Cerveau en feu symbolisant les effets de la nicotine

On la retrouve dans les cigarettes, les cigarettes électroniques, et maintenant dans les parfums des puffs : la nicotine.

Pourtant, cette substance est désormais connue pour avoir des effets dévastateurs sur le cerveau. Car, la nicotine :

  • Est une substance passerelle[1],
  • Induit un fort effet de manque[2],
  • Agit à faible dose.

1. La nicotine est une substance passerelle

Cette petite nicotine plaît tellement à notre cerveau qu’elle n’est ni plus ni moins qu’une substance passerelle.

Qu’est-ce qu’une substance passerelle ? Il s’agit d’un produit qui prépare notre cerveau à prendre d’autres drogues. En l’espèce, la nicotine est absolument parfaite pour s’initier à la cocaïne.

FosB altère le fonctionnement du cerveau des adolescents, y compris une fois qu’ils sont adultes.

Pourquoi ? Parce qu’elle modifie l’expression d’un gène appelé FosB. Il s’agit d’une protéine[3], dont les effets sont de développer l’apparition d’un comportement addictif.

Comment ? En venant s’accumuler sur les neurones faisant partie du chemin de la récompense[4].

Un grave problème pour les adolescents

FosB pose un très sérieux problème à nos adolescents. En effet, si chez eux, la nicotine augmente l’expression de ce gène 2 jours après avoir été inhalée, elle persiste en revanche durant des semaines.

La nicotine rend l’usage d’autres drogues plus agréable.

Les conséquences sont graves, puisque FosB altère le fonctionnement de leur cerveau, y compris une fois qu’ils sont adultes.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Et bien qu’ils sont bien plus à risque de devenir des consommateurs assidus de drogue. Tout simplement parce que les régions de leur cerveau associées à la récompense et à la mémoire, sont altérées[5].

A lire : Quelles sont les conséquences du tabac sur le fœtus ?

Une préférence pour les autres drogues

C’est un fait scientifique : la nicotine rend l’usage d’autres drogues plus agréable. N’allons pas croire que cela se limite aux drogues dures, car pas du tout.

La nicotine agit même sur les stimulis sensoriels. C’est-à-dire la vue, l’audition, l’olfaction ou encore le goût. Ainsi, fumer en prenant un verre de vin, ou terminer un repas par une cigarette, ne relève en rien du hasard.

N’oubliez surtout pas ce que vous venez de lire en arrivant à notre troisième point.

2. La nicotine induit un effet de manque

Il ne faut pas confondre l’addiction à une drogue avec le degré de plaisir qu’elle procure[6]. En effet, la nicotine n’en procure aucun, et pourtant elle est extrêmement addictive.

Avec la nicotine, ce n’est pas la quantité qui fait la qualité.

Cette raison repose sur ses propriétés pharmacocinétiques. C’est-à-dire sur le chemin qu’elle parcourt dans le corps, de son absorption jusqu’à son élimination.

Justement, la nicotine entre dans le sang extrêmement rapidement et s’en va directement trouver dans le cerveau le circuit dopaminergique. Vous savez, cette partie de notre cerveau qui sécrète de la dopamine.

10 secondes suffisent

C’est le temps nécessaire à la nicotine pour atteindre son niveau maximum dans notre cerveau, son pic[7]. Aussi vite le pic est atteint, presque aussi vite celui-ci va descendre.

Conséquence : le cerveau en redemande pour combler le manque et aller vers l’accoutumance. Bref, nous allumons une nouvelle cigarette.

Les conséquences de l’effet de manque

Le manque se traduit par des symptômes comme :

  • L’anxiété,
  • L’irritabilité,
  • L’envie de fumer,
  • Les troubles du sommeil,
  • L’augmentation de l’appétit,
  • Un déficit cognitif,
  • Un déficit de l’attention.

A long-terme, nous augmentons notre risque de développer une maladie neuro-dégénérative comme la maladie d’Alzheimer.

3. Une petite quantité suffit

C’est tout le problème de la nicotine. On vous a dit qu’elle est une substance passerelle, parce qu’elle augmente notre plaisir en consommant d’autres drogues, comme de l’alcool par exemple.

Ce qu’ il faut maintenant savoir, c’est qu’elle a le même effet dans une e-cigarette que dans une puff ou dans un patch[8]. Avec la nicotine, ce n’est pas la quantité qui fait la qualité.

La nicotine, tu l’aimes ou… tu l’aimes

Chaque année, la moitié des fumeurs tentent d’arrêter de fumer. Et chaque année, seuls 6% d’entre eux y parviennent, mais ils sont encore moins nombreux à y réussir de façon permanente[9].

Cette réalité trouve sa source dans le fait que la nicotine met, au sens figuré, le feu dans le cerveau. En environ 7 secondes, montre en main, la nicotine inonde les récepteurs de notre cerveau (nAChRs) responsables du chemin de la récompense.

Puis, la nicotine file stimuler les neurones situés dans l’aire tegmentaire ventrale (ATV). Il s’agit justement du groupe de neurones qui produit la dopamine.

Cette production de dopamine va mettre le feu aux poudres de trois zones du cerveau que nous avons déjà vues dans notre article sur le circuit de la peur[10] :

  • Les noyaux accumbens, ou nucleus accumbens septi,
  • L’amygdale,
  • Le cortex préfrontal

A lire : Qu’est-ce que la peur ? Des symptômes au circuit de la peur.

C’est le trio gagnant. A ce moment, c’est le feu d’artifice dans notre cerveau, paillettes, cotillons et musique à fond.

Pourquoi le taux de dopamine reste élevé ?

Bien évidemment, nous nous sommes posé cette question. Si le niveau de dopamine peut s’élever, il doit exister un mécanisme qui permet de le faire redescendre. Le cerveau ne va pas faire la fête indéfiniment.

Justement, c’est l’enzyme MAO (monoamine oxydase), qui est censée faire le taf. Mais, quand ça swing dans la boîte crânienne, c’est justement là qu’elle prend ses vacances.

Parce qu’avec le tabac, notamment, viennent d’autres produits chimiques qui lui font faire ses valises. Autrement dit, elle n’agit plus pour faire baisser le niveau de dopamine, et les neurones sont en After jusqu’au petit matin.

Ne demandez pas quels produits chimiques font ce travail de sape, car les chercheurs n’ont pas encore réussi à les isoler[11]. Avec 7 000 produits chimiques présents dans la cigarette[12], dont beaucoup sont créés par la combustion, le travail va encore être long.

Référence

[1]
Volkow N., 2018, Recent Research Sheds New Light on Why Nicotine is So Addictive, National Institute on Drug Abuse, Advancing Addiction Science, 28 septembre 2018.

[2]
2022, Tobacco, Nicotine, and E-Cigarettes Research Report. Is Nicotine addictive ?, National Institute on Drug Abuse, mai 2022.

[3]
FOSB, GeneCards, site consulté en décembre 2022.

[4]
Faillace M.P., Bernabeu R. O., 2019, Effects of Nicotine and Histone Deacetylase Inhibitors on the Brain, Neuroscience of Nicotine.

[5]
Soderstrom K., Qin W., Williams H., et autres, 2007, Nicotine increases FosB expression within a subset of reward- and memory-related brain regions during both peri- and post-adolescence, Psychopharmacology (Berl), mai 2007, 191(4):891-7, doi : 10.1007/s00213-007-0744-9.

[6]
Volkow N., 2018, Recent Research Sheds New Light on Why Nicotine is So Addictive, Ibid.

[7]
2022, Tobacco, Nicotine, and E-Cigarettes Research Report. Is Nicotine addictive ?, Ibid.

[8]
Perkins K.A., Karelitz J.L., Boldry M.C., 2017, Nicotine Acutely Enhances Reinforcement from Non-Drug Rewards in Humans, Frontiers in Psychiatry, 17 mai 2017, doi : 10.3389/fpsyt.2017.00065.

[9]
2022, Tobacco, Nicotine, and E-Cigarettes Research Report. Is Nicotine addictive ?, National Institute on Drug Abuse, mai 2022.

[10]
Mahajan S.D., Homish G.G., Quinsberry A., 2021, Multifactorial Etiology of Adolescent Nicotine Addiction: A Review of the Neurobiology of Nicotine Addiction and Its Implications for Smoking Cessation Pharmacotherapy, Frontiers in Public Health, 05 juillet 2021, doi : 10.3389/fpubh.2021.664748.

[11]
2022, Tobacco, Nicotine, and E-Cigarettes Research Report. Is Nicotine addictive ?, National Institute on Drug Abuse, mai 2022.

[12]
2022, Want a cigarette? American Lung Association, dernière mise à jour le 17 novembre 2022, site consulté en décembre 2022.

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