Main dont chaque doigt est relié par un fil à un pantin qu'elle fait marcher.

Si vous avez lu l’article précédent sur les explications à donner ou non à son enfant, vous savez que nous avons terminé sur le fait qu’il y a manipulation et manipulation.

Il y a la manipulation de votre enfant qui consiste à jouer un rôle, utiliser des personnages de ses livres, utiliser son imaginaire. A côté de celle-là, il y a la manipulation par les sentiments.

Ce neuvième article consacré à la parentalité positive, va justement porter sur cette forme de manipulation, pour vous inviter à l’oublier totalement.

Qu’est-ce que manipuler son enfant de manière acceptable ? 

N’est pas une manipulation, le fait de donner de réelles raisons à son enfant de faire une chose plutôt qu’une autre.

La manipulation est donc une situation qui débute très vite. Par exemple, charmer votre enfant pour qu’il vous fasse plaisir en faisant ses devoirs est déjà une situation de manipulation[1]. Est-ce acceptable ? Oui.

Entre 3 ans et 7 ans, les enfants apprennent à prendre en compte les sentiments des autres, et développent le sentiment de culpabilité.

Tout comme exagérer les avantages qu’il pourrait tirer à faire ce que vous lui demandez plutôt qu’autre chose. Pourtant, c’est aussi une situation de manipulation qui reste acceptable.

Ce qui l’est moins, est la manipulation par les émotions. 

Pourquoi ne pas manipuler un enfant par le sentiment de culpabilité ?

Vous faites en sorte que votre enfant se sente coupable s’il ne fait pas la chose que vous lui demandez de faire.

Attention, on ne parle pas du développement d’un sentiment sain de culpabilité, car cela existe. Entre 3 ans et 7 ans, les enfants apprennent à prendre en compte les sentiments des autres, et développent le sentiment de culpabilité[2].

C’est justement ce sentiment qui les aide à comprendre que quelqu’un peut être en colère par rapport à ce qu’ils ont fait, comme ne pas aider un camarade, ou voler quelque chose. 

Associé à la sympathie, ce sentiment de culpabilité aide même au comportement de partage[3].

A trop jouer avec le sentiment de culpabilité, le pire résultat peut être la dépression de votre enfant, même à seulement 3 ans. En effet, plus un enfant expérimente le sentiment de culpabilité, plus sa dépression sera sévère[4]. Ne jouez donc pas avec ça.

Pourquoi ne pas manipuler un enfant par le sentiment de honte ? 

Très exactement pour les mêmes raisons que vous ne devez pas manipuler un enfant par le sentiment de culpabilité. Le sentiment de honte marche main dans la main avec le sentiment de culpabilité en ce qui concerne la dépression.

Plus ce sentiment va être utilisé contre l’enfant par les parents, plus son mal-être va être important. En bout de ligne, c’est la dépression qui l’attend, avec la sévérité que vous aurez vous-même choisis de lui imposer. 

Pourquoi ne pas manipuler un enfant par le sentiment d’obligation ? 

Comment cette manipulation fonctionne-t-elle ? Vous offrez quelque chose à votre enfant, et ensuite vous lui demandez de faire quelque chose qu’il ne souhaitait pas faire avant. Il se sentira obligé de le faire. 

Si cette technique vous rappelle celle du pied dans la porte en marketing, c’est normal. Son fonctionnement est exactement le même. 

A lire : Devez-vous interdire à vos enfants de jouer à Candy Crush ?

Chez les enfants de 3 ans et demi, le sentiment d’obligation est déjà présent. D’ailleurs, si l’un de ses camarades doit collaborer avec lui et abandonne la tâche, il comprend déjà qu’il a violé ses obligations[5].

Ce sentiment est extrêmement important dans le développement social de l’enfant. Dans notre espèce qu’est Homo Sapiens, le sentiment d’obligation est celui qui permet à tout le corps social de fonctionner, et aux institutions de se créer[6].

Par conséquent, ne jouez pas avec les sentiments des enfants pour les manipuler et leur faire faire ce que vous désirez.

Références

[1]
Noggle R., 2018, The Ethics of Manipulation, Stanford Encyclopedia of Philosophy, révisé le 21 avril 2022, site consulté en janvier 2023.

[2]
Blake E., 2017, Guilty! UTM prof says guilt is a healthy part of child development, Université de Toronto, 19 décembre 2017, site consulté en janvier 2023.

[3]
Malti T., Ongley S.F., Peplak J. et autres, 2016 Children’s Sympathy, Guilt, and Moral Reasoning in Helping, Cooperation, and Sharing: A 6-Year Longitudinal Study, Child Development Journal, novembre 2016, 87(6):1783-1795, doi: 10.1111/cdev.12632.

[4]
Luby J., Belden A., Sullivan J., 2009, Shame and guilt in preschool depression: evidence for elevations in self-conscious emotions in depression as early as age 3, Journal of Child Psychology and Psychiatry, 31 mars 2009, doi:10.1111/j.1469-7610.2009.02077.x

[5]
Kachel U., Svetlova M., Tomasello M., 2017, Three-Years-Olds’ Reactions to a Partner’s Failure to Perform Her Role in a Joint Commitment, Society for Research in Child Development (SRCD), 15 mai 2017, doi:10.1111/cdev.12816.

[6]
O’Carroll E., 2017, Do humans come with a built-in sense of obligation to one another?, The Christian Science Monitor, site consulté en janvier 2023.

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