Homme en colère, crie, visage rouge, bouche ouverte.

La constipation touche entre 12% et 19% de la population, et augmente avec l’âge[1]. A ce moment-là, vu que vous n’allez pas rajeunir, vous vous dites que ce n’est pas prêt d’aller mieux. Pourtant, vous pouvez débloquer la constipation. Comment ? En sachant d’où elle vient.

Surtout, en sachant que le ventre, souvent considéré comme notre deuxième cerveau, possède effectivement des neurones, et tout un microbiote qui a le pouvoir de conserver notre santé, ou de nous rendre malade[2]. La constipation n’y fait pas exception.

Dans cet article, nous nous intéresserons à la constipation de l’adulte. Pour la constipation infantile, vous pouvez vous rendre sur le dossier que nous y avons consacré.

A lire : Les parents sont responsables de la constipation de leurs enfants

Pas le temps de tout lire ? Ce qu’il faut retenir. 

  • 2.5 millions de consultations ont lieu chaque année, aux Etats-Unis, suite à la constipation, pour 100 000 hospitalisations annuelles.
  • 12% à 19% de la population est concernée.
  • 65% des anxieux et des dépressifs souffrent de constipation.
  • Nos émotions ne sont pas étrangères à la constipation.
  • Notre microbiote peut être la source de notre anxiété et de notre état dépressif.

Comment savoir si l’on est constipé ?

Normalement, on sait bien quand on est constipé ou non. Car, la constipation amène à 2.5 millions de consultations par an aux Etats-Unis, et à 100 000 hospitalisations. Autrement dit, elle fait assez mal, et est assez handicapante pour que l’on se rende compte que la constipation est bien présente. 

Toutefois, un individu qui va aux selles trois fois par jour peut se penser constipé lorsqu’il n’y va plus qu’une fois durant deux jours. 

Pour savoir si l’on souffre de constipation, rien de plus simple, il suffit de se reporter aux critères suivants[3]:

  • La défécation réclame des efforts,
  • Les selles sont dures et arrondies (scybala), 
  • Vous voulez déféquer mais n’y arrivez pas, 
  • Les selles sont peu fréquentes (inférieur à 3 fois par semaine),
  • Le poids des selles est inférieur à 35 g/ jour, 
  • Vous êtes dans l’effort plus de 25% du temps.

On ne vous dit pas que vous devez sortir votre balance de cuisine et peser ce qui sort de votre rectum, ni de chronométrer vos prouesses au cabinet, mais vous avez l’idée. 

Il existe des médicaments pour aller aux selles, mais ce qui compte, ce n’est pas de traiter le symptôme, mais la cause. Il est fort possible que celle-ci soit psychologique. D’ailleurs, regardez un peu autour de vous : souvent certaines personnes stressées ont la diarrhée, quand d’autres sont constipées. 

L’anxiété et la dépression jouent un rôle dans la constipation

Toutes les études qui s’intéressent à la constipation arrivent à la même conclusion : les patients anxieux ou déprimés souffrent plus souvent de la constipation[4]. Ils seraient en effet 65%[5] à ne pas pouvoir se rendre à la selle convenablement.

Alors, si vous êtes dans ce cas, une question primordiale se pose : pour traiter votre constipation, faut-il d’abord traiter votre dépression ou votre état anxieux avant de s’intéresser à vos maux de ventre ? 

Répondre par oui serait trop simple. Pourquoi ? Parce que rien ne dit que votre état anxieux ou dépressif ne soit pas causé, non pas par votre cerveau, mais bien plutôt induit par votre microbiote.

Notre microbiote peut-il nous rendre dépressif ? 

Oui. Une équipe de chercheurs a passé 26 études en revue pour en venir à la conclusion suivante : il existe une association forte entre notre microbiote et notre état mental[6]. Parce que contrairement à ce que l’on pourrait penser, notre microbiote nous est unique, et dépend de nombreux facteurs :

  • Génétiques, 
  • De croissance, 
  • Géographiques, 
  • Diététiques.

Des chercheurs sont parvenus à déterminer que les épisodes dépressifs avaient un lien étroit avec la génétique et la qualité du microbiote intestinal. Ce qui influence le cerveau, c’est la relation bidirectionnelle entre lui et le microbiote, via les fameux neurones, qui tapissent notre cerveau mais aussi nos intestins[7].

Pour confirmer cette impression, les chercheurs ont transplanté des microbiotes de souris dépressives à des souris non-dépressives. Le résultat a amené à déprimer les souris bénéficiant normalement d’une bonne santé mentale. Et inversement. 

A lire : Malbouffe et dépression : les deux tendances du siècle

La constipation : microbiote ou cerveau ? 

Qui de la constipation ou des troubles dépressifs et anxieux a précédé l’autre ? Pour certaines dépressions, il semblerait que la cause soit commune aux deux affections : un taux de sérotonine trop bas [8].

Ce déficit en sérotonine, impacte autant les neurones du cerveau que celles de l’intestin, entraînant, et une dépression, et une constipation. Des médicaments sont justement en cours de développement pour remonter les taux de sérotonine. 

Ce qui est également à souligner, est que le nombre de neurones dans l’intestin baisse avec l’âge. Comme nous l’avons écrit au début de cet article, la constipation augmente également avec l’âge. Le lien entre constipation et neurones dans nos intestins est donc plus profond qu’il n’y paraît. 

Conclusion

Si vous souffrez de constipation, posez-vous la question quant à savoir si vous connaissez également un passage dépressif, ou si vous vous trouvez dans un état d’anxiété. Vos émotions agissent directement sur vos intestins et peuvent être la cause de votre constipation.

Inversement, un microbiote déséquilibré, qui entraîne une constipation, peut être à l’origine de troubles anxieux ou dépressifs. C’est ici qu’entre en jeu l’importance d’une bonne alimentation.

Quand on dit que la santé est dans l’assiette, on pense aussi à la santé mentale.

Références

[1]
Coffin B., 2014, Constipation chronique iatrogène, Association Française de Formation Médicale Continue en Hépato-Gastro-Entérologie, Mis à jour le 25/01/2019, site consulté en novembre 2022.

[2]
2021, Le microbiote, un deuxième cerveau, vraiment ? Inserm, 16 mars 2021, site consulté en novembre 2022.

[3]
Hosseinzadech S.T., Poorsaadati S., Radkani B. et autre, 2011, Psychological disorders in patients with chronic constipation, Gastroenterology and Hepatology from Bed to Bench, été 2011, 4(3), pages 159-163.

[4]
Hosseinzadech S.T., Poorsaadati S., Radkani B. et autre, 2011, Psychological disorders in patients with chronic constipation, Ibid.

[5]
Zigmond A.S., Snaith R.P., 1983, The hospital anxiety and depression scale, Acta Psychiatrica Scandinavica, juin 1983, 67(6), doi : 10.1111/j.1600-0447.1983.tb09716.x.

[6]
Limbana T., Khan F., Eskander N., 2020, Gut Microbiome and Depression: How Microbes Affect the Way We Think, Cureus, 23 août 2020, 12(8) doi : 10.7759/cureus.9966

[7]
Zheng P., Zeng B., Zhou C., 2016, Gut microbiome remodeling induces depressive-like behaviors through a pathway mediated by the host’s metabolism, Molecular Psychiatry, 12 avril 2016, 21, pages 786-796, doi : 10.1038/mp.2016.44

[8]
2019, A Moody Gut Often Accompanies Depression-New Study Helps Explain Why, Columbia University Irving Medical Center, 7 mai 2019, site consulté en novembre 2022.

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