Femme enceinte malade hypermesis gravidarum

Derrière le latinisme d’hyperemesis gravidarum se cache une affection rare, celle des nausées et des vomissements sévères persistants durant la grossesse. Elle touche en moyenne 0.3 à 3%[1] des femmes enceintes, et est la première cause d’hospitalisation durant les 6 premiers mois de grossesse.

L’équilibre hydro-électrolytique est un équilibre entre l’eau présente à l’intérieur des cellules du corps et l’eau présente à l’extérieur de ces dernières.

En dépit des nombreuses recherches menées sur le sujet, ses causes restent principalement inconnues. Sérieuse, même si elle n’entraîne heureusement que très rarement la mort, elle reste une cause de morbidité importante pour la mère et le fœtus.

Nous vous expliquons quelle est cette affection, le risque qu’elle représente pour vous et votre bébé, et comment y faire face si vous êtes concernée.

Pas le temps de tout lire ? Ce qu’il faut retenir :

  • 85% des femmes connaissent des nausées et des vomissements bénins.
  • Environ 2% des femmes enceintes développent une hyperémèse gravidique.
  • L’hyperémèse gravidique est rarement mortelle.
  • Une perte de poids importante, cumulée à des carences l’accompagnent.
  • L’hyperémèse gravidique n’est pas d’origine psychologique.
  • Les dernières études révèlent une origine génétique de l’hyperémèse gravidique.

Qu’est-ce que l’hyperémèse gravidique ?

L’hyperémèse gravidique est le nom donné aux nausées et vomissements qui se déclenchent du fait de la grossesse. Ils ont la caractéristique d’être particulièrement sévères, et de s’inscrire sur la durée. Le manuel MSD[2] souligne que l’hyperémèse gravidique se distingue des nausées normales de grossesse par :

  • Une perte de poids supérieure à 5% du poids de départ,
  • Une déshydratation,
  • L’apparition d’une cétose (consommation des graisses),
  • Un déséquilibre hydro-électrolytique.

Ce dernier point est relativement technique mais peut être résumé de la manière suivante[3] : l’équilibre hydro-électrolytique est un équilibre entre l’eau présente à l’intérieur des cellules du corps et l’eau présente à l’extérieur de ces dernières. Il est réalisé chimiquement grâce à des substances appelées électrolytes, qui sont :

  • Le sodium,
  • Le potassium,
  • L’ion bicarbonate,
  • Le chlore.

Le processus permettant de réaliser l’équilibre hydro-électrolytique est appelé l’homéostasie.

L’hyperemesis gravidarum[4] a été identifiée il y a plusieurs siècles, et était associée à des troubles physiologiques provenant de toxines, d’infections ou encore d’ulcérations. Toutefois, au tournant du XXème siècle, l’hypothèse privilégiée par la communauté médicale fut celle d’un trouble psychologique.

La médecine contemporaine recherche désormais les causes de l’hyperémèse gravidique dans les facteurs de risque, à défaut de réussir à déterminer les causes premières de la maladie.

Ce lien entre hypérémèse gravidarique et trouble psychologique se retrouve encore dans les ouvrages de médecine[5] de cette période, dans lesquels l’on peut encore lire qu’« il existe entre les vomissements rebelles de la grossesse et l’hystérie une relation causale directe. »

Si les causes de la maladie restent obscures, sa compréhension a fort heureusement changé, et des recherches sont menées pour en déterminer les ressorts réels.

Quelles sont les causes de l’hypermesis gravidarum ?

Loin de s’attarder sur des causes psychiatriques, la médecine contemporaine recherche désormais les causes de l’hyperémèse gravidique dans les facteurs de risque, à défaut de réussir à déterminer les causes premières de la maladie. Les facteurs de risque de l’hyperémèse gravidique[6] sont les suivants :

  • Augmentation de la masse placentaire dans le cadre d’une grossesse môlaire,
  • Augmentation de la masse placentaire dans le cadre de gestations multiples,
  • Nausées et vomissements en dehors de la grossesse résultant de médicament à oestrogènes,
  • Antécédents aux migraines,
  • Causes génétiques en cas d’occurrence familiale.

La cause de l’hyperémèse gravidique tient peut-être tout entière, ou presque, dans l’un de ces facteurs : la génétique. C’est en tout cas ce que semble démontrer une étude publiée en mars 2022, dans le journal international d’obstétrique et de gynécologie BJOG[7].

Le gène GDF15 serait à l’origine de vos nausées et vomissements

C’est l’université de Californie du Sud (USC), en partenariat avec la fondation de recherche et d’éducation sur l’hyperémèse (HER) qui a réussi à isoler le gène GDF15[8], et à faire le lien avec la survenue de l’hyperémèse gravidique chez les femmes enceintes.

En l’espèce, les mutations ou les variations qui affectent ce gène seraient directement responsable de la survenue de l’affection. Comme le souligne l’article de l’USC, cette découverte remet non seulement en question la cause psychologique, mais également la cause hormonale, qui reposait sur un taux d’hCG trop important.

La cétose et le déséquilibre hydro-électrolytique qu’elle peut induire amènent parfois la femme enceinte vers le développement de troubles ioniques graves.

Les deux premiers facteurs de risque, ceux de la masse placentaire, seraient donc exclus de l’équation. L’intérêt de la découverte repose non seulement sur l’éventualité que de nouveaux médicaments soient développés pour contrer l’effet de ce gène et de la protéine qui le code, mais également de diagnostiquer par avance les femmes sujettes à cette affection.

Ce dépistage est d’autant plus important que plus les nausées et les vomissements sont traités tôt, moins sont-ils susceptibles d’évoluer vers une hyperémèse gravidique. C’est en tout cas ce que soulignent les médecins de l’hôpital universitaire de Lausanne[9], qui rappellent également que tant la communauté médicale que la famille de la parturiente, ne prennent que rarement au sérieux les premiers cas de nausées et de vomissements. Pourquoi ? Parce que ces symptômes touchent, de manière bénigne, environ 85% des femmes enceintes. Pourtant, les conséquences d’une hyperémèse gravidique peuvent être désastreuses.

Quelles sont les conséquences de l’hyperémèse gravidique ?

Comme nous l’avons souligné précédemment, l’hyperémèse gravidique entraîne une perte de poids importante. Celle-ci s’accompagne généralement d’une augmentation de la tension artérielle et des battements cardiaques.

Aucun lien entre l’hyperémèse gravidique et le décès d’un fœtus ou d’un nouveau-né n’a encore été rapporté.

La cétose et le déséquilibre hydro-électrolytique qu’elle peut induire amènent parfois la femme enceinte vers le développement de troubles ioniques graves. Il s’agit alors d’un déséquilibre des fameux électrolytes évoqués plus haut (potassium, sodium, ion bicarbonate et chlore).

Les conséquences de l’hyperémèse gravidique sur la femme enceinte

L’équipe médicale du CHU de Lausanne rapporte que les femmes enceintes risquent :

  • Une encéphalopathie de Wernicke,
  • Une rupture de l’œsophage,
  • Un pneumothorax,
  • Une maladie des voies urinaires appelée : nécrose tubulaire aiguë.

Attention toutefois, la survenue de conséquences aussi graves demande généralement une continuité des crises durant 16 à 18 semaines, selon les données fournies par le Manuel MSD précédemment cité. Il s’agit donc d’affections particulièrement rares.

Les conséquences de l’hyperémèse gravidique sur le fœtus

Les conséquences sur le fœtus sont encore plus rares. Si son poids à la naissance peut parfois être faible, sa taille réduite, et que des cas de prématurés ont déjà été notés, aucun lien entre l’hyperémèse gravidique et le décès d’un fœtus ou d’un nouveau-né n’a encore été rapporté.

Les médicaments qui accompagnent le traitement de l’hyperémèse gravidique existent et sont sûrs pour le fœtus.

La difficulté de la prise en charge précoce de l’affection repose en grande partie sur le difficile diagnostique de la maladie dans ses premiers symptômes. Alors, quels sont les symptômes qui sont justement susceptibles de vous alerter ?

Quels sont les symptômes d’une hyperémèse gravidique ?

Pour pouvoir distinguer les nausées et vomissements classiques, de la manifestation d’une hyperémèse gravidique, il y a lieu de porter votre attention sur les éléments suivants[10] :

  • Une perte de poids supérieure à 5% de votre poids précédant le début des crises,
  • Plus de cinq vomissements quotidiens,
  • Une odeur d’acétone dans les urines (acétonurie).

La confirmation de cette affection pourra ensuite être réalisée en milieu médical, dès lors que votre urine présentera des corps cétoniques et autres éléments déterminants.

Il s’agit maintenant de savoir que des soins efficaces, et sûrs pour le fœtus, peuvent vous être apportés si vous souffrez d’une hyperémèse gravidique.

Comment se soigne une hyperémèse gravidique ?

La bonne nouvelle est que les médicaments qui accompagnent le traitement de l’hyperémèse gravidique existent et sont sûrs pour le fœtus. Le traitement dépend du stade de l’affection mais repose en grande partie sur du gingembre en capsules, de l’acide folique, et même de l’acupuncture.

Normalement bénigne mais handicapante, l’hyperémèse gravidique peut exceptionnellement se prolonger lorsqu’elle répond mal aux traitements mis en œuvre pour l’endiguer.

Si l’hyperémèse gravidique devient tout de même plus sévère, des vitamines B6 et d’autres produits peuvent encore être ajoutés au premier traitement, jusqu’à envisager des soins par intraveineuse pour calmer les vomissements.

L’élément important est de faire confiance au corps médical, même si ce dernier n’a pas immédiatement pris la mesure du problème. Il ne faut jamais oublier que les nausées et les vomissements, touchant de manière normale 85% des femmes, font que les médecins ne s’orientent pas immédiatement vers cette pathologie relativement rare.

Conclusion

L’hyperémèse gravidique est une affection rarement diagnostiquée au début de l’affection. Elle est souvent confondue, à ses débuts, avec les nausées et les vomissements qui se retrouvent classiquement chez 85% des femmes enceintes.

De cause inconnue, les dernières recherches tendent à démontrer qu’elle aurait une origine génétique, sans qu’il ne soit encore possible d’écarter définitivement les autres hypothèses de travail, qui sont autant le taux élevé d’hCG, les antécédents migraineux ou la prise de certains médicaments.

Normalement bénigne mais handicapante, l’hyperémèse gravidique peut exceptionnellement se prolonger lorsqu’elle répond mal aux traitements mis en œuvre pour l’endiguer. Les conséquences de l’affection peuvent alors être graves, particulièrement pour la femme enceinte. Les occurrences d’encéphalopathie de Wernicke, ou encore de rupture de l’œsophage, font partie des conséquences d’hyperémèses gravidiques extrêmes.

Ces souffrances sont heureusement exceptionnelles et n’engagent que peu la survie du fœtus, dont la taille et le poids peuvent toutefois être affectés, d’autant plus qu’il peut connaître une naissance prématurée.

Références

[1]
London V., Grube S., Sherer D.M. et autre, 2017 Hyperemesis Gravidarum: A Review of Recent Literature, Pharmacology, 23 juin 2017, doi : 10.1159/000477853.

[2]
Dulay A.T., 2022, Hypermesis Gravidarum, Manuel MSD, octobre 2022.

[3]
2021, Lewis III J.L., 2021, Présentation des électrolytes, Manuel MSD, septembre 2021.

[4]
Hypermesis Research, HER Foundation

[5]
Varnier H., Hartmann H., 1891, Annales de gynécologie et d’obstétrique, tome XXXVI, Steinheil éditeur, 2ème semestre de l’année 1891, page 461.

[6]
2021, Lewis III J.L., 2021, Présentation des électrolytes, Manuel MSD, septembre 2021.

[7]
MacGibbon K.W., First O., Quan C. et autre, 2022, Whole-exome sequencing uncovers new variants in GDF15 associated with hyperemesis gravidarum, Obstetrics & Gynaecology, volume 129, issue 11, pages 1845-1852.

[8]
Abrams Z., 2022, Researches identify gene mutations linked to pregnancy sickness, Keck School of Medicine of USC, 15 mars 2022.

[9]
Wijayasinghe S., Bentvelzen A., Gueno C., et autre, 2018, Nausées et vomissements chez la femme enceinte, Revue Médicale Suisse, 2018, doi : 10.53738/REVMED.2018.14.614.1397.

[10]
Jarraya A., Elleuch S., Zouari J., et autres, 2015, Hyperemesis gravidarum avec troubles ioniques sévères : à propos d’un cas, The Pan African Medical Journal, doi : 10.11604/pamj.2015.20.264.6298.

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