Femme enceinte s'étirant après le sport

Oui. Les femmes enceintes peuvent faire du sport durant leur grossesse. Toutefois, la communauté médicale semble particulièrement divisée sur le fait de savoir si l’activité physique est bénéfique sur la grossesse.

Une femme enceinte devrait pratiquer au moins 150 minutes d’activité physique par semaine.

La question du sport est particulièrement importante pour celles s’adonnant à une activité physique régulière. Que celle-ci soit de haut niveau ou pratiquée seulement en tant qu’amateur.

C’est pourquoi nous vous proposons un tour d’horizon des études réalisées sur le sujet, afin que vous puissiez pratiquer votre sport l’esprit tranquille.

Pas le temps de tout lire ? Ce qu’il faut retenir :

  • 150 minutes de sport par semaine, est un minimum.
  • Le sport pourrait être bénéfique pour la mère et le fœtus.
  • L’intensité de l’effort n’est pas dangereuse.
  • Les femmes enceintes adaptent d’elles-même l’intensité de leur effort.
  • Le sport a une influence sur la dépression postpartum, mais on ne sait pas dans quel sens.

Conseil : il faut avant tout écouter son corps, et faire confiance à ses sensations.

Les femmes enceintes peuvent faire au moins 2 heures 30 de sport par semaine

Le département de la santé américain[1] recommande aux femmes enceintes de pratiquer au moins 150 minutes d’activité physique répartie sur l’ensemble de la semaine. C’est la limite basse. Pour les sportives qui font entre dix et vingt heures d’entraînement par semaine, pas d’inquiétude, nous allons rapidement nous intéresser à la limite haute, et surtout à l’intensité des séances.

Le sport permet de réduire l’occurrence de l’une des principales complications durant la grossesse : le diabète gestationnel.

Mais avant, voyons si le sport doit occuper une place importante dans les routines à mettre en place durant la grossesse.

L’activité physique serait bénéfique à la femme enceinte et à son bébé

Une équipe américaine[2] s’est penchée sur le registre des naissances d’une région de l’Etat de New York. En couplant les données maternelles et démographiques, et en les mettant en relation avec l’indice de masse grasse des femmes enceintes, ils ont déterminé que le sport permettait de réduire l’occurrence de l’une des principales complications durant la grossesse : le diabète gestationnel.

Néanmoins, ces résultats sont à prendre avec précaution. Une étude de 2012[3], synthétisant les résultats présents dans les bases de données scientifiques Chochrane, Childbirth Group’s Trials Register et ClinicalTrials.gov jette en effet un froid sur les précédentes conclusions.

Les médecins considèrent qu’un effort est intense lorsque les pulsations cardiaques passent la barre des 90% de la fréquence cardiaque maximale.

Ce n’est d’ailleurs pas la seule, puisqu’une autre étude, de 2017[4] cette fois, présente les résultats de recherches contrôlées randomisées réalisées sur 638 femmes enceintes. Tout comme les auteurs de l’étude de 2012, ils en ont conclu que la pratique du sport n’apportait pas de résultats probants.

Faut-il pour autant ne pas conseiller aux femmes enceintes souffrant de problèmes de glycémie, de pratiquer une activité physique régulière dans le cadre d’un diabète gestationnel, par exemple ? Evidemment, non. Mieux vaut bouger et consommer son glucose.

C’est d’ailleurs la conclusion d’autres chercheurs[5], qui ont réussi à mettre en évidence que l’activité physique permettait :

  • D’augmenter les capacités cardio-respiratoires de la gestante,
  • De diminuer la prise de poids de la mère,
  • D’éventuellement diminuer le risque de pré éclampsie,
  • De diminuer le risque d’accoucher par césarienne,
  • De diminuer le diabète gestationnel.

Néanmoins, qu’il s’agisse du diabète ou des autres bienfaits éventuels du sport, la communauté scientifique reste fortement divisée sur la question des bienfaits du sport.

Activité physique et intensité de l’effort : des dangers pour bébé ?

Il est important de le souligner : l’intensité de l’effort ne semble pas affecter le fœtus. Mais, de quelle intensité parle-t-on ? Les médecins considèrent qu’un effort est intense lorsque les pulsations cardiaques passent la barre des 90%[6] de la fréquence cardiaque maximale. Dans l’étude, ce type d’activité prenait place durant les six premiers mois de grossesse.

Aucune de ces études ne met en évidence de risque pour la femme enceinte ou pour son bébé.

On parle ici « d’activité vigoureuse », pour en venir à la conclusion que le sport ne cause aucune conséquence néfaste pour :

  • Le poids du nourrisson,
  • La taille du nourrisson,
  • La prise de poids de la mère.

Deux différences entre les gestantes ayant réalisé des activités physiques à relativement haute intensité ont toutefois été notées, mais qui restent relativement faibles comparées aux autres femmes enceintes n’ayant pas fait de sport :

  • Une légère augmentation de la durée de gestation,
  • Une légère réduction du risque de prématurité.

Ces résultats sont certes légers, mais sont tout de même considérés comme assez significatifs pour être mis en évidence. Les résultats des cette synthèse de recherches menées sur un total de 32 080 femmes enceintes, tendent à semer le doute sur ce que l’on a pu écrire dans la partie précédente.

Alors, quand on est enceinte, on fait du sport ou on n’en fait pas ?

Pour apporter de la clarté à des résultats plutôt confus il faut s’intéresser, non pas à ce qu’ils disent, mais à ce qu’ils laissent sous silence : les risques pour la mère et le fœtus.

Ainsi, dans aucune de ces études, les conclusions ne mettent en évidence de risque pour la femme enceinte ou pour son bébé. Il est donc nécessaire de déterminer si des activités physiques à fort engagement (hors sports de contacts, bien sûr) peuvent mettre en danger la grossesse.

Ne vous privez pas de faire du sport, mais sachez écouter votre corps.

Quoi de mieux pour cela, que de s’intéresser à la course à pied. Puisque les contacts répétés avec le sol vont jusqu’à entraîner une incontinence chez certaines coureuses, en rapport avec leur volume d’entraînement hebdomadaire[7].

La question qui se pose donc, est de savoir si ces chocs répétés, qui finissent par abîmer le muscle pelvien, peuvent entraîner des conséquences sur le fœtus.

Les femmes enceintes peuvent-elle pratiquer la course à pied ?

Oui. Et qui de mieux que les athlètes de haut niveau pour apprécier la possibilité de courir durant la grossesse ? C’est exactement ce qu’a pensé une équipe de chercheurs[8] des universités de Stanford, New-York et de Chicago.

La diminution de l’activité physique durant la grossesse semble favoriser la survenue d’une dépression postpartum.

En étudiant ensemble les habitudes de course de 110 athlètes, ils ont pu déterminer que, durant leur grossesse :

  • 70% d’entre elles devinrent des coureuses occasionnelles,
  • 31% coururent même durant leur troisième trimestre,
  • 29.9% déclarèrent courir pour assurer la bonne santé du fœtus,
  • 84.1% coururent durant l’allaitement,
  • Seules 6.7% des coureuses durant l’allaitement, connurent une dépression postpartum,
  • 23.5% des athlètes ayant stoppé la course à pied durant l’allaitement connurent une dépression postpartum.

L’élément le plus intéressant de l’étude, est que la majorité des athlètes enceintes adaptèrent leur allure de course, en allant jusqu’à diviser l’intensité de leur effort par deux.

On peut donc constater que les femmes enceintes, pourtant férues de course à pied car possédant un très bon niveau d’endurance, ont adapté d’elles-même leur vitesse de course. Autrement dit, ne vous privez pas de faire du sport, mais sachez écouter votre corps.

Les conclusions de ces recherches restent toutefois prudentes quant à la relation entre course à pied et dépression postpartum. Il convient donc de s’intéresser à ce rapport éventuel plus en détail.

Le sport peut-il aider les femmes enceintes à passer le cap de la dépression postpartum ?

C’est ce qu’une équipe de chercheurs allemands [9] a décidé d’étudier, en analysant l’activité physique de 597 femmes enceintes. Ils se sont ainsi rendus compte que ces dernières ont fortement diminué leurs activités physiques à partir de leur cinquième mois de grossesse, tout comme les 110 athlètes américaines.

Cette diminution de l’activité physique durant la grossesse a semblé favoriser la survenue d’une dépression postpartum.

Là encore, toutes les études ne semblent pas aller dans ce sens. Pire, l’une [10] d’entre elles parvient même à la conclusion que l’activité physique des femmes après leur accouchement augmenterait le risque de développer une dépression postpartum.

Dès lors, comment faire le point ?

Le sport n’est pas dangereux, que cela soit pour le fœtus ou pour la mère

Sans tenter de critiquer le protocole de ces études, qui ont toutes été validées par leurs pairs, le biais pourrait trouver sa source dans la manière d’évaluer la dépression postpartum. Il faut en effet savoir que les chiffres mondiaux témoignant de l’incidence de la dépression postpartum fluctuent entre 7% et 60.8% [11] .

Par conséquent, la difficulté à évaluer l’occurrence de la dépression postpartum de manière précise peut être directement à l’origine des résultats fortement différents dans les études réalisées par les médecins.

Conclusion

En terme d’exercices physiques, la communauté médicale reste divisée sur les avantages du sport sur la grossesse. Tant quant à son issue que, par la suite, quant à la dépression postpartum.

Toutefois, ce qui ressort des recherches est que le sport n’est pas dangereux, que cela soit pour le fœtus ou pour la mère. Par conséquent, le conseil que nous pouvons vous donner est celui de faire du sport si vous le souhaitez, et d’écouter votre corps pour adapter votre effort à vos sensations.

Faites vous plaisir, et vous ferez plaisir à votre bébé. C’est là l’essentiel.

Références

[1]
2020, Physical Activity and Exercises During Pregnancy and the Postpartum Period, American College of Obstetricians and GynecologistsNuméro 804, avril 2020.

[2]
Dye T.D., Knox K.L., Artal R. et autres, 1997, Physical activity, obesity, and diabetes in pregnancy, American Journal of Epidemiology, décembre 1997, 1;146 (11):961-5, doi : 10.1093/oxfordjournals.aje.a009223.

[3]
Han S., Middleton P., Crowther C.A., 2012, Exercise for pregnant women for preventing gestational diabetes mellitus, Cochrane Database of Systematic Review, juillet 2012, 11;(7), doi : 10.1002/14651858.CD009021.

[4]
Brown J., Geysens G., Boulvain M., 2017, Est-ce que l’exercice physique peut, chez les femmes ayant un diabète gestationnel, améliorer les résultats pour la mère et son bébé ?, Cochrane, 22 juin 2017.

[5]
Bisson M., Lavoie-Guénette J., Tremblay A. et autre, 2016, Physical Activity Volumes during Pregnancy: A Systematic Review and Meta-Analysis of Observational Studies Assessing the Association with Infant’s Birth Weight, American Journal of Perinatology Reports, avril 2016, 6(2) : e170-e197, doi : 10.1055/s-0036-1583169.

[6]
Beetham K.S., Giles C., Noetel M. et autres, 2019, The effects of vigorous intensity exercise in the third trimester of pregnancy: a systematic review and meta-analysis, BMC Pregnancy and Childbirth, août 2019, article numéro 281, doi : 10.1186/s12884-019-2441-1.

[7]
Melo Silva R., Santos Rodrigues M.E., Morais Puga G. et autres, 2020, The relationship between running kinematics and the pelvic floor muscle function of female runners, International Urogynecology Journal janvier 2020, 31(1) : 155-163, doi : 10.1007/s00192-019-03968-z.

[8]
Tenforde A.S., Toth K.E.S., Langen E., 2015, Running Habits of Competitive Runners During Pregnancy and BreastfeedingEuropean Perinatal Health ReportSports Health, 7(2) : 172-176, doi : 10.1177/1941738114549542.

[9]
Hassdenteufel K., Feisst M., Brusniak K., 2020, Reduction in physical activity significantly increases depression and anxiety in the perinatal period: a longitudinal study based on a self-report digital assessment tool, Archives of Gynecology and Obstetrics, juillet 2020, doi : 10.1007/s00404-020-05570-x.

[10]
Demissie Z., Siega-Riz A. M., Evenson K.R. et autres, Associations Between Physical Activity and Postpartum Depressive Symptoms, Journal of Women’s Health, juillet 2011, doi : 10.1089/jwh.2010.2091.

[11]
Baran J.K., Kalandyk-Osinko K., Baran R., 2022, Does Prenatal Physical Activity Affect the Occurrence of Postnatal Anxiety and Depression? Longitudinal Study, International Journal of Environmental Research and Public Health, février 2022, 19(4):2284, doi : 10.3390/ijerph19042284.

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