Hamburger et sauce

Si l’on vous disait qu’en Grande-Bretagne, 70% des enfants en âge préscolaire ne boivent pas une seule goutte d’eau, et que ce seul comportement peut leur apporter 1 000 calories par jour, le croiriez-vous ? [1] Eh bien c’est vrai !

Figurez-vous que cette tendance n’est pas l’apanage des pays industrialisés, puisque dans les sociétés en voie de développement, les jeunes de 12 à 15 ans déclarent boire des sodas une à deux fois chaque jour [2].

Alors oui, à 8 ans, un enfant a déjà ingéré plus de sucre que son grand-père n’en a consommé durant toute sa vie. Si seulement la comparaison pouvait s’arrêter là. Les services de santé québécois ont constaté que [3]:

  • 61% des Québécois sont en surpoids (IMC supérieur à 25), 
  • 24% souffrent d’hypertension, 
  • 10% de diabète.

Ces chiffres sont le corollaire du développement de maladies chroniques, mais doivent surtout être mis en relation avec une autre maladie dévastatrice : la dépression. 

La surconsommation de sucre est une cause de dépression

On associe souvent le sucre au diabète et à l’obésité, mais on pense beaucoup plus rarement à la dépression. Pourtant, les études menées sur le sucre ont mis en évidence son rôle dans la survenue des dépressions, au point qu’à l’horizon 2030, cette pathologie sera la première cause d’incapacité au monde [4].

A lire : Pourquoi notre nourriture contient-elle autant de sucre ?

Dans une étude menée sur 22 ans, [5] des chercheurs de l’université de Londres ont non seulement mis en évidence qu’une forte consommation de sucre impactait négativement l’humeur, mais également pour quelles raisons : 

  1. Le sucre agit négativement sur une protéine appelée “facteur neurotrophique dérivé du cerveau” (BDNF), 
  2. Il cré des inflammations, 
  3. Il influe sur les neurotransmetteurs, 
  4. Les personnes susceptibles de faire une dépression augmentent leur consommation de sucre.

1. Le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF)

Le facteur neurotrophique dérivé du cerveau, également connu sous l’appellation anglo-saxonne “Brain-Derived neurotrophic factor”, est une protéine essentielle, qui joue quatre rôles [6] :

  • Permettre la survie des neurones, 
  • Assurer leur différenciation, 
  • Induire et exprimer la plasticité synaptique.

Qu’est-ce que la plasticité synaptique ? Il s’agit d’une capacité de notre système nerveux à réaliser des connexions entre les neurones. De ces connexions dépendent nos facultés à apprendre et à mémoriser.[7]

A lire : Caries chez les enfants, limitez le sucre

Une consommation trop importante de sucre réduit la concentration du facteur neurotrophique dérivé du cerveau, ainsi que sa fonction dans la plasticité synaptique [8].

2. Sucre et inflammation : l’arrêt cardiaque est au bout du chemin

La surconsommation de sucre entraîne une augmentation de la tension, mais développe également des inflammations chroniques qui mènent à l’apparition de maladies cardio-vasculaires [9].

D’autant plus que le sucre entraîne un ensemble de conséquences qui ont une incidence directe sur le cœur : 

  • Prise de poids, 
  • Hypertension, 
  • Diabète, 
  • Stéatose hépatique non alcoolique (foie gras).

3. Neurotransmetteurs : le sucre libère de la dopamine

Une forte consommation de sucre brouille le circuit neuronal et empêche d’arriver au sentiment de satiété. Comment ? En surchargeant les récepteurs des neurones en sucre. Or, ce sont les récepteurs qui permettent d’atteindre le sentiment de satiété. 

4. Dépression et consommation de sucre

L’étude de l’université de Londres a mis en évidence un lien direct entre tendance dépressive et plus forte consommation de sucre. Le cercle vicieux ne s’arrête pas là, car le sucre remplit toutes les cases de l’addiction [10]:

  • L’envie et l’anticipation, 
  • La consommation excessive, 
  • Le phénomène de tolérance, 
  • Le repli sur soi, 
  • L’apparition d’émotions négatives. 

Le sucre, tout comme l’héroïne, la cocaïne, le tabac et d’autres substances, active la dopamine, et donc le centre de la récompense. Voici d’où vient le plaisir que nous éprouvons en consommant du sucre. 

Le cycle infernal dépression – consommation de sucre, amène directement aux problématiques de santé liées à l’obésité, la tension artérielle ou encore le diabète. Une tendance nourrit donc l’autre. 

Références

[1]
Bonard Condoret E., 2012, Modalités de prise en charge de la constipation fonctionnelle de l’enfant en soins primaires : étude menée auprès de 68 médecins généralistes hauts-normands, Faculté mixte de médecine et de pharmarcie de Rouen, page 43.

[2]
Yang L., Bovet P., Liu Y. et autres, 2017, Consumption of Carbonated Soft Drinks Among Young Adolecents Aged 12 to 15 Years in 53 Low- and Middle-Income Countries, The American Journal of Public Health (AJPH), juillet 2017, 107(7), pages 1095-1100, doi : 10.2105/AJPH.2017.303762

[3]
2017, La consommation de sucre et la santé, Institut National de Santé Publique du Québec (INSPQ), 2 mars 2017.

[4]
Knüppel A., Shipley M.J., Llewellyn C.H. et autre, 2017, Sugar intake from sweet food and beverages, common mental disorder and depression: prospective finding from the Whitehall II study, Scientific Reports, 27 juillet 2017, doi : 10.1038/s41598-017-05649-7

[5]
Knüppel A., Shipley M.J., Llewellyn C.H. et autre, 2017, Ibid.

[6]
Rodier J.-A., 2018, Identification d’une forme phosphorylée de BDNF : un nouveau mécanisme de régulation de la plasticité synaptique et de la mémoire ? Communauté Université Grenoble Alpes, 2 juillet 2018, page 1.

[7]
Plasticité synaptique, Centre de recherche Cervo, site consulté en novembre 2022.

[8]
Shamsi-Goushki A., Mortazavi Z., Mirshektar M.A., et autres, 30 décembre 2020, Effects of High White and Brown Sugar Consumption on Serum Level of Brain-Derived Neurotrophic Factor, Insulin Resistance, and Body Weight in Albino Rats, Journal of Obesity & Metabolic Syndrome, 30 décembre 2020, 29(4), pages 320-324, doi : 10.7570/jomes20037

[9]
2022, Too much added sugar can be one of the greatest threats to cardiovascular disease. Here’s how to curb your sweet habit, Harvard Health, 6 janvier 2022, site consulté en novembre 2022.

[10]
Fish A., 2017, The association between added sugar consumption and major depression in adult women, Faculty of San Francisco State University, janvier 2017.

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