Femme devant une lumière ronde, préparant un post Instagram.

C’est l’affirmation de Saint-Bernard de Clairvaux, qui écrivait déjà, au XIème siècle : “Le désir de paraître est un désir pernicieux; il vaut bien mieux brûler[1].” Le décor est posé.

Mais, ce qui l’est également, c’est la chronologie du paraître hautain et orgueilleux. A l’époque d’Instagram, nous pourrions penser que le paraître est né avec le développement du numérique et la soif du selfie. Cette idée est fausse.

D’ailleurs, ce n’est pas tant le numérique, et les plateformes comme Instagram qui posent question, mais l’usage qu’on en fait. Il va sans dire que notre usage des technologies est égocentrique. Mais, l’est-il plus qu’il y a 1 000 ans ?

Le paraître, entre histoire et fantasme

Souvent, nous idéalisons les siècles passés, sans vraiment chercher à savoir si notre opinion est fondée ou totalement faussée. Ainsi, lorsque le psychanalyste Erich Fromm écrit dans son ouvrage La peur de la liberté[2], que l’homme de la Renaissance brûle d’un désir de célébrité que l’homme du Moyen-âge n’avait pas, nous pouvons douter.

Ainsi, la bible enjoignait déjà à ses lecteurs de se revêtir d’humilité[3], comme s’il en manquait autant aux Anciens qu’il nous en manque aujourd’hui.

Un paraître de consommation

Le paraître est surtout entretenu par l’esprit capitaliste. Un marketing débridé fait du paraître un nouveau modèle, dont les influenceurs sont le parangon.

Chacun veut posséder ce que possède l’extravagant, du super car jusqu’à la maison de luxe. Comme si la possession était le corollaire au bonheur.

Ce paraître à tout prix des réseaux sociaux serait-il à l’origine de troubles psychologiques graves, ou bien sont-ils socialement utiles ?

Une diminution de l’estime de soi

Les réseaux sociaux sont des couteaux à double tranchant. D’un côté, ils permettent d’apprendre de nouvelles compétences, de savoir où se trouve telle ou telle entreprise, dont on veut un produit ou un service. De l’autre, ils font naître un profond sentiment d’inégalité.


Instagram se place au premier rang des réseaux sociaux qui font naître ce sentiment. Car, à force de voir des profils de gens tirés à quatre épingles, sur des photos retouchées, et dans des endroits de rêve, on en vient à se dire que notre vie personnelle est un fiasco[4].

Les chiffres traduisant la détresse mentale des adolescents sont affolants :

  • 52% : c’est l’augmentation des épisodes dépressifs chez les adolescents américains âgés de 12 à 17 ans, entre 2005 et 2017,
  • 63% : c’est l’augmentation de ces mêmes épisodes chez les 18-25 ans, dans la même période.

En cause :

  • Le développement croissant du digital,
  • La dégradation du sommeil,
  • La diminution des interactions en face-à-face,
  • L’augmentation du harcèlement sur internet.

Il n’est donc pas surprenant que l’équilibre mental des adolescents se soit largement dégradé après 2011, l’époque qui a vu la diffusion du smartphone dans les mains des jeunes.

Le même phénomène a été observé chez les adultes à partir de 2014, année qui a vu l’adoption du smartphone par cette tranche d’âge.

Instagram et la dépression

Plus les utilisateurs passent de temps sur Instagram, plus les symptômes suivants sont présents[5] :

  • Symptômes dépressifs,
  • Estime de soi,
  • Anxiété,
  • Désaffection envers son propre corps.

Les conséquences d’Instagram sont intimement liées au type de contenu consommé. Les photographies de beauté ou de fitness entraînent ainsi une dégradation du sentiment d’attractivité.

La profondeur de ce trouble est directement corrélée avec l’importance des symptômes cités précédemment.

Toutefois, si les réseaux sociaux, et Instagram en particulier, attirent et retiennent autant de monde, c’est qu’il doit bien exister des points positifs. L’exemple du tabac pourrait d’emblée nous donner tort, mais que dit la science ?

A lire : Quelles sont les conséquences du tabac sur le fœtus ?

Les réseaux sociaux comme outils de bien-être social ?

500 millions de personnes utilisent Instagram tous les jours. Dans certains pays, comme les Etats-Unis, 70% des citoyens utilisent les réseaux sociaux. Certaines études ont conclu que les réseaux sociaux, comme Instagram et Twitter, augmentaient le sentiment de connexion entre les individus.

Seul problème, cette amélioration du sentiment de connexion apparaît dans une génération d’adolescents que les auteurs d’une de ces études considèrent comme “la plus seule qui n’ait jamais existée.”[6]

Les plateformes présentant des photographies et du texte, comme Instagram, pourraient alors jouer un rôle moins négatif que les autres réseaux sociaux. La cause ? Le sentiment d’intimité qui s’en dégage.

On est donc loin du bien-être social, et nul doute que le surf sur les réseaux sociaux, Instagram en tête, ne remplacera jamais une bonne après-midi entre amis.

Conclusion

On donne rarement la suite de la fameuse citation de Bernard de Clairvaux, que nous avons écrite en introduction, mais la voici : “Mais si vous souhaitez tant l’éclat, efforcez-vous d’être ce que vous voulez paraître.”

Regardez les photos des profils Instagram avec un autre oeil. En vous posant la question de savoir si ces influenceurs, ces “amis” qui se la racontent vivent vraiment la vie qu’ils postent sur les réseaux sociaux.

Pour certains, être comme ils veulent paraître va être assurément plus difficile que pour d’autres…

Référence

[1]
1870, Sermons de Saint Bernard sur le cantique des cantiques, Louis Guérin, imprimeur-éditeur, Bar-Le-Duc, 1870.

[2]
The Fear of Freedom, Routledge Classics, 2001, Oxon.

[3]
1 Pierre 5:5-6, La Bible.

[4]
Yuniardi M., 2020, The Use of Instagram and Psychological Well-Being in the Digital Era, Research Gate janvier 2020, doi : 10.2991/assehr.k.200120.023

[5]
Sherlock M., Danielle L., 2019, Exploring the relationship between frequency of Instagram use, exposure to idealized images, and psychological well-being in women, American Psychology Association (A.P.A.), PsycNet Advanced Search, site consulté en décembre 2022.

[6]
Sherlock M., Danielle L., 2019, Exploring the relationship between frequency of Instagram use, exposure to idealized images, and psychological well-being in women, American Psychology Association (A.P.A.), PsycNet Advanced Search, site consulté en décembre 2022.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *