Pictogramme aire d'accouchement d'urgence sur panneau de signalisation

Le syndrome de Laetitia n’est autre que le nom donné aux accouchements par surprise. L’origine du nom revient à la mère de Napoléon Bonaparte, Letizia Bonaparte, née Ramolino[1]. Le 15 août 1769, alors que Madame Letizia Bonaparte revient de la messe de l’Assomption, cette dernière est prise des contractions qui donneront naissance au futur empereur et cela, en pleine garrigue.

Le syndrome de Laetitia est né, ou plutôt Napoléon Bonaparte, suite au syndrome de Laetitia, jusqu’alors plus sobrement appelé un « accouchement inopiné ». La définition de ce type d’accouchement est, à l’époque, « tout accouchement dans un lieu public, plutôt qu’à la maison ».

Toutefois, si l’histoire derrière ce nom est drôle, et s’est bien terminée pour Napoléon Bonaparte et sa mère, l’aventure aurait pu être tout autre. Nous allons vous expliquer les raisons qui amènent à l’accouchement par surprise, mais également ses risques, et les bons réflexes à avoir si vous êtes définitivement seuls à devoir faire face à une telle situation.

Pas le temps de tout lire ?

  • 0.5% des accouchements surviennent en-dehors de l’hôpital.
  • Environ 10% des nourrissons décèdent.
  • Les deux principales causes de mortalité du nourrisson sont l’hypothermie et les infections.
  • 6.4% des accouchements en milieu hospitalier entraînent une hémorragie.
  • L’hémorragie postpartum est responsable de 16% des décès maternels.

Le syndrome de Laetitia ne touche pas toutes les femmes de la même façon

Un accouchement inopiné arrive dans 0.5%[2] des cas en moyenne, en France. Une étude menée auprès du SAMU de Lyon sur toute l’année 2012 arrivait à un chiffre de 0.3%[3]. Toutefois, ce qui rend les études particulièrement intéressantes, repose sur le fait qu’elles ont permis de révéler les causes sous-jacentes au syndrome de Laetitia[4] :

  • La précarité,
  • Moins de trois consultations durant la grossesse (26.2%[5] des cas),
  • Le caractère prématuré du nourrisson (9.1%[6] des cas),
  • L’âge,
  • La multiparité (plusieurs grossesses dans 95.9%[7] des cas),
  • Le niveau d’éducation,
  • La durée du travail,
  • Le tabagisme,
  • La distance de la maternité,
  • L’horaire de survenue (entre 20 heures et 08 heures du matin).

L’ensemble de ces éléments ne concerne que la mère. La question du nourrisson est également extrêmement importante, car pour lui, un accouchement en-dehors d’un cadre hospitalier, l’exposer à des risques très importants.

Les conséquences d’un accouchement inopiné pour le nourrisson

Ce qui rend les accouchements inopinés extra-hospitaliers particulièrement graves, est le taux de mortalité néonatal. Celui-ci diffère selon les études, du fait du faible nombre de cas, mais les chiffres avancés font froid dans le dos[8] :

  • En France, entre 6.3% et 14.5%,
  • Aux Etats-Unis, entre 1.5% et 9.9%[9].

L’accouchement en-dehors de l’hôpital présente de tels résultats, que même les médecins ayant mis en évidence un risque de mortalité néo-natal de 1.5%, concluent qu’il s’agit d’un risque de mortalité indépendant de tout autre. C’est-à-dire qu’un accouchement en milieu hospitalier aurait permis de faire vivre les nourrissons malheureusement décédés.

Les causes de mortalité reposent souvent sur l’hypothermie et les infections qui attendent les nourrissons tout juste arrivés au monde. Ce constat frappe tous les pays, de la France aux Etats-Unis, en passant par Israël.

Au point que le score d’Agpar des nourrissons nés en-dehors de l’hôpital est inférieur ou égal à 7 dans 14% des cas, une minute après la naissance.

A lire : Score d’Apgar : un mauvais score condamne-t-il bébé ?

Les parturientes peuvent également lourdement souffrir des conséquences d’un accouchement en-dehors de l’hôpital. Il convient donc de s’intéresser aux risques qu’elles encourent.

Les conséquences d’un accouchement inopiné pour la femme enceinte

La principale cause de morbidité pour les femmes accouchant en-dehors d’un hôpital est celui de l’hémorragie postpartum. Sachant qu’environ 6.4% des accouchements se soldent par une hémorragie engendrant une perte de sang moyenne de 728.33 ml, pour un maximum d’1,5 litre, en milieu hospitalier[10], le risque de décès est grand sans assistance médicale immédiate.

Parmi toutes les causes de décès, l’hémorragie postpartum est une complication responsable de 16% des décès maternels en France.

Que faire en cas d’accouchement inopiné ?

Si votre compagne accouche de manière inopinée, ou que vous faites face à un tel accouchement, une fois le nourrisson expulsé, assurez-vous qu’il respire et enveloppez-le immédiatement dans une couverture pour prévenir le risque d’hypothermie.

En aucun cas, vous ne devez couper le cordon ombilical. Attendez l’arrivée d’un équipage du SAMU, ou des secours du pays dans lequel vous résidez. Les cas d’infection des nourrissons sont très souvent liés à une omphalite (infection ombilicale), qui peut se généraliser, entraînant la mort du bébé dans 7% à 15% des cas[11].

Dans le cadre des accouchements à la maison, étudiés dans les pays en voie de développement, le taux d’omphalite s’élève à 22%[12]. Il convient donc de noter qu’un accouchement inopiné en France ou dans n’importe quel autre pays, expose le nourrisson à ces chiffres. Le cordon ombilical devient en effet le lieu de développement idéal pour les bactéries de type staphylocoques, Escherichia coli, ou encore Klebsiella.

Il convient donc de laisser la gestion de la situation à des professionnels. Si vous vous trouvez dans un pays où les services d’urgence n’existent tout simplement pas, et que vous devez procéder à la coupe du cordon ombilical vous-même, n’appliquez pas par la suite des produits tels que de la moutarde ou des huiles, comme cela peut se faire dans certains pays, comme le Népal. Le risque d’infection augmenterait alors jusqu’à 62% en fonction du produit appliqué[13].

Comment couper le cordon ombilical si vous ne pouvez pas faire autrement ?

L’université d’Harvard fournit la réponse[14], mais n’utilisez cette technique que si aucune assistance médicale ne peut vous être apportée :

  • Ne coupez pas le cordon tant qu’il existe des pulsations à l’intérieur,
  • Prenez deux liens propres et désinfectés (type lacets de chaussures),
  • Attachez le cordon ombilical avec ces liens, de sorte à le fermer jusqu’à le rendre étanche,
  • Placez le premier lien à environ dix centimètres du nombril du nourrisson,
  • Laissez un espace de dix centimètres supplémentaires et placez le deuxième lien,
  • Coupez le cordon entre les deux liens, de préférence avec un couteau ou un ciseau désinfecté.

Les liens rendant étanche le cordon ombilical, ils préviennent les infections vers le nourrisson, ainsi que vers sa mère. Pour bien comprendre la technique, nous vous proposons le schéma suivant, établi par l’université d’Harvard :

Couper cordon ombilical en situation d'urgence, avec emplacement des liens et distances.

Source : Emergencies and First Aid – Childbirth, Université de Harvard.

Que faire en cas d’hémorragie postpartum immédiate ?

Nous aimerions vous dire qu’il existe des mesures simples à prendre, mais ce n’est pas du tout le cas. Si votre compagne venait à faire une hémorragie postpartum immédiatement après l’accouchement, l’intervention d’un équipage de secours d’urgence serait indispensable pour la prendre en charge.

Références

[1]
Bachmann L., 2021, Urgences obstétricales et accouchements inopinés extrahospitaliers : Etat des lieux de la régulation au SAMU 67 et des interventions des équipages SMUR du Bas-Rhin , Faculté de médecine de Strasbourg, 13 octobre 2021.

[2]
Goddet N.S., Pes P., Bagou G., et autre, 2015, Régulation de la femme enceinte : pour un accouchement inopiné, Urgences 2015, chapitre 2.

[3]
Billon M., Bagou G., Gaucher L. et autres, 2016, Unexpected out-of-hospital deliveries: Management and risk factors, Journal de gynécologie, obstétrique et biologie de la reproduction, mars 2016, 45(3):285-90, doi: 10.1016/j.jgyn.2015.04.001..

[4]
Javaudin F., Hamel V., Legrand A., et autres, 2019, Scandinavian Journal of Trauma, Resuscitation and Emergency Medicine, Scandinavian Journal of Trauma, Resuscitation and Emergency Medicine, 02 mars 2019, article 26(2019).

[5]
Gutvirtz G., Sheiner E., Wainstock T., 2019, Does unplanned out-of-hospital birth increase the risk for perinatal mortality ?, American Journal of Obstetrics & Gynecology, 01er janvier 2019, volume 220, Issue 1, Supplement, S556-S557, doi: 10.1016/j.ajog.2018.11.877.

[6]
Gutvirtz G., Sheiner E., Wainstock T., 2019, Does unplanned out-of-hospital birth increase the risk for perinatal mortality ? Ibid., 01er janvier 2019, volume 220, Issue 1, Supplement, S556-S557, doi: 10.1016/j.ajog.2018.11.877.

[7]
Gutvirtz G., Sheiner E., Wainstock T., 2019, Does unplanned out-of-hospital birth increase the risk for perinatal mortality ?, Ibid..

[8]
Javaudin F., Hamel V., Legrand A., et autres, 2019, Unplanned out-of-hospital birth and risk factors of adverse perinatal outcome: findings from a prospective cohort, Scandinavian Journal of Trauma, Resuscitation and Emergency Medicine, 02 mars 2019, article numéro 26 (2019), doi: 10.1186/s13049-019-0600-z.

[9]
Gutvirtz G., Sheiner E., Wainstock T., 2019, Does unplanned out-of-hospital birth increase the risk for perinatal mortality ?, Ibid..

[10]
Lahmiri F.-Z., 2017, Les hémorragies du post-partum immédiat : étude rétrospective quantitative uni-centrique, Faculté de médecine et maïeutique, Université catholique de Lille, 30 novembre 2017.

[11]
Painter K., Anand S., Philip K., 2022, Omphalitis, StatPearls, 12 septembre 2022.

[12]
Painter K., Anand S., Philip K., 2022, Omphalitis, Ibid.

[13]
Mullany L.C., Darmstadt G.L., Katz J., et autres, 2006, Risk Factors for Umbilical Cord Infection among Newborns of Southern Nepal, American Journal of Epidemiology25 octobre 2006, 165(2): 203-211, doi: 10.1093/aje/kwj356.

[14]
2005, Emergencies and First Aid – Childbirth, Harvard Medical School, 01 September 2005.

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