Femme posant sur son bras un patch de la taille d'une puce contraceptive.

Présentée comme le futur de la médecine, la puce implantée sous la peau pourrait devenir le nouveau mode de contraception de demain.

De quoi s’agit-il ? En deux mots, d’une puce de 2 X 2 cm, capable de délivrer 30 microgrammes d’une hormone contraceptive (le lévonorgestrel) chaque jour durant 16 ans. Seul problème, elle peut être activée et désactivée à distance[1].

Par conséquent, la pilule contraceptive, qui était décrite il y a 50 ans comme un symbole de la libération sexuelle des femmes, pourrait bien devenir un nouveau moyen de contrôle[2].

Contrôler la procréation, mais par qui ?

Contrôler à distance son moyen de contraception peut sembler tentant, et particulièrement dans l’air du temps. Mais, en réalité, cela veut dire qu’il existe une connexion sans fil. L’utilisatrice peut donc ne pas être la seule à l’utiliser.

Avant de penser au complot d’Etat pour maîtriser la contraception de ses citoyennes, dans un sens ou dans un autre, et pour une population ou une autre, il y a les hackers. Imaginez que votre voisin, qui est déjà capable de déclencher à distance votre mariage d’objets connectés, prend le contrôle de votre moyen de contraception.

Impossible ? Certainement pas.

Les vulnérabilités informatiques des pacemakers

La réalité est là. Si vous portez un pacemaker, vous êtes susceptible de vous faire implémenter un malware dans votre appareil. Le nombre de vulnérabilités est si grand que la firme de sécurité informatique Whitescope considère que les risques sont élevés pour les porteurs de pacemaker[3].

Les mésusages peuvent être terribles.

Dès lors, si un pacemaker, dont le dysfonctionnement peut être fatal, n’est pas assez sécurisé, qu’en sera-t-il d’une puce contraceptive ? D’après leurs découvertes, les problèmes se portent autant sur la puce en elle-même que sur les infrastructures du fabricant.

Ces découvertes ne s’arrêtent pas aux pacemakers, puisque Whitescope a également découvert qu’un hacker pouvait contrôler la quantité d’insuline injectée par une pompe placée dans le corps d’un patient.

La puce contraceptive est-elle eugéniste ?

Laisser sa femme ou sa fille se faire pucer est-il seulement éthique ? Finalement, est-ce que ce curieux système s’adresse à toutes les femmes, ou seulement à certaines femmes ?

D’après le Washington Post[4], cette puce, présentée comme une véritable révolution, s’adresse avant tout aux femmes du tiers-monde. Pour quelle raison ? Aucune idée.

Et le reporter d’ajouter que cette petite puce n’a pas besoin de se limiter à la contraception. Elle peut aussi être utilisée pour délivrer n’importe quelle autre drogue. Un pas en avant dans la médecine du futur.

A lire : Protéine Izumo, la voie de la contraception masculine ?

Seul problème : les mésusages peuvent être terribles. Et ce n’est pas faire dans le complotisme que de le souligner. Pour au moins deux raisons.

Les exemples américains et sud-africains

La première, c’est que certains régimes politiques peuvent en faire une utilisation détournée pour contrôler la natalité d’une population. D’autres Etats peuvent aussi connaître des changements de régime, ou des changements de jurisprudence.

La question de pucer les humains ne s’est pas arrêtée.

Le cas de la cour suprême américaine, qui laisse depuis le 24 juin 2022[5], la possibilité à chaque Etat de criminaliser l’avortement en est un exemple. Les possibilités de traquer les avorteuses et les avortées grâce aux entreprises comme Facebook et Google n’en est que l’extension[6].

La deuxième est historique. Aux Etats-Unis, la Caroline du Nord créa dès 1933 un conseil de l’eugénisme de Caroline du Nord (Eugenics Board of North Carolina). Résultat : il y eut jusqu’à 7 stérilisations pour 100 000 habitants chaque année, soit près de 2 pour jour. Cela dura de l’année 1929, date de la première loi, jusqu’à l’année 1973[7].

Si l’on peut multiplier les exemples, restons sur un dernier : les recherches menées par les scientifiques sud-africains sur des armes anti-fertilités. Le but : limiter l’expansion de la population noire[8].

Une révolution en marche ?

S’il était prédit que cette puce entrerait sur le marché en 2018[9], force est de constater que ce n’est pas le cas. Par contre, la question de pucer les humains ne s’est pas arrêtée, et elle faisait encore débat sur les plateaux télé américains fin 2022[10].

Références

[1]
2014, Birth Control via Remote Control, Massachusetts Institute of Technology (MIT), 10 juillet 2014.

[2]
Massé F., 2000, La pilule anticonceptionnelle : une révolution à l’échelle de l’Occident, Le passé composé, avril 2000, volume 1, numéro 2.

[3]
Lily Hay Newman, 2018, A New Pacemaker Hack Puts Malware Directly on the Device, Wired, 09 août 2018.

[4]
Basulto D., 2014, This amazing remote-controlled contraceptive microchip you implant under your skin is the future of medicine, The Washington Post, 17 juillet 2014, site consulté en déccembre 2022.

[5]
2022, Dobbs, State Health Officer of the Mississippi Department of Health, et al. v. Jackson Women’s Health Organization et al., Supreme Court of the United States, 24 juin 2022, n°19-1392.

[6]
Bhuiyan J., 2022, Facebook gave police their private data. Now, this duo face abortion charges, The Guardian, 10 août 2022, site consulté en décembre 2022.

[7]
North Carolina, The University of Vermont, site consulté en décembre 2022.

[8]
Jackson M., 2015, A conspiracy to Commit Genocide: Anti-Fertility Research in Apartheid’s Chemical and Biological Weapons Programme, Journal of International Criminal Justice, 5 décembre 2015, Volume 13, Issue 5, pages 933-950, doi: doi.org/10.1093/jicj/mqv060

[9]
Basulto D., 2014, This amazing remote-controlled contraceptive microchip you implant under your skin is the future of medicine, The Washington Post, 17 juillet 2014, site consulté en déccembre 2022.

[10]
Hall A., 2022, Dr. Phil guests debate over humans being microchipped, New York Post, 15 décembre 2022.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *