mère parfaite avec son fils portant un bouquet de fleur

Non, la mère parfaite n’existe pas. Et si vous cherchez à le devenir, préparez-vous à vivre une longue descente aux enfers car, au bout du chemin, se trouvent la dépression et le burn-out. Alors, avant d’en arriver là, apprenez à lâcher prise, et surtout, à laisser les autres dire et médire. 

La parentalité ne rend pas heureux

La science contredit souvent les idées reçues. Le domaine de la parentalité n’y fait pas exception. Il est courant d’entendre que l’arrivée d’un enfant procure de la joie et du bonheur dans la vie des parents[1]. Sauf que la science nous apprend que ce n’est pas franchement le cas. 


Certes, la protection et l’éducation d’un enfant donnent un sens à la vie, mais elle réduit généralement la satisfaction que nous avons de la vivre, tout en augmentant aussi les symptômes dépressifs et les burn-out[2].

Pourquoi ? Parce qu’aujourd’hui, la majorité des parents conjuguent travail et vie de famille, non seulement pour pouvoir vivre décemment, mais aussi pour se ménager une certaine autonomie. Le meilleur exemple de cette nécessité d’une double rentrée d’argent est l’augmentation constante de la part du loyer dans le budget des ménages. 

A lire : Pourquoi les jeunes ne veulent pas d’enfant ?

Entre 1970 et 2024, le coût du loyer dans notre budget a ainsi été multiplié par 2, alors même que l’indice Insee des loyers d’habitation a suivi le revenu des ménages. Autrement dit, les familles en location n’ont cessé, depuis 1970, de se paupériser[3]

Sauf que, qui dit travail, dit ambition de carrière. Le temps n’étant pas extensible, il faut bien souvent choisir entre carrière et vie de famille. Celles qui en paient le prix sont justement les mamans, dont les attentes sociales en terme de parentalité sont énormes. Nous voulons la maman parfaite. 

La maman parfaite ne répond qu’aux besoins de l’enfant

Ce que nous allons décrire n’est pas propre aux sociétés occidentales, mais semble, au contraire, entrer dans les normes de toutes les sociétés à orientation patriarcale. Sans ces organisations sociales, la mère de famille doit[4]

  • Placer la parentalité au centre de sa vie, 
  • Être responsable des soins apportés aux enfants, 
  • Être totalement dévouée à leur éducation, 
  • Répondre à leurs besoins avant les siens.

Se conformer à ces attentes permet d’être socialement récompensé, ou l’inverse si l’on y fait défaut. Autrement dit, une femme qui met en avant sa carrière au détriment de sa famille sera vue comme une mauvaise mère, et un mauvais parti par son mari[5].

Si cette dernière n’atteint pas ce haut standard de la parentalité, qu’est celui de la mère parfaite[6], cette dernière va : 

  • Développer un sentiment de culpabilité, 
  • Faire baisser sa sensation d’efficacité, 
  • Augmenter son stress. 

Ce dernier point est particulièrement ennuyeux, puisque c’est notamment lui qui mène les mères parfaites, ou qui se veulent ainsi, vers le burn-out. Atteindre ce stade engendre l’effet inverse de ce qui est recherché par la mère parfaite : 

  • Négligences envers l’enfant, 
  • Comportement violent envers lui, 
  • Troubles du sommeil, 
  • Addictions, 
  • Idées suicidaires. 

Il est donc urgent, dans une société qui promeut sans cesse la performance et la recherche constante de perfection, de plaider pour le droit à l’imperfection. Certains ne s’y sont pas trompés, comme les médecin et psychothérapeute Christian et Valentin Spitz, ou encore la journaliste Isabelle Tepper. Dans Eloge de l’imperfection parentale et Parents parfaits, ce trio dénonce le message de perfection parentale relayé par nos sociétés. 

Mère parfaite : ce que disent les professionnels

Dans leur ouvrage, les docteurs Spitz reviennent sur le burn-out des mères qui répondent aux injonctions de la perfection, parmi lesquels l’on compte[7] :

  • La maîtrise du désir d’enfant, 
  • L’accouchement sans douleur, 
  • L’accomplissement personnel, 
  • Le bonheur de la maternité. 

Autant d’injonctions qui ne reflètent pas la réalité de la chose, et qui amènent vers un burn out qui brise les liens affectifs. La mère parfaite prend tout autant ses distances avec ses enfants, qu’avec son partenaire. Les symptômes de ce mal-être, qui vont des troubles du sommeil à la consommation de drogues, les transforment justement en mères particulièrement imparfaites. 

Comme si, en voulant répondre aux impératifs sociaux, ces mères étaient transformées par la société en mères indignes. 

La société est-elle inadaptée à la parentalité ?

C’est la question que s’est posée Isabelle Tepper, en constatant le manque de prise en compte des 80% de salariés qui sont aussi des parents. Absence de crèche en entreprise, réunions tardives, travail par postes, sont autant de contraintes avec lesquelles les parents doivent conjuguer. 

Après tout, on ne va pas demander à un Etat qui a autorisé les femmes à ouvrir un compte bancaire en leur nom en 1965, d’être en avance sur leur temps. Il faut tourner le regard ailleurs. Dans ce cas présent, c’est plus au nord, en Finlande, qu’il faut regarder. Là-bas, les parents peuvent aménager leur journée de travail en prenant le parti de commencer jusqu’à 3 heures plus tôt, ou de finir 3 heures plus tard. Autant dire qu’en Finlande, un couple peut s’organiser pour emmener et chercher les enfants à la crèche ou à l’école[8]

La France est tellement en retard, que ce ne sont pas moins de 60% des mères qui arrêtent de travailler à plein temps lorsqu’elles ont entre 25 et 49 ans et un enfant âgé de moins de 3 ans[9]

Pour celles et ceux de ces parents qui travaillent en horaires atypiques (dans la restauration, la police, la santé, l’industrie, etc.), ils jonglent avec pas moins de 6 modes de garde différents. Si vous faites partie de ceux-là, nul doute que vos enfants sont régulièrement gardés par[10]

  • La voisine, 
  • La gardienne agréée, 
  • La crèche, 
  • La baby-sitter, 
  • La famille, 
  • L’amie de la famille. 

Malgré cela, ce sont encore 20% des familles françaises qui n’obtiennent aucun mode de garde, obligeant l’un des parents, généralement la mère, à rester à la maison.

Mais ne dramatisons pas, le président de la République, Emmanuel Macron, l’a dit lui-même en 2022 : son quinquennat sera celui de la création de 30 000 places en crèche. Il a bien pris le soin de préciser que le résultat ne sera pas atteint parce que le Covid est passé par là[11]. Par conséquent, avant d’envisager un « réarmement démographique »[12], il va falloir penser à couler un peu de béton. 

Références

[1]
T. Hansen, 2012 Parenthood and Happiness: a Review of Folk Theories Versus Empirical Evidence, Social Indicators Research, Volume 108, pages 29-64, 2012.

[2]
R.J. Evenson, R.W. Simon, 2005, Clarifying the Relationship Between Parenthood and Depression, Journal of Health and Social Behavior, Volume 46, Numéro 4.

[3]
J. Friggit, 2024, Loyers, prix des logements et revenu par ménage depuis les années 1960, Note en support d’une audition par la mission d’information du Sénat sur la crise du logement, 24 janvier 2024.

[4]
L. Meeussen, C. Van Laar, Feeling Pressure to Be a Perfect Mother Relates to Parental Burnout and Career Ambitions, Frontiers in Psychology, novembre 2018.

[5]
T.G. Okimoto, M.E. Heilman, The “bad parents” assumption: how gender stereotypes affect reactions to working mothers, Journal of Social Issues, 2012.

[6]
L. Meeussen, C. Van Laar, Ibid.

[7]
C. et V. Spitz, Eloge de l’imperfection parentale, Flammarion, 2019, page 131.

[8]
I. Tepper, Parents parfaits, un mythe toxique, Hatier, août 2022, page 174.

[9]
I. Tepper, Parents parfaits, un mythe toxique, Hatier, août 2022, page 175.

[10]
I. Tepper, Parents parfaits, un mythe toxique, Hatier, août 2022, page 176.

[11]
I. Tepper, Parents parfaits, un mythe toxique, Hatier, août 2022, page 181.

[12]
T. Pech, Y. Mariko, « Réarmement démographique » : que disent les chiffres ?, La Grande Conversation, 4 mars 2024.

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