Tableau noir en ardoise avec écrit "blah blah blah" à la craie blanche

Dans ce dernier article de notre première série consacrée à la parentalité positive, nous allons justement nous intéresser à ses limites. Parce que oui, l’éducation positive a ses limites, comme tout autre système éducatif.

Dans le paysage éducatif français est apparue la psychologue Caroline Goldman, qui a posé 5 critiques contre la parentalité positive.

Critique 1 : la confusion du besoin d’amour avec les limites éducatives

Caroline Goldman part du postulat que, dans l’éducation positive, toute tension chez l’enfant, manifestée par des cris, des pleurs, demande une réaffirmation de l’amour de la part des parents.

Ce serait oublier que l’enfant qui manifeste un comportement inapproprié a besoin de limites éducatives.

Sans limites imposées, le pouvoir s’inverse entre les adultes et l’enfant. Il devient un enfant-tyran.

L’éducation positive gênerait considérablement un apprentissage indispensable : la frustration. Celle de se voir imposer un cadre qui empêcherait l’enfant de faire littéralement n’importe quoi. Il s’agit donc de lui apprendre la bienséance en société et l’empathie.

Critique 2 : le refus de l’agressivité

La parentalité positive refuserait toute idée de “sanction” ou de “punition”. Pourquoi ? Parce que l’enfant ne serait jamais dans une logique agressive. Aucune pulsion ne serait donc à contenir par l’éducation.

L’agressivité ne serait ici qu’une tempête émotionnelle, une décharge. Sans limites imposées, le pouvoir s’inverse entre les adultes et l’enfant. Il devient un enfant-tyran.

“Il est de toute importance que la fille fasse son “deuil” de ses fantasmes masturbatoires clitoridiens.”

Ce phénomène n’est pas nouveau. Il naît en droite ligne des idées d’une psychanalyste française longtemps portée au panthéon de la pédiatrie : Françoise Dolto.

Seul bémol, un concept est né des conséquences de ses idées : la “doltoïsation” de la société[1].

Françoise Dolto avait-elle tort ?

C’est l’idée du psychologue Didier Pleux, qu’il défend dans son ouvrage De l’enfant roi à l’enfant tyran[2]. Il n’est pas le seul, puisque même les historiennes, comme Annick Ohayon, se mettent à douter de Dolto[3] .

Que disait-elle ? On vous laisse juger par vous-mêmes[4] .

Les parents n’ont aucun droit

“L’enfant n’a pas tous les droits, mais il n’a que des droits. Les parents n’ont sur sa personne aucun droit : ils n’ont que des devoirs.” (La cause des enfants, 1985, éditions Laffont, page 285),

L’autisme, une responsabilité partagée ?

“Tous les autistes sont surdoués pour la relation humaine et pourtant ils sont dans un désert de communication. Souvent, la personne qui s’occupait d’eux était désertée elle aussi au cours de son premier âge et elle a transmis l’état de désert à ce bébé qui évoquait pour elle son petit âge.” (in La cause des enfants, 1985, éditions Laffont, page 391).

Dolto et la masturbation féminine

“Il est de toute importance que la fille fasse son “deuil” de ses fantasmes masturbatoires clitoridiens. […] La solution heureuse, c’est l’investissement vaginal. […] Dans les cas où la zone vaginale érogène devient le centre des émois libidinaux de la fillette, accompagnés qu’ils sont des fantasmes oedipiens, on assiste à un développement affectif et culturel épanoui” (In Psychanalyse et pédiatrie, 1971, éditions Seuil, page 64),

Les problèmes scolaires et leurs origines libidinales

“Sur le plan de toutes les activités intellectuelles et sociales, le complexe de castration entrera en jeu ; l’intérêt de l’enfant découle de sa curiosité sexuelle et de son ambition à égaler son père, curiosité et ambition coupables tant que le complexe d’Oedipe n’est pas liquidé. Dans le domaine scolaire surtout, on verra des inhibitions au travail ; le garçon deviendra incapable de fixer son attention. C’est l’instabilité de l’écolier, si fréquente, et source pour lui de tant de remontrances. Le calcul, particulièrement, lui paraîtra difficile ; le calcul étant associé dans l’inconscient aux “rapports” (ressemblance, différence, supériorité, égalité, infériorité) – aux problèmes quels qu’ils soient – et l’orthographe associée à “l’observation”, grâce à laquelle on “voit clair”” (in Psychanalyse et pédiatrie, 1971, éditions Seuil, page 99),

La sage-femme est déterminante

Choisissez bien votre hôpital, car la sage-femme serait déterminante pour l’existence de votre enfant : “Cette femme [la sage-femme] a pris la suite du géniteur, mais c’est un géniteur symbolique pour l’enfant, symbolique de la vie de relation, de la première relation triangulaire. Le schéma freudien est fantastiquement soutenant pour notre travail avec les enfants quand nous comprenons qu’ils transfèrent l’autre de leur mère sur la première voix aérienne qu’ils entendent, et que cette voix a une valeur marquante, prophétique, dans le sens incubateur du comportement de l’enfant, en tant que pseudo-voix de père tout sachant.” (Tout est langage, 1989, éditions Le livre de Poche, page 36).

Entre permissivité pleinement assumée et ambition de clitorectomie, Françoise Dolto est comme le personnage d’Ahmed de Coluche : elle avait des idées sur tout et surtout des idées.

Critique 3 : un refus de reconnaître la différence entre les générations

On ne parle pas ici de différences entre deux générations d’enfants, mais bien entre grands-parents, parents et enfants. L’éducation positive entend faire de l’enfant le partenaire de sa propre éducation.

L’enfant n’est pas un adulte. Il a besoin d’autorité.

Critique 4 : une pensée hors-sol

Les extraits de la pensée de Françoise Dolto ne peuvent que nous donner l’impression soit d’être inventées, soit d’être totalement décorrélé de la réalité.

C’est ici qu’apparaît l’idée qu’il s’agit plus d’une idéologie que d’une pensée pratique. En voulant se construire contre l’éducation violente des siècles passés, elle dérive vers un radicalisme qui la vide de sens.

Le résultat de l’éducation positive emporte des conséquences de santé publique enregistrées sous le mot valise de “troubles du comportement”

Caroline Goldman donne cet exemple conseillé par Filliozat, qui invite les parents à répondre à la violence de leurs enfants par un câlin. Résultat : des enfants violents à l’école envers leurs camarades, courent vers la maîtresse pour recevoir un câlin.

Les réponses de l’éducation positive en matière d’éducation auraient, selon elle, l’effet de faire naître une grande culpabilité dans l’esprit des enfants. Pourquoi ? Parce que les parents seraient invités à dire à leur enfant que son comportement les rend très tristes, où qu’ils ne le supportent plus et ont envie de le corriger.

Conséquence : l’enfant plonge dans une insécurité créée par cette éducation dite positive.

Critique 5 : la parentalité positive est un business

Ce que relève Caroline Goldman est très intéressant : les ambassadeurs de la parentalité positive (Filliozat et Gueguen, notamment), ne sont ni des pédopsychiatres, ni des psychologues.

Les courants psychologiques, psychanalytiques et psychiatriques restent tous des courants de pensées, dont l’application radicale est dangereuse.

Leur métier ? Formateurs de coachs en parentalité positive après 1 mois de formation.

Leur promesse ? Expliquer à des familles comment s’occuper de leurs enfants en s’appuyant sur des concepts psychanalytiques obscures.

Le secret de leur réussite ? La culpabilité des parents d’être de mauvais parents.

Selon Caroline Goldman, le résultat de l’éducation positive emporte des conséquences de santé publique enregistrés sous le mot valise de “troubles du comportement”.

Conclusion

Ce onzième et dernier article de notre première série consacrée à l’éducation positive se termine sur sa critique. Alors, faut-il prendre ce courant éducatif dans son intégralité et le jeter à la poubelle ?

Faut-il au contraire en garder certains aspects et l’adapter au caractère de vos enfants ? Probablement. Les courants psychologiques, psychanalytiques et psychiatriques restent tous des courants de pensées, dont l’application radicale est dangereuse.

Il faut les questionner, les adapter, et surtout laisser de côté ce qui ne fonctionne absolument pas.

Comment savoir ? En commençant par écarter ce qui semble totalement incohérent, comme ces passages improbables de Françoise Dolto, par exemple. Surtout, en ne considérant ni Caroline Goldman, ni Catherine Gueguen, ni Isabelle Filiozat ou encore Didier Pleux comme des détenteurs de La vérité.

Qu’importe leur cursus scolaire ou universitaire, leur expérience personnelle, doutez de ce qu’ils disent, parce qu’aucun ne détient La recette magique qui s’applique à l’éducation de tous les enfants.

Références

[1]
M. Fournier, 2003, De l’enfant roi à l’enfant tyran, Sciences Humaines, mensuel N°137, avril 2003 relatif à l’ouvrage de Didier Pleux paru aux éditions Odile Jacob en 2002.

[2]
M. Fournier, 2003, Ibid.

[3]
A. Ohayon, 2012Françoise Dolto, Le sacre de l’enfant, Histoire de la psychologie, pages 154 à 159.

[4]
Quelques affirmations de Françoise Dolto, Esteve Freixia, site consulté en février 2023.

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