticipée.

Ce genre d’affection que constitue l’anorexie est toutefois de mieux en mieux pris en compte, permettant une grossesse plus facile à vivre pour la future mère.

Références

[1]
Attia E., Christina A., Roberto M.S., 2009, Should Amenorrhea Be a Diagnostic Criterion for Anorexia Nervosa?, International Journal of Eating Disorders, 2009, 42:581-589.

[2]
2002, Anorexie mentale : définition et causes, Amélie, L’assurance maladie française, 4 janvier 2022, site consulté en décembre 2022.

[3]
Janas-Kozik M., Zmijowska A., Zasada I., et autres, 2021, Systematic Review of Literature on Eating Disorders During Pregnancy – Risk and Consequences for Mother and Child, Frontiers in Psychiatry, 13 décembre 2021, doi: 10.3389/fpsyt.2021.777529.

[4]
Crouzet-Toulemonde A., 2021, Anorexie mentale, grossesse et post-partum. Evaluation des perceptions corporelles sur leur propre corps et sur le corps de leur enfant chez les jeunes mères atteintes d’anorexie mentale, FM – UCA – Faculté de Médecine de Clermont-Ferrand, 16 juin 2021.

[5]
Janas-Kozik M., Zmijowska A., Zasada I., et autres, 2021, Ibid.

[6]
2022, The hidden issue of anorexia in pregnancy, Monash Universtiy, 28 mars 2022.

[7]
2022, Ibid.

[8]
Sinapi A-L., 2015, Le vécu de la grossesse chez les femmes ayant une histoire de troubles du comportement alimentaire, Gynécologie et obstétrique, université Paris Descartes, 15 septembre 2015.

Brunner-Routledge, Hove and New-York, page 119.

[9]
Sinapi A-L., 2015, Ibid.

Brunner-Routledge, Hove and New-York, page 119.

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