Femme mangeant une glace, symbole de boulimie

1 femme sur 20 souffre de boulimie[1]. Il s’agit du trouble du comportement alimentaire le plus commun. La boulimie se définit comme l’ingestion de grandes quantités d’aliments, avec compensation de cette consommation par des vomissements, des périodes de jeûne, du surentraînement physique, et d’autres méthodes comme la consommation de laxatifs[2].

La boulimie se distingue de la boulimie hyperphagique, dans laquelle les comportements compensatoires (sport, jeûne, etc.) sont absents. Dans les deux cas, la victime de boulimie a l’impression de perdre le contrôle. Ces deux affections, auxquelles s’ajoute l’anorexie mentale, constituent ce que les médecins appellent les troubles des conduites alimentaires (TCA).

La maladie touche indistinctement les deux sexes, mais les raisons de la boulimie diffèrent entre les hommes et les femmes[3]. Si, chez les premiers, elle fait majoritairement suite à une addiction (tabac, alcool, etc.) ou à une carence affective, chez les femmes, les causes sont bien plus nombreuses :

  • Addictions,
  • Anxiété,
  • Trouble de l’humeur,
  • Traumatismes,
  • Tentatives de suicide.

Quelles sont les conséquences de la boulimie durant la grossesse ? Ces troubles des conduites alimentaires sont-elles dangereuses pour le fœtus ? C’est ce que nous allons découvrir.

Pas le temps de tout lire ? Ce qu’il faut retenir :

  • Les femmes enceintes sont plus enclines à soigner leur boulimie.
  • Leur attention est centrée sur la santé du bébé plutôt que sur la perception de leur corps.
  • Les conséquences de la boulimie sur le fœtus sont nombreuses et peuvent être très grave.
  • Un tiers des femmes boulimiques connaîtront une dépression post-partum.
  • Les relations mère-enfant sont affectées par la boulimie.
  • Des thérapies cognitives comportementales ont été développées et ont fait leurs preuves pour limiter les épisodes boulimiques, voire même en guérir.

La grossesse permettrait de mieux soigner la boulimie

Les psychiatres de la très réputée université Saint-Georges de Londres, ont mis en évidence qu’à partir du troisième trimestre de grossesse, les femmes enceintes étaient particulièrement réceptives à la mise en place d’un traitement permettant de soigner les crises boulimiques[4].

Ce comportement a été constaté dans d’autres études médicales[5]. Il a été systématiquement noté par les professionnels que l’attention des femmes enceintes souffrant de boulimie se déportait de leur propre corps pour se focaliser sur celui de leur bébé.

Ces observations sont plutôt positives, car les problèmes qu’engendrent la boulimie sur la santé du fœtus sont non seulement nombreux, mais également des causes de morbidité.

Les conséquences de la boulimie sur le fœtus

La boulimie n’est pas sans conséquences sur le développement du fœtus. La boulimie peut entraîner[6] :

  • Des fausses couches,
  • Un poids fœtal anormal (trop léger ou trop lourd),
  • Un accouchement difficile,
  • Une prématurité,
  • Des malformations,
  • Un score d’Apgar bas.

A lire : Score d’Apgar : un mauvais score condamne-t-il bébé ?

Ces conséquences sont d’autant plus graves, que la communauté scientifique estime qu’environ 1% des grossesses induisent l’apparition d’une boulimie[7]. Ces chiffres britanniques, rapportés à la France, font apparaître que 9 500 femmes enceintes seraient atteintes de boulimie chaque année.

Les conséquences de la boulimie sur les femmes enceintes

La boulimie entraîne une augmentation des risques de dépression post-partum, suite aux effets conjugués de la maladie en elle-même, mais également des causes qui la sous-tendent, additionnées aux effets de la grossesse. Ainsi, les chercheurs notent que[8] :

  • Plus de 30% des femmes boulimiques connaissent une dépression post-partum (contre 3% à 12% pour les autres),
  • Plus de 40% des femmes boulimiques connaissent une carence affective,
  • La grossesse induit des changements physiologiques.

Les difficultés naissent également du fait que les praticiens détectent très peu les cas de boulimie avant la grossesse. Ces détections ne s’élèveraient qu’à hauteur de 10% des patientes. Un travail de fond doit ainsi être réalisé par la communauté médicale pour mieux appréhender cette problématique et détecter les femmes enceintes concernées par la boulimie.

Quels soins pour lutter contre la boulimie ?

Les médecins préconisent une approche multidisciplinaire[9], permettant de mettre en place un accompagnement nutritionnel de la femme enceinte atteinte de boulimie. Des thérapies cognitives comportementales sont également un moyen idéal de lutter contre les causes de la boulimie[10].

Toutefois, lorsque ces approches ne fonctionnent pas et que la santé de la mère, ainsi que celle du bébé qu’elle porte, sont en jeu, l’administration de psychotropes peut constituer un ultime recours pour que la grossesse puisse arriver à son terme.

Comment fonctionnent les thérapies comportementales pour lutter contre la boulimie ?

Les thérapies comportementales diffèrent sensiblement du procédé psychanalytique traditionnel[11]. Alors que la psychanalyse vise à déterminer ce qui, dans le passé, a mené à la boulimie, les thérapies comportementales tentent de déterminer ce qui motive le comportement boulimique présent.

Une première phase consiste à instruire la patiente sur les conséquences du surpoids et de ses effets délétères sur la santé. Elle vise également à introduire une consommation alimentaire plus précise, au travers notamment d’un planning précis.

La seconde phase aide la patiente à ne plus se focaliser sur son poids et sur l’image dégradée qu’elle a d’elle-même. Elle vise également à identifier les causes motivant les phases boulimiques.

Une troisième et dernière phase a pour but de capitaliser sur les avancées obtenues dans les deux phases précédentes. Il s’agit de figer le planning et de prévenir, autant que possible, la survenue d’épisodes boulimiques.

Les thérapies cognitives comportementales peuvent être réalisées autant individuellement qu’en groupe, avec pour objectif de rendre chaque femme indépendante dans son combat contre la boulimie. Elles sont extrêmement importantes car la boulimie n’affecte pas seulement la santé des mères et des fœtus, mais également la qualité des relations mère-enfant.

Les conséquences de la boulimie sur la relation mère-enfant

La boulimie affecte non seulement la santé, mais également les relations entre la mère et son enfant[12]. Les chercheurs ont constaté des conséquences directes sur le développement cognitif et psychologique de ces enfants, notamment liées à :

  • Des difficultés rencontrées par les mères pour nourrir leurs enfants,
  • Des difficultés rencontrées lors de l’allaitement,
  • Des enfants s’alimentant lentement et en petites quantités,
  • L’absence de routine lors des repas,
  • De nombreuses expressions négatives de la part des mères,
  • Un comportement intrusif.

Toutefois, de telles conséquences ne sont pas inéluctables. Les enfants de mères boulimiques ne sont pas condamnés à manger peu, ni les mères à s’énerver durant les repas devant le comportement de leur enfant.

Les thérapies cognitives comportementales fonctionnent[13], et permettent de profondément améliorer les interactions mère-enfant. Ainsi, 80 mamans atteintes de boulimie ont été suivies par une équipe médicale. Leurs enfants étaient alors âgés de 4 à 6 mois.

Ces 80 participantes avaient profité de 13 sessions de thérapie cognitive comportementale. Il en est ressorti une baisse des conflits durant les repas, passant de 53.8% pour le groupe n’ayant pas bénéficié d’une thérapie, à 23.7% pour le groupe des 80 mères.

Leurs enfants étaient également plus autonomes, tandis que dans le même temps, les 80 femmes étaient parvenues à mieux maîtriser le trouble de leur comportement alimentaire. Autre bonne nouvelle, autant dans le groupe contrôle (n’ayant pas bénéficié de thérapie cognitive comportementale), que dans le groupe des 80 mères, le poids des enfants était normal.

Conclusion

La boulimie est un trouble du comportement alimentaire qui affecte la grossesse. Entre les accouchements difficiles, les fausses couches, ou encore les prématurités, la boulimie peut rendre la grossesse particulièrement difficile.

Un tiers des femmes boulimiques connaîtront une dépression post-partum, rendue plus évidente par la carence affective dont elles souffrent et les changements physiologiques induits par la grossesse, et qu’elles ont du mal à accepter.

La boulimie touche également les mères dans leurs relations avec leurs enfants, rendant les interactions plus conflictuelles, notamment au moment de la prise des repas. Les conséquences de ces comportements se répercuteront durant toute leur enfance.

Toutefois, des thérapies cognitives comportementales ont été développées, notamment à l’université d’Oxford, qui permettent de lutter efficacement contre les conséquences comportementales qu’induit la boulimie chez la mère.

Il est donc très important de tirer profit de la grossesse, moment durant lequel les mamans sont particulièrement réceptives, pour les encourager à mieux gérer leurs épisodes boulimiques. Ces thérapies leur permettent de mieux comprendre les causes des épisodes boulimiques, tout en mettant en place les stratégies permettant de ne pas y sombrer.

La grossesse se révèle donc être une véritable opportunité pour les femmes sujettes à la boulimie, de se soigner efficacement et de se guérir, sinon de fortement limiter les épisodes boulimiques qu’elles connaissent souvent depuis l’adolescence.

Références

[1]
2000, Bulimia Increases Risk of Miscarriage, Premature Delivery, WebMd, 11 juillet 2000, site consulté en décembre 2022.

[2]
2022, Boulimie et hyperphagie boulimique : définition et causes, Amélie, sécurité sociale, 13 janvier 2022, site consulté en décembre 2022.

[3]
Foulon C., Hyperphagie boulimique : évolution des concepts et critères diagnostiques actuels (DSM V), Congrès Français de Psychiatrie, 28S (2013) 90-109.

[4]
2000, Bulimia Increases Risk of Miscarriage, Premature Delivery, WebMD, 11 juillet 2000.

[5]
Ward V.B., 2008, Eating disorders in pregnancy, The BMJ, 12 janvier 2008; 336(7635): 93-96, doi: 10.1136/bmj.39393.689595.BE

[6]
Morrill E.S., Nickols-Richardson H.M., 2001, Bulimia Nervosa During Pregnancy: A Review, Journal of the American Dietetic Association, 04 avril 2001, Volume 101, Issue 4, pages 448-454, doi : 10.1016/S0002-8223(01)00115-8.

[7]
Erick, Miriam, 2002, Eating disorders: A few more thoughts, American Dietetic Association. Journal of the American Dietetic Association, avril 2002, volume 102, numéro 4, 477.

[8]
Ward V.B., 2008, Eating disorders in pregnancy, Ibid.

[9]
Sebastiani G., Andreu-Fernandez V., Barbero A.H., et autres, 2020, Eating Disorders During Gestation: Implications for Mother’s Health, Fetal Outcomes, and Epigenetic Changes, Frontiers in Pediatrics, 17 septembre 2020, 8:587, doi : 10.3389/fped.2020.00587.

[10]
Sebastiani G., Andreu-Fernandez V., Barbero A.H., et autres, 2020, Eating Disorders During Gestation: Implications for Mother’s Health, Fetal Outcomes, and Epigenetic Changes, Ibid.

[11]
Treatment : cognitive behavioral therapy for bulimia nervosa, Society of Clinical Psychology.

[12]
Martini M.G., Barona-Martinez M., Micali N., 2020, Eating disorders mothers and their children: a systematic review of the literatureArchive of Women’s Mental Health, 14 janvier 2020, 23, 449-467.

[13]
Stein A., Woolley H., Senior R. et autres, 2006, Treating disturbances in the relationship between mothers with bulimic eating disorders and their infants: a randomized, controlled trial of video feedback, American Journal of Psychiatry, mai 2006, 163(5):899-906, doi : 10.1176/ajp.2006.163.5.899.

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