Echographie sur femme enceinte

Trois échographies sont obligatoires dans le système de soin français[1]:

  • L’échographie du premier trimestre (11 à 14 semaines d’Aménorrhée),
  • L’échographie du deuxième trimestre (20 à 24 semaines d’Aménorrhée),
  • L’échographie du troisième trimestre (30 à 34 semaines d’Aménorrhée).

Dans le cadre d’une grossesse normale, le nombre d’échographies ne dépassera jamais ce chiffre. Pour les grossesses à risque, leur nombre peut rapidement augmenter. Qu’en est-il des conséquences vis-à-vis du fœtus ? 

Pas le temps de tout lire ? Ce qu’il faut retenir

  • L’échographie n’est ni dangereuse pour le fœtus, ni pour la mère.
  • Elle fonctionne grâce aux ultrasons.
  • Elle est le seul matériel capable de révéler des pathologies comme le placenta praevia.
  • Moins de 11 femmes sur 100 000 meurent chaque année en couche, en France. C’est en partie grâce aux échographies.

Avant de vous faire découvrir les réponses de la communauté scientifique, on vous propose tout d’abord de vous présenter l’échographie, de son fonctionnement à son rôle dans le suivi de la grossesse. 

Comment fonctionne une échographie ?

Un échographe est un appareil permettant de matérialiser des tissus par l’envoi d’ultrasons dont la fréquence va être analysée par un outil informatique et traduit en une image. Pour comprendre ce qu’est une échographie, il faut donc s’intéresser : 

  • Aux ondes, 
  • Aux pierres (piézoélectricité),
  • A la transformée de Fourier. 

Si vous vous sentez déjà dépassé, n’ayez pas d’inquiétude, nous allons vulgariser tout ça. 

Une question d’ondes 

Le CHRU (Centre Hospitalier Régional Universitaire) de Lille a mis en ligne un document d’environ 100 pages[2], expliquant dans le détail le fonctionnement de l’échographie. Nous allons vous le résumer. 

Sans entrer dans le détail de la physique acoustique, disons simplement que le son est une fréquence. Son unité de mesure est le Hertz, tout comme une distance a comme unité de mesure le mètre.

La classification des ondes se présente de la manière suivante : 

Frise des sons présentant les ultrasons dans la bande 20 KHZ - 200 MHz, après les sons audibles et avant les hypersons.

Crédit : Physique acoustique, bases de l’échographie, Corinne Gautier, service des EFCV au CHRU de Lille.

Les ultrasons vont se déplacer à travers les tissus du corps humain, à une vitesse qui va varier en fonction de leur densité. Cette variation de vitesse va permettre de différencier la graisse, des os, ou encore de l’eau, et de modéliser le résultat sur un écran. 

L’opérateur peut faire varier l’intensité de l’onde, soit dans le but d’avoir une meilleure image à l’écran, soit dans le but d’atteindre un organe situé très en profondeur. 

Une question de pierres

Cela peut paraître surprenant, mais il n’y aurait pas d’échographie possible sans céramiques. Le fonctionnement d’un échographe repose sur la piézoélectricité. Pour définir simplement ce terme, disons que certains matériaux, comme le quartz, ont la faculté de se polariser sous l’effet d’une force mécanique, ou de se déformer sous l’effet d’un champ électrique[3].

C’est cette polarisation, puis cette déformation, qui sont au cœur du fonctionnement d’un échographe. Pour avoir les meilleures images possible, de nombreux échographes sont équipés de ferroélectriques poly-cristallins, dont du titano-zirconate de plomb[4].

Ce sont ces céramiques qui vont émettre et recevoir les ultra-sons. Leur nombre, ainsi que leur placement, sont donc directement responsables de la qualité de l’image interprétée par la transformée de Fourier[5].

La transformée de Fourier

Si vous souhaitez comprendre ce qu’est la transformée de Fourier, il faut d’abord vous intéresser aux séries de Fourier, qui permettent d’analyser les fonctions périodiques. A titre d’exemple, le temps est une fonction périodique, tout comme le sont les phases de la lune, ou encore la marée. Autrement dit, est une fonction périodique un évènement qui se répète inlassablement. 

La transformée de Fourier s’applique quant à elle aux fonctions intégrables, et permet justement le traitement du signal en interprétant la propagation des ondes en fréquence. La lecture des informations ainsi obtenues est réalisée par un processeur de signal numérique (appelé Digital Signal Processor, ou DSP, en anglais), qui est un microprocesseur permettant le rendu de l’image à l’écran[6].

L’importance de l’échographie dans le suivi des grossesses

Maintenant que nous savons comment fonctionne un échographe, il est temps de s’intéresser à son intérêt dans le cadre de la grossesse. Comme nous l’avons dit précédemment, une grossesse eutocique (c’est-à-dire une grossesse normale), connaît trois échographies obligatoires. 

Leur importance va bien au-delà de la connaissance du sexe de l’enfant. Chacune d’entre elles à son importance.

L’échographie de premier trimestre

L’objectif de cette échographie est de déterminer la date de début de la grossesse en mesurant la taille du fœtus. Elle vise également à déterminer la présence éventuelle de plusieurs bébés, afin d’éviter d’en oublier un le jour de l’accouchement. 

Ce n’est pas une boutade. Si vous connaissez Wim Hof, le célèbre « homme de glace », et que vous avez lu son livre The Wim Hof Method, alors vous savez qu’un second bébé peut être oublié dans le ventre de sa mère, puisque cela a été son cas. 

L’observation du fœtus durant cette première échographie vise également à apprécier un éventuel problème chromosomique, et la présence de certaines pathologies, dont[7]:

  • Une cardiopathie,
  • Une malformation rénale,
  • Une Anencéphalie,
  • Des obstructions digestives,
  • Etc. 

La présence des membres est ainsi contrôlée, le fonctionnement du cœur analysé, le crâne observé, etc. 

Les échographies des deuxième et troisième trimestres

Le fœtus ayant considérablement grandi, ces échographies permettent de détecter des malformations morphologiques éventuelles. Elles permettent également d’apprécier la bonne croissance du bébé et d’anticiper de possibles complications lors de l’accouchement. 

Elles vont ainsi déterminer la position du bébé, qui peut ne pas avoir placé sa tête vers la sortie, et donc venir en siège, mais également mettre en évidence les risques d’accouchement prématuré. En effet, en cas de doute, une échographie endovaginale sera réalisée pour mesurer la taille du col utérin.

Toutefois, c’est la Conférence Nationale de l’Echographie Obstétricale et Fœtale (CNEOF) qui est venue souligner, dans un rapport de 2016[8], l’importance de l’acte échographique dans le bon déroulement des grossesses.

Les échographies sauvent mères et enfants 

En moyenne, 85 femmes meurent chaque année en France[9], des suites de leur grossesse, soit 10.3 sur 100 000 naissances. Un chiffre stable, qui se situe dans la moyenne européenne, et qui est bien loin des 86 décès de mères pour 100 000 naissances que comptait le pays au lendemain de la seconde guerre mondiale.

La généralisation des échographies y est pour beaucoup. Offrant une image rapide de la situation à l’intérieur du ventre de la parturiente, les “fast echo” sont même souvent réalisées par l’anesthésiste lui-même, au moindre doute[10].

Comme le souligne le CNEOF, l’échographie est le seul acte mettant en lumière des pathologies comme le placenta praevia, une affection dangereuse menant à des saignements abondants.

Concernant les enfants, les échographies permettent d’éviter les dépassements du terme et ainsi de réduire considérablement le nombre d’enfants morts-nés. Elles mettent également en évidence les pathologies dont souffre le bébé et permettent soit de les prendre en charge soit de s’orienter vers un accouchement avant-terme, voire vers une IMG (interruption médicale de grossesse).  

La sécurité est prévue jusqu’au gel

C’est un classique de l’échographie, celui du gel. Souvent, quand on n’y connaît rien aux différents appareils utilisés dans les hôpitaux, c’est à cela qu’on fait la différence entre l’échographie et d’autres appareils comme la radiographie ou encore le scanner. 

Le gel est un élément indispensable au bon fonctionnement de l’échographie. Sans lui, la pénétration des ultrasons dans la zone à échographier ne serait pas optimale. Toutefois, il n’est pas sans germes. En effet, sa composition n’empêche pas le développement bactérien. 

C’est la raison pour laquelle, les sages-femmes, infirmières et autres opérateurs n’utilisent plus les conteneurs de 5 litres, mais des flacons à usage unique[11] qui, une fois ouverts, sont jetés à la fin de la journée.

Si votre ventre présente des plaies, notamment dues à de l’eczéma ou à d’autres pathologies, un gel stérile sera privilégié, le même que celui utilisé pour les échographies endocavitaires. 

C’est d’ailleurs pour les mêmes raisons, celle de la prolifération bactérienne, que de nombreux opérateurs ne chauffent pas le gel, pour éviter qu’un défaut d’hygiène sur les chauffe-biberons n’en fasse des incubateurs à bactéries.

Maintenant, la question est de savoir si les échographies à répétition peuvent aussi avoir des effets indésirables sur la santé ou le développement du fœtus.

L’ultrason des échographies aurait-il des effets indésirables ?

Rappelant que l’échographie est devenue un examen de routine, une équipe de chercheurs a toutefois souligné le fait que l’exposition aux ultra-sons entraînerait les effets indésirables suivants[12] :

  • Retard de croissance,
  • Dyslexie, 
  • Retard dans l’acquisition du langage,
  • Enfants gauchers.

Face à ces résultats, majoritairement obtenus dans des études menées dans les années 1990, des scientifiques ont décidé de revoir seize de ces travaux de recherche. Ils en ont conclu que l’ensemble de ces rapports, en plus de présenter des différences minimales entre les enfants, comprenaient[13] :

  • des biais dans les méthodes de calcul, 
  • l’absence de prise en compte de facteurs extérieurs, 
  • l’existence de statistiques insuffisantes. 

Cette synthèse leur permettait de considérer qu’il n’existe aucun effet indésirable aux ultrasons utilisés dans le cadre des échographies, sur la santé des fœtus. Ces conclusions sont appuyées par d’autres médecins qui sont allés jusqu’à suivre des enfants, de leur naissance, jusqu’à l’âge de 8 ans[14].

La conclusion est sans appel : il n’existe aucune différence entre les enfants ayant connu des échographies durant la grossesse de leur mère et les autres. Il pourrait éventuellement y avoir une légère différence de croissance fœtale, qui n’implique aucune conséquence sur la croissance future de l’enfant. 

Conclusion

Les échographies prénatales sont extrêmement importantes pour prévenir des complications graves, autant pour les bébés que pour les mères. S’il a longtemps été question, à la fin des années 1990, d’éventuels effets secondaires pouvant même inclure des troubles de la vision, le contrôle de ces études, ainsi que tous les travaux menés depuis, ont permis de mettre en évidence que les échographies n’impactaient pas la santé du fœtus. 

Qu’il s’agisse du suivi des enfants jusqu’à 8 ans ou jusqu’à ce qu’ils atteignent l’âge de 20 ans[15], aucun effet délétère des ultrasons n’a été mis en évidence.

Quoi qu’il en soit, si un ratio bénéfice-risque devait être mis en évidence, ce n’est pas trop s’exposer que de dire que les échographies sont non seulement nécessaires mais même indispensables, tant elles permettent de mieux prendre en charge les parturientes et de garantir la santé des bébés.

Références

[1]
2022, Suivi mensuel de la grossesse à partir du 4ème mois, Améli, février 2016, site consulté en novembre 2022.

[2]
Gautier C., 2016, Physique Acoustique, Bases de l’échographie, CHRU de Lille, 20 octobre 2016, DIU Echographie – Lille.

[3]
Ultrasons et échographie, Editions Ellipses, chapitre III, page 69.

[4]
Physique pour la médecine… la théorie ! Phys4med.be, Echographie, Chapitre II : Les transducteurs, site consulté en novembre 2022.

[5]
Transformation de Fourier, Université de Toulouse site consulté en novembre 2022.

[6]
Hidayat D., Nendi S., Wibawa B.M., et autre, 2018, Fourier transform of high frequency ultrasonic waves propagated with a transmission mode, Journal of Physics Conference Series, doi : 10.1088/1742-6596/1080/1/012034., février 2016 72(2), doi : 10.1111/jan.12832

[7]
Tournadre D., Barbier C., Arnould P., 2016, Echographie du 1er trimestre, Bénéfices / Maléfices, CHU de Grenoble, soirée du CPDPN, 10 mai 2016.

[8]
Lansac J. et Bessis R., 2016, L’échographie de dépistage prénatal, Conférence Nationale d’Echographie Obstétricale et Foetale, 14 juillet 2016.

[9]
2017, Les morts maternelles en France : mieux comprendre pour mieux prévenir Santé publique France, 5e rapport de l’Enquête Nationale Confidentielle sur les Morts Maternelles (ENCMM), 2010-2012.

[10]
2017, Les morts maternelles en France : mieux comprendre pour mieux prévenir, Ibid.

[11]
Prévention du risque infection associé aux actes d’échographie endocavitaire, Solidarités-sante.gouv.fr, Fiche 6 : Bon usage du gel d’échographie, site consulté en novembre 2022.

[12]
Marinac-Dabic D., Krulewitch C.J., Moore Jr R.M., 2002, The safety of prenatal ultrasound exposure in human studies, Epidemiology, 13 mai 2002, doi : 10.1097/00001648-200205001-00004.

[13]
Chaimay B., Woradet S., 2008, Does prenatal ultrasound exposure influence the development of children ? Asia Pacific Journal of Public Health, 20 octobre 2008, suppl. 31-8.

[14]
Newnham J.P., Doherty D.A., Kendall G.E., 2004, Effects of repeated prenatal ultrasound examinations on childhood outcome up to 8 years of age: follow-up of a randomised controlled trial, The Lanccet, 4 décembre 2004, doi : 10.1016/S0140-6736(04)17516-8.

[15]
Forward H., Yazar S., Hewitt A.W., et autres, 2014, Multiple prenatal ultrasound scans and ocular development: 20-years follow-up of a randomized controlled trial, Ultrasound in Obstetrics & Gynecology, août 2014, doi : 10.1002/uog.13399.

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