Main ouverte présentant les 5 doigts levés, avec l'image d'un enfant souriant à l'intérieur.

La parentalité positive est un sujet complexe. La réduire à 5 grands principes peut aider à être plus efficace et à s’y rattacher lorsque l’on sent que la situation est définitivement en train de nous échapper.

C’est exactement ce que nous allons faire dans ce troisième article consacré à notre série sur la parentalité positive.

John Gray, l’auteur du livre les hommes viennent de Mars et les femmes de Vénus nous propose les 5 principes suivants en matière de parentalité positive[1] :

  1. Etre différent n’est pas un problème,
  2. Faire des erreurs n’est pas grave,
  3. Exprimer des émotions négatives est normal,
  4. Vouloir plus est naturel,
  5. Dire “Non” est possible, mais papa et maman ont le dernier mot.

Voyons chacun de ces points plus en détail.

1. Les enfants sont tous différents

Plus que la génétique, les facteurs environnementaux influent profondément sur notre caractère. Au point que deux enfants d’une même fratrie sont aussi différents l’un de l’autre que deux enfants sélectionnés au hasard dans la rue.[2]

L’on peut se demander comment les enfants d’une même fratrie peuvent évoluer dans deux environnements différents, alors qu’ils partagent souvent :

  • La même famille,
  • Le même quartier,
  • Les mêmes voisins,
  • La même école.

Au point que les chercheurs suggèrent que “l’environnement non partagé” influence même le QI. Deux jumelles ont particulièrement mis ce point en lumière. En effet, en Corée du Sud, à l’âge de 2 ans, une jumelle se perd dans un marché. Adoptée par une famille américaine, elle ne retrouvera sa sœur que 44 ans plus tard.

Résultat d’un test de QI : l’américaine possède un QI 16 points inférieur à sa sœur restée en Corée. Pourtant, les différences d’intelligence qu’elles ont montré sont généralement associées par les scientifiques à des caractères strictement génétiques.[3]

La gestion des erreurs est un élément si fondamental qu’il fait partie des dernières régions de notre cerveau à terminer sa formation… entre 20 et 30 ans.

L’étude menée sur “l’environnement non partagé” a permis de mettre en avant des conclusions majeures, résumées ainsi par Scarr et Grajek :

“Deux frères de la classe moyenne supérieure qui fréquentent la même école et dont les parents les emmènent aux mêmes pièces de théâtre, événements sportifs, cours de musique et thérapeutes, et utilisent des pratiques d’éducation identiques, sont un peu plus similaires dans les mesures de personnalité qu’elles ne le sont à celles de deux frères de la classe ouvrière ou de la ferme, dont la vie est totalement différente […] Etant donné les faibles corrélations des frères et soeurs biologiques et les corrélations quasi nulles des frères et soeurs adoptés, il est évident que la majeure partie de la variance de la personnalité provient des différences environnementales entre les frères et soeurs, et non des différences entre les familles.”

Vous vous souvenez de vos parents qui disaient, à propos de votre fratrie : “Je ne comprends pas, je les ai tous élevés de la même façon.” Et pourtant, nous sommes tous très différents les uns des autres.

Conclusion : ce qui importe, c’est de comprendre la différenciation de chaque enfant par rapport au reste de la famille, au travers des environnements non partagés, mais également la manière avec laquelle l’enfant vit et interprète les événements.

2. Nous faisons tous des erreurs

Non seulement l’erreur est humaine, mais elle est même le corollaire indispensable à l’apprentissage. A chaque erreur, un signal électrique, appelé “error-related negativity” (ERN) est généré par notre cerveau.

Les scientifiques se sont rendus compte qu’après l’émission de ce signal les individus, comprenant qu’ils ont fait une erreur, prennent plus de temps pour réaliser la prochaine action. Plus ce signal est fort, plus le temps de la réflexion va être long.[4]

Ceux qui ont un ERN fort obtiennent de meilleurs résultats académiques que ceux qui ont un ERN faible. A ce stade, on pourrait penser qu’un individu anxieux à l’idée de faire des erreurs, et qui a donc un ERN fort, est plus à même de réussir dans la vie.

Ces émotions négatives jouent un rôle important dans notre adhésion aux normes sociales. Sans cela, pas de prosocialité.

En fait, non. Plus l’ERN est élevé, plus les individus sont sujets à la distraction, et donc souffrent de problèmes de concentration. Ainsi, mieux vaut ne pas avoir peur de faire des erreurs, et avoir des résultats académiques un peu moins bons.

La gestion des erreurs est un élément si fondamental qu’il fait partie des dernières régions de notre cerveau à terminer sa formation… entre 20 et 30 ans.

A ce propos, l’ERN des enfants est assez faible, comparé à celui des adolescents et des adultes, et c’est tout-à-fait normal.

3. Les émotions négatives sont normales

Cette assertion est bien plus à destination des parents que des enfants. En effet, nombreux sont les parents qui voudraient que leurs enfants ne ressentent aucune émotion négative. Pourtant, elles sont indispensables à leur développement, et surtout, à la société.

Chercher toujours plus, est le moteur de toute motivation, et l’acteur essentiel de l’activité mentale.

Vous connaissez la mauvaise conscience ? Ce sentiment de honte ou de culpabilité qui nous étreint lorsque l’on n’a pas fait quelque chose que nous devions faire ? Et bien, lorsqu’un enfant n’aide pas l’un de ses camarades, ou qu’il échoue à faire quelque chose, son sentiment de honte ou de culpabilité est le même.

A 5 ans, ce sentiment est déjà plus fort qu’à 4 ans. Ces émotions négatives jouent un rôle important dans notre adhésion aux normes sociales.[5] Sans cela, pas de prosocialité.

En d’autres termes, sans mauvaise conscience “l’ensemble des comportements sociaux observables orientés vers le bénéfice d’autrui ou le partage des coûts et bénéfices avec autrui”, ne pourrait pas se manifester.[6]

4. Vouloir plus est naturel

Attention, on ne parle pas ici de vouloir toujours plus de jouets, toujours plus de câlins, toujours plus de bonbons et de chocolats. On parle de ce “toujours plus” qui nous rend heureux.

En l’espèce, il s’agit de l’un des systèmes motivationnels mis en évidence par Jaak Panksepp : la recherche, ou “Seeking”, en anglais. Quelle recherche ? Celle de toujours vouloir savoir plus, connaître plus, explorer plus, dans une quête infinie qui est, pour les plus heureux d’entre nous, le but de toute une vie.

Le “non” émis par l’enfant est souvent présent dans des situations où il peut être toléré.

Pourquoi pour les plus heureux ? Parce que cette recherche constante, cette volonté de chercher toujours plus, est le moteur de toute motivation, et l’acteur essentiel de l’activité mentale.[7]

Alors oui, il y a bien un moment où vous devez rentrer du parc ou de votre balade avec vos enfants, mais comprenez qu’ils voudraient découvrir plus, courir plus loin, explorer encore et encore. L’inverse serait plus anormal.

Cette recherche est directement reliée au système mésolimbique dopaminergique, autrement dit, à la fameuse dopamine. Celle qui nous fait aimer beaucoup de choses, et parfois aussi les pires, comme les drogues.

5. Dire “non” est possible

La question du non est un point complexe. Il y a le “non” de l’enfant et le “non” des parents, qui sont deux situations qui reçoivent des réponses différentes. Dans l’éducation positive, le “non” venant de l’enfant est acceptable, à l’inverse de l’éducation autoritaire.

Toutefois, toutes les situations ne s’y prêtent pas. Autoriser le “non” de l’enfant à tout-va, peut, à terme, favoriser son égoïsme et son irritabilité. Le lui interdire tout le temps, c’est l’empêcher de pouvoir s’exprimer et d’apprendre à négocier.

Bien-sûr, il y a les situations dans lesquelles un comportement ne doit pas être adopté par l’enfant (ex. : situations de danger). Le “non” des parents doit ici être ferme et définitif.

Par contre, le “non” émis par l’enfant est souvent présent dans des situations où il peut être toléré. Celles-ci dépendent fortement des familles et de leur propre éducation. Ainsi, certains vont considérer qu’un enfant peut dire qu’il ne veut pas manger sa salade, d’autres trouvent que cette situation est intolérable.

Mais nous, en tant qu’adultes, avons-nous toujours envie de manger notre salade ou de boire notre soupe ? Non. Toutefois, il convient d’en déterminer la raison : est-ce parce qu’il n’aime pas ce qu’il a devant lui, ou parce qu’il veut partir jouer ?

Ce qui le motive à dire “non” n’amène pas la même réponse. Dans tous les cas, à chaque fois que vous laissez à votre enfant l’opportunité de vous dire “non”, mais que le dernier mot vous revient, vous renforcez automatiquement votre autorité sur lui, ce qui est positif.

Le seul dilemme est de parvenir à ce résultat sans que ne naisse un conflit, qui finit quasiment toujours en crise. Pour ça, on va vous donner des astuces, mais avant il convient d’écarter quelques clichés produits par la parentalité positive.

Le premier est celui de penser que nos enfants sont différents des enfants qu’étaient nos parents.

A lire, Episode 4 : Les enfants d’aujourd’hui ne sont pas différents de ceux d’hier.

Références

[1]
Gray J., 2011, Children Are from Heaven: Positive Parenting Skills for Raising Cooperative, Confident, and Compassionate Children, Quill HarperCollins Publishers, 2011.

[2]
Plomin R., Daniels D., 2011, Why are children in the same family so different from one another ?, International Journal of Epidemiology, juin 2011, 40(3): 563-582, doi: 10.1093/ije/dyq148.

[3]
B. Taub, 2022, Identical Twins Raised Separately In The US and Korea Have Massive IQ Difference, Iflscience, site consulté en janvier 2023.

[4]
K. Overbye, Boen R., R.J. Huster, et autre, 2020, Learning From Mistakes: How Does the Brain Handle Errors ?, Frontiers for Young Minds, 16 juin 2020, site consulté en janvier 2023.

[5]
S. C. Gerdemann, J. Tippmann, B. Dietrich, et autres, 2022, Young children show negative emotions after failing to help others, Plos One, 20 avril 2022, doi: https://doi.org/10.1371/journal.pone.0266539.

[6]
C. Bouchard, R. Cloutier, F. Gravel, Différences garçons-filles en matière de prosociabilité, Enfance, 4, page 378.

[7]
A. Alcaro, A. Brennan, D. Conversi, 2021, The SEEKING Drive and Its Fixation: A Neuro-Psycho-Evolutionnary Approach to the Pathology of Addiction, Frontiers in Human Neuroscience, Volume 15 – 12 août 2021, site consulté en janvier 2023.

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