Femme à la poitrine nue portant son enfant contre elle, peau contre peau.

On ne va pas y aller par quatre chemins : il y a peu de chances que le toucher, même affectif, du ventre de maman permette d’établir une communication évoluée avec bébé. Toutefois, cette technique, dite du toucher affectif, peut se révéler particulièrement utile. Comment ?

En permettant aux parents de mieux appréhender la venue de bébé, ce révolutionnaire de l’organisation familiale, ce trublion qui va chambouler la maison. Derrière son nom ronflant composé des racines grecques “Hapsis” (le toucher) et Nomos (la règle), l’haptonomie se résume à ça : limiter l’anxiété. Mine de rien, cela peut faire une sacrée différence.

Inventée dans les années 1980 par un Néerlandais, Frans Veldman, la pratique peine encore à s’imposer.

Pas le temps de tout lire ? Ce qu’il faut retenir

  • L’haptonomie a fait l’objet de recherches scientifiques.
  • Le toucher affectif aide à réduire l’anxiété de la femme enceinte.
  • Le toucher affectif renforce le lien affectif mère-enfant.
  • Le stress de la mère peut avoir des conséquences graves sur le fœtus puis sur l’enfant.
  • La société a un rôle à jouer dans le bien-être des mères et de leurs enfants.

Pourquoi recourir à l’haptonomie?

Trois cas se distinguent[1]:

  1. Limiter le stress durant la grossesse,
  2. Améliorer le développement cognitif du bébé,
  3. Améliorer le lien mère-enfant.

1. Pourquoi limiter le stress durant la grossesse ?

Votre état émotionnel, en tant que mère, va impacter directement la qualité de votre grossesse. La sévérité de cette atteinte va dépendre de votre niveau de stress qui, parfois, peut être causé par la peur d’enfanter[2]:

  • Peur de la douleur,
  • Peur du travail,
  • Peur d’être laissée seule durant l’accouchement,
  • Etc.

Toutes ces peurs ont des conséquences directes sur la durée de gestation. En effet, les femmes anxieuses accouchent généralement plus tôt que les femmes qui ne présentent pas ce symptôme[3].

Bien sûr, l’anxiété durant la grossesse est normale. Ce qui devient anormale, c’est une anxiété qui se transforme en une peur excessive menant à des troubles du comportement[4]. Cet état de stress n’est pas sans conséquence sur le développement du bébé.

2. l’impact du stress sur le développement cognitif du bébé

Lorsqu’une femme enceinte est stressée, plusieurs phénomènes peuvent se développer[5]:

  • Des hormones de stress atteignent le fœtus,
  • Le placenta peut connaître une inflammation,
  • La méthylation de l’ADN du fœtus peut être altérée,
  • L’obésité ou des maladies respiratoires peuvent se développer dans l’enfance,
  • Le développement cognitif peut être gêné,
  • L’enfant peut développer des problèmes comportementaux.

Lorsque l’on évoque des problèmes comportementaux, on pense notamment à des troubles de l’attention ou du comportement, de l’hyperactivité, de la dépression, et même de la schizophrénie ou de l’autisme.

Tout cela, lié à un stress maternel qui ne provient pas d’événements graves, comme l’expérience de la guerre, mais de stress lié à des situation du quotidien, qu’il s’agisse de graves tensions au sein du couple ou de problématiques personnelles ou professionnelles.

3. Le lien mère-enfant n’est pas automatique

Vous pensez que les femmes possèdent un instinct maternel inné ? Détrompez-vous. L’instinct maternel naît durant la grossesse. Une période de changements importants, autant dans le corps, que dans la tête[6].

C’est notamment durant la grossesse que le cerveau de la mère se prépare à la maternité, et à la motivation qu’il va falloir pour s’occuper du nouveau-né. Car, comme certains de nos lecteurs le savent grâce à leur propre expérience, la parentalité n’est pas toujours de tout repos.

Or, être victime d’un état de stress durant la grossesse peut contrarier le cerveau dans son adaptation à ce nouveau devoir, notamment en diminuant :

  • L’empathie,
  • La motivation maternelle,
  • La régulation des émotions.

Pourtant, réguler ses émotions peut être une nécessité, surtout lorsque les premiers mois de la vie de bébé riment avec manque de sommeil. Pour y arriver, il y a des clefs.

Le toucher affectif est une solution parmi d’autres

Les études ont permis de mettre en évidence le rôle de l’haptonomie dans[7]:

  • La baisse de l’anxiété,
  • La baisse de la peur de donner naissance,
  • L’amélioration du lien mère-enfant.

Toutefois, l’haptonomie n’a pas d’incidence sur les femmes développant dès le départ un lien mère-enfant solide. En effet, une étude a permis de mettre en évidence que l’haptonomie permettait de renforcer le lien mère-enfant chez les femmes ayant un lien d’attachement d’emblée faible[8].

Par contre, pour les autres, l’haptonomie est, sur ce point, inefficace. Alors, quand et comment utiliser l’haptonomie ?

Quand et comment recourir à l’haptonomie ?

Pour résumer, l’haptonomie sert à faire face à :

  • Un cadre de vie stressant,
  • Une anxiété vis-à-vis de la grossesse,
  • Un développement faible du lien mère-enfant durant la grossesse.

Dans ces cas, l’haptonomie est une très bonne réponse pour contrebalancer un cadre de vie stressant, où l’équilibre affectif de la mère peut être remis en question.

Pour profiter de l’haptonomie, il n’est pas nécessaire de trouver un haptonologue, un haptopsychothérapeute, ou autre professionnel dont le nom se compose d’un suffixe grec. De plus en plus de médecins et de sages-femmes sont aujourd’hui formés à cette technique.

Si vous voulez la pratiquer à la maison, vous pouvez le faire en apposant vos mains sur votre ventre et en le caressant. Il arrive fréquemment que le fœtus réponde à ces caresses par des coups donnés dans le ventre. Vos caresses, couplées à ses mouvements, vous permettront, à vous et à votre mari, d’entrer en interaction avec lui.

A lire : Haptonomie, l’escroquerie du toucher affectif ?

Le soutien social

Les études réalisées sur les femmes enceintes ont permis de mettre en évidence une plasticité accrue de leur cerveau durant la grossesse. En d’autres termes, ces dernières sont plus réceptives aux changements positifs et négatifs. Donc, les effets du stress peuvent être réduits grâce à un soutien familial, amical ou social au sens large[9].

Ce soutien social n’est pas assez reconnu aujourd’hui, alors qu’il est partie intégrante de la santé mentale des mamans et du développement des futurs enfants. Ce soutien pose une question qui nous concerne tous : dans quelle mesure l’environnement social que nous participons à créer influe-t-il sur le lien mère-enfant et, par extension, sur la qualité de l’environnement dans lequel ce dernier sera élevé ?

Cette question ouvre à une interrogation profonde sur le rôle de la société dans son ensemble dans le développement des comportements déviants en son sein.

Références

[1]
Ozbek H., Pinar S.E., 2022, The effect of haptonomy applied to pregnant woman on perceived stress, fear of childbirth, and prenatal attachment: randomized controlled experimental study, Current Psychology, 16 juillet 2022, pages 1 à 10.

[2]
Arfaie K., Nahidi F., Simbar M., Bakhtiari M., 2017, The role of fear of childbith in pregnancy related anxiety in Iranian women: a qualitative research, Electronic Physician Journal, 25 février 2017, 9(2), pages 3733 à 3740.

[3]
Winerman L., 2022, Anxiety during pregnancy can lead to earlier births, study finds, American Psychological Association, 26 septembre 2022.

[4]
Araji S., Griffin A., Dixon L. et autres, 2020, An Overview of Maternal Anxiety During Pregnancy and the Post-Partum Period, Journal of Mental Health and Clinical Psychology, 30 novembre 2020.

[5]
Amici F., Röder S., Kiess W. et autres, 2022, Maternal stress, child behavior and the promotive role of older sibligs, BMC Public Health, 29 avril 2022, article numéro 863.

[6]
Kim P., 2021, How stress can influence brain adaptations to motherhood, Frontiers in Neuroendocrinology, janvier 2021, doi : 10.1016/j.yfrne.2020.100875

[7]
Ozbek H., Pinar S.E., 2022, Ibid..

[8]
Klabbers G.A., K.M. Paarlberg, 2018, Does Haptotherapy benefit mother-child bonding in women with high fear of childbirth?, International Journal of Haptonomy & Haptotherapy, 2018, pages 1 à 7.

[9]
Kim P., 2021, How stress can influence brain adaptations to motherhood, Ibid.

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