Femme avec grossesse molaire tenant une échographie dans une main et son ventre dans l'autre.

La grossesse môlaire, également appelée grossesse hydatiforme, ou môle hydatiforme, se définit comme une pathologie bénigne correspondant à un développement anormal du placenta[1]. La raison de cette malformation prend sa source dans le fait que la répartition chromosomique entre le spermatozoïde et l’ovule se fait mal (môle partielle), voire pas du tout (môle complète).

La môle hydatiforme complète se définit par l’absence d’ADN de la mère alors que celle du père est doublée.

En chiffres, la grossesse môlaire se traduit de la manière suivante[2] :

  • 63.7% des femmes sont âgées de plus 35 ans,
  • 45.5% d’entre elles n’ont jamais eu d’enfant.

Par contre, l’occurrence de la grossesse hydatiforme diffère selon les régions du monde. On compte ainsi de très fortes disparités entre l’Europe, l’Asie, le Moyen-Orient ou encore l’Afrique, dont les chiffres sont les suivants[3] [4] :

  • Amérique du Nord et Europe : 0.6 à 1.1 pour 1000,
  • Asie du Sud-Est, Japon : 2 à 2.8 pour 1000,
  • Australie : 0.9 à 1.4 pour 1000,
  • Arabie : 3.6 pour 1000,
  • Afrique : 0.8 pour 1000.
Carte mondiale répartition de la grossesse molaire par continents : Amérique du Nord (1.1/1000), Europe (1.1/1000), Afrique (0.8/1000), Moyen-Orient (3.6/1000), Asie (2.8/1000), Australie (1.4/1000)

La cause génétique est privilégiée dans l’apparition de la grossesse môlaire[5]. En effet, en plus des études de par le monde, des recherches menées aux Etats-Unis, pays multiethnique, ont confirmé que les femmes asiatiques présentaient des risques de grossesse môlaire bien plus importants que celui des Caucasiennes. Dans le même temps, les Caucasiennes présentaient des risques de grossesse môlaire jusqu’à deux fois plus importants que celui des femmes d’origine africaine.

15 à 20% des patientes développant une grossesse môlaire complète présenteront une tumeur souvent cancéreuse.

L’occurrence des grossesses môlaires est tellement liée au type de population que, le nombre de grossesse dans les Etats des Rocheuses aux Etats-Unis, est six fois plus élevé que dans les Etats de la côte Est et Sud Est.

Des résultats similaires ont été constatés à Honolulu, entre des femmes d’origine asiatique, particulièrement concernées par les cas de grossesse môlaire, et les femmes d’origine caucasienne, deux fois plus concernées par la môle hydatiforme que les femmes d’origine africaine.

La môle hydatiforme partielle continue de se développer vers une tumeur dans moins de 5% des cas.

Comme nous le verrons plus loin, ces chiffres sont évolutifs et nous allons vous expliquer pourquoi. Mais avant, penchons-nous sur ses symptômes, sur ses causes, et sur ses conséquences.

Ce qu’il faut retenir :

  • La grossesse molaire touche en moyenne 1 femme sur 1000.
  • La môle peut être complète ou partielle.
  • La môle complète peut évoluer en cancer dans 15% à 20% des cas.
  • La môle partielle est bénigne dans 97% des cas.
  • Une intervention en milieu hospitalier est nécessaire.
  • Les causes sont multiples (génétique, diététique, socioéconomique).

Grossesse môlaire, quels symptômes?

Les symptômes de la grossesse hydatiforme sont relativement divers :

  • 86.4% des femmes ont des saignements vaginaux,
  • 41% sont touchés par l’hyperémèse gravidique,
  • 13.6% développent un kyste lutéinique,
  • 4.5% connaissent une hyperthyroïdie.

A lire : Hyperémèse gravidique

Ce qui rend le diagnostique quelque peu complexe est que les femmes victimes d’une grossesse môlaire connaissent non seulement les symptômes normaux de la grossesse[6], mais en plus sont positives au test de grossesse. La raison tient au fait que le développement anormal du placenta produit un nombre plus important d’hormones HCG. C’est justement à cette hormone que les petites bandelettes de couleur des tests réagissent.

L’origine de ces différences se retrouve tant dans les conditions socio-économiques des parturientes, que dans les facteurs diététiques.

Par conséquent, la détection de cette affection a souvent lieu lors de la première échographie, permettant à l’affection d’être traitée à temps pour qu’elle reste bénigne. Si, bien souvent, aucune grossesse n’a réellement lieu, la situation peut s’avérer parfois plus complexe, dès lors qu’il faut distinguer :

  • La grossesse môlaire complète,
  • La grossesse môlaire partielle.

Attardons-nous sur ces deux situations, pour mieux comprendre leurs différences.

La grossesse môlaire complète

La môle hydatiforme complète est une affection qui entre dans la catégorie des maladies trophoblastiques gestationnelles[7]. Elle se définit par l’absence d’ADN de la mère alors que celle du père est doublée[8].

Les risques de complications sont plus importants dans cette forme de grossesse môlaire, du fait de sa propension à persister dans l’utérus. Il n’est pas rare qu’elle mène à une intervention chirurgicale ou qu’elle se transforme en choriocarcinome gestationnel, un type de tumeur maligne.

15 à 20% des patientes[9] développant une grossesse môlaire complète présenteront une néoplasie trophoblastique gestationnelle, c’est-à-dire une tumeur souvent cancéreuse[10].

C’est la raison pour laquelle, la môle hydatiforme complète fait l’objet d’une surveillance particulière de la part du corps médical[11].

La grossesse môlaire partielle

La grossesse môlaire partielle se définit lorsque l’ADN du père et de la mère sont bien présents mais en quantité inégale. Ce phénomène survient généralement lorsque deux spermatozoïdes sont parvenus à féconder l’ovule.

Moins problématique que la grossesse môlaire complète, la môle hydatiforme partielle continue de se développer vers une néoplasie trophoblastique gestationnelle, donc vers une tumeur, dans moins de 5% des cas[12].

Ces évolutions tumorales doivent être relativisées, dès lors qu’elles dépendent grandement du moment du diagnostic de la grossesse môlaire. Ainsi, la môle hydatiforme partielle reste bénigne dans environ 97% des cas[13]. C’est ce que nous verrons dans la partie consacrée aux conséquences de la grossesse môlaire.

Quelles sont les causes de la grossesse môlaire ?

Nous avons dit que la grossesse môlaire ne touchait pas toutes les populations de la même façon. Il n’est ainsi pas rare de constater des différences de 1 à 3, voire de 1 à 6 entre différentes régions du monde, ou d’un même pays, comme c’est le cas aux Etats-Unis.

L’hystérectomie est réservée aux cas graves de tumeurs malignes.

L’origine de ces différences se retrouve tant dans les conditions socio-économiques des parturientes, que dans les facteurs diététiques[14]. En effet, des études menées sur les animaux ont permis de déterminer que l’alimentation a un impact sur notre génétique[15].

Ainsi, la Corée du Sud a connu une chute importante du nombre de cas de grossesses môlaires entre les années 1960 et les années 1990, passant d’une occurrence de 4.4 cas sur 1000 à une occurrence de 1.6 cas sur 1000.

Parmi les facteurs de risques provenant de l’alimentation, on compte :

  • Une faible consommation d’aliments riches en carotène, en acides foliques et en protéines,
  • Une forte consommation de graisses d’origine animale.

A côté de cela, d’autres risques proviennent de la situation de chaque femme[16]. Ainsi, l’on compte :

  • l’âge de la femme enceinte (souvent supérieur à 35 ans ou inférieur à 20 ans en ce qui concerne les môles hydatiformes complètes)[17],
  • Les antécédents de grossesse môlaire
  • Les avortements spontanés (10 à 20% des cas),
  • L’irrégularité des règles, cumulée à une contraception orale supérieure à 4 ans.

Voyons maintenant les conséquences de la formation d’une môle hydatiforme.

Les conséquences d’une grossesse môlaire

Les conséquences d’une môle hydatiforme dépendent non seulement de son type (partielle ou complète), mais surtout du moment de son diagnostique. Plus celle-ci est identifiée tôt, moins le risque de complications est grand.

Lorsqu’elle est diagnostiquée tardivement, les conséquences pour la femme enceinte peuvent être les suivantes[18] :

  • Une hémorragie,
  • Des kystes lutéiniques,
  • Une perte de souffle (stade 3 de la néoplasie trophoblastique gestationnelle)[19],
  • Une pré-éclampsie,
  • Une hyperthyroïdie.

Lorsque la grossesse môlaire n’est pas du tout prise en charge, généralement suite à l’absence de suivi de la grossesse, ou que son retrait est incomplet, les conséquences sont encore plus graves :

  • Une croissance persistante du placenta,
  • Une môle invasive (tumeur maligne qui atteint la paroi de l’utérus),
  • Une môle métastasique,
  • Un choriocarcinome gestationnel.

Il est difficile de donner un taux de mortalité lié à la grossesse môlaire, les études étant souvent muettes à ce sujet. Néanmoins, le suivi de 34 cas de grossesse môlaire survenues dans un hôpital Nigérian, a permis d’établir qu’une issue fatale concernait moins de 10% des cas[20].

Pour éviter de telles conséquences, qui peuvent directement mettre en jeu le pronostic vital de la mère, un protocole de soin existe.

Comment est soignée la grossesse môlaire ?

Il n’existe que deux types de traitement de la môle hydatiforme[21] :

  • La dilatation et le curetage,
  • L’ablation de l’utérus (hystérectomie).

La première est très souvent la solution utilisée pour traiter les grossesses môlaires. D’une part, elle préserve la fertilité de la patiente, et d’autre part, elle est largement suffisante lorsque la môle hydatiforme n’a pas encore évolué en tumeur maligne.

Le second cas, celui de l’hystérectomie, est réservé aux cas graves de tumeurs malignes, que les chimiothérapies ne parviennent pas à réduire, ou aux cas d’infections graves de la région du bassin.

Conclusion

La grossesse môlaire, également appelée môle hydatiforme, est relativement rare. Sa manifestation peut être complète ou partielle, emportant des conséquences plus ou moins graves.

La môle complète reste la plus dangereuse des deux, puisqu’elle évolue en tumeur maligne dans environ 1 cas sur 5. A l’inverse, la môle hydatiforme partielle reste bénigne dans près de 97% des cas.

Les raisons de leur apparition sont multiples, et dépendent du type de môle. Les conditions de vie et la qualité de la diététique semblent jouer un rôle important dans la manifestation des môles, notamment des môles complètes. 

L’aspect génétique semble toutefois être prépondérant, comme l’indiquent les résultats des études menées à travers le monde, mais également aux Etats-Unis. Une évolution des modes de vie pourrait permettre de limiter l’apparition de cette affection.

Références

[1]
Mahaman M.M., 2016, Grossesse molaire. Etude épidémiologique, clinique et thérapeutique au service de gynéco-obstrétrique 2 du CHU Hassan 2 de Fès (A propos de 95 cas), Centre Hospitalier Universitaire Hassan II, site consulté en décembre 2022.

[2]
Al-Talib A.A., 2016, Clinical presentation and treatment outcome of molar pregnancy: Ten years experience at a Tertiary Care Hospital in Dammam, Saudi Arabia, Journal of Family & Community Medicine, septembre-décembre 2016, 23(3): 161-165, doi: 10.4103/2230-8229.189129.

[3]
Carey L., Nash B.M., Wright D.C., 2015, Molecular genetic studies of complete hydatidiform moles, Translational Pediatrics (TP), avril 2015, 4(2), pages 181-188, doi: 10.3978/j.issn.2224-4336.2015.04.02.

[4]
Graham I.H., Fajardo A.M., Richards R.L., 1990, Epidemiological study of complete and partial hydatidiform mole in Abu Dhabi: influence of maternal age and ethnic group, Journal of Clinical Pathology, 1er août 1990, 43:661-664.

[5]
Graham I.H., Fajardo A.M., Richards R.L., 1990, Epidemiological study of complete and partial hydatidiform mole in Abu Dhabi: influence of maternal age and ethnic group, Ibid.

[6]
Molar pregnancy, Southern Cross Medical Library, site consulté en décembre 2022.

[7]
Mulisya O., Roberts D.J., Sengupta E.S., et autres, 2018, Prevalence and Factors Associated with Hydatidiform Mole among Patients Undergoing Uterine Evacuation at Mbarara Regional Referral Hospital, Obstetrics and Gynecology International, 1er avril 2018, doi: 10.1155/2018/9561413.

[8]
Types de maladie trophoblastique gestationnelle : Môle hydatiforme, Société canadienne du cancer, site consulté en décembre 2022.

[9]
Mulisya O., Roberts D.J., Sengupta E.S., et autres, 2018, Prevalence and Factors Associated with Hydatidiform Mole among Patients Undergoing Uterine Evacuation at Mbarara Regional Referral Hospital, Ibid.

[10]
Types de maladie trophoblastique gestationnelle : Môle hydatiforme, Ibid.

[11]
Lazrak I., Ihssane H., Babahabib M.A., et autres, 2014, Môle hydatiforme partielle invasive et métastatique: à propos d’un cas, The Pan African Medical Journal, 20 octobre 2014, 19; 175, doi : 10.11604/pamj.2014.19.175.5487

[12]
Mulisya O., Roberts D.J., Sengupta E.S., et autres, 2018, Prevalence and Factors Associated with Hydatidiform Mole among Patients Undergoing Uterine Evacuation at Mbarara Regional Referral Hospital, Ibid.

[13]
Lazrak I., Ihssane H., Babahabib M.A., et autres, 2014, Môle hydatiforme partielle invasive et métastatique: à propos d’un cas, The Pan African Medical Journal, 20 octobre 2014, 19; 175, doi : 10.11604/pamj.2014.19.175.5487

[14]
Al-Talib A.A., 2016, Clinical presentation and treatment outcome of molar pregnancy: Ten years experience at a Tertiary Care Hospital in Dammam, Saudi Arabia, Ibid.

[15]
Waterland R.A., Jirtle R.L., 2004, Early nutrition, epigenetic changes at transposons and imprinted genes, and enhanced susceptibility to adult chronic diseases, Nutrition, janvier 2004, 20(1):63-8, doi: 10.1016/j.nut.2003.09.011.

[16]
Lazrak I., Ihssane H., Babahabib M.A., et autres, 2014, Môle hydatiforme partielle invasive et métastatique: à propos d’un cas, The Pan African Medical Journal, 20 octobre 2014, 19; 175, doi : 10.11604/pamj.2014.19.175.5487

[17]
Parazzini F., La Vecchia C., Pampallona S., 1986, Parental age and risk of complete and partial hydatidiform mole, British Journal of Obstetrics and Gynaecology, juin 1986, 93(6):582-5, doi:10.1111/j.1471-0528.1986.tb07957.x.

[18]
Molar pregnancy, Better Health, site consulté en décembre 2022.

[19]
Stades de la maladie trophoblastique gestationnelle, Société canadienne du cancer, site consulté en décembre 2022.

[20]
Igwegbe A.O., Eleje G.U., 2013, Hydatidiform mole: A Review of Management Outcomes in a Tertiary Hospital in South-East Nigeria, Annals of Medical & Health Sciences Research, avril-juin 2013, 3(2): pages 210-214, doi: 10.4103/2141-9248.113664.

[21]
Traitements de la maladie trophoblastique gestationnelle, Société canadienne contre le cancer, site consulté en décembre 2022.

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