Deux frères ensemble, dont l'un tend la main vers le guidon d'un vélo.

Cela peut paraître surprenant à ceux qui sont encore étrangers à la parentalité positive, mais non, ne donnez pas d’explications de toutes vos décisions à votre enfant. Il y a plusieurs raisons à cela[1] :

  1. Vous créez de la confusion,
  2. Vous lui donnez des raisons de ne pas faire ce que vous lui demandez,
  3. Vous êtes l’autorité.

Économisez-vous des problèmes en donnant le moins d’explications possibles sur le pourquoi du comment. Par exemple, au moment de mettre votre enfant au lit, vous n’avez pas besoin de lui expliquer qu’il doit se coucher car il aura une grosse journée le lendemain.

Toutefois, dans ce 8ème article consacré à la parentalité positive, nous tenons à vous dire qu’il y a certaines activités pour lesquelles des explications s’imposent.

Dans quels cas donner des explications ?

Il y a des cas qui nécessitent automatiquement une explication. C’est tout à fait dans la logique des choses de les lui donner :

  1. Se brosser les dents,
  2. Regarder à droite et à gauche avant de traverser la route,
  3. Ne pas faire de vélo sans casque,
  4. Ne pas se passer une ficelle autour du cou ou mettre un sac plastique sur la tête.

1. Comment lui faire se brosser les dents ?

Il y a deux choses qui aident un enfant à se brosser les dents, mais qui sont éphémères :

  • Le changement de brosse à dents,
  • Le changement de dentifrice (goût et packaging).

Seul problème, on ne peut pas changer de dentifrice et de brosse à dents tous les 2 jours. C’est le moment de lui donner des explications, qui confortent ce qu’il a lu ou entendu à l’école.

Il n’y a pas besoin de lui expliquer que s’il passe sous les roues d’une voiture, son cerveau peut sortir de sa boîte crânienne, ou que ses poumons peuvent passer par sa gorge.

Dans les livres pour enfant, les caries sont très souvent représentées par un petit bonhomme avec une pioche. Se brosser les dents, c’est retirer la pioche au petit bonhomme pour qu’il ne fasse pas de trou dans les dents.

Voici une explication simple, compréhensible pour un enfant. Si vous lui parlez de courbe de Stéphan, de bactéries et de pH, vous perdez votre temps.

A lire : Caries chez les enfants, limitez le sucre.

2. Regarder avant de traverser la route

Les enfants sont dangereux. Pourquoi ? Parce que même lorsque vous croyez qu’ils ont compris qu’ils doivent regarder à droite et à gauche, et qu’ils le font, il y a toujours un moment où le gamin va traverser sans regarder, sans aucune raison apparente, et en courant ! (on l’a vu…)

C’est pourquoi, au bord de la route, les enfants doivent être surveillés comme de l’huile sur le feu, mais que les accidents peuvent hélas arriver.

Vous devez vous aussi porter un casque sur le vélo. L’exemplarité est importante.

Pour bien lui faire comprendre que vous voulez qu’il regarde avant de traverser, mieux vaut lui expliquer très tôt qu’entre lui et une voiture, c’est toujours la voiture qui gagne. Parce qu’une voiture, un bus ou un camion, c’est un rhinocéros, un éléphant, un hippopotame, bref, une chose qui contre laquelle votre enfant perdra toujours.

Pour les policiers, les pompiers, et autres habitués des accidents, il n’y a pas besoin de lui expliquer les conséquences de l’accident en détail.

Cela ne sert à rien d’être gore avec les enfants, et de leur faire imaginer des choses inimaginables. C’est une perte de temps et ils risquent de faire des cauchemars.

A lire : Rêves, nos enfants doivent avoir peur.

3. Ne pas faire de vélo sans casque

Pareil que pour traverser la route. Expliquez à votre enfant que le casque protège sa tête, sans entrer plus dans le détail. Il suffit de lui expliquer que sa tête est fragile et qu’il doit la protéger pour rester intelligent.

D’une part, il sera content de savoir que vous le trouvez intelligent, d’autre part, il sera content de protéger sa tête pour pouvoir le rester. Mais attention, vous devez vous aussi porter un casque sur le vélo. L’exemplarité est importante.

4. Ne pas se passer une ficelle autour du cou ou mettre un sac plastique sur la tête

Mieux vaut prévenir que guérir. Jetez ou rangez tout de suite les sacs plastiques que vous ramenez des courses. S’il a peu de risques de s’étrangler avec le lacet qu’il utilise pour entraîner sa dextérité en faisant des nœuds ou en passant dans des trous, ce n’est pas la même chose avec la tringle du volet roulant.

Votre enfant ne sera pas le premier à appeler sa maman ou son papa pour lui montrer fièrement qu’il a passé la sangle du volet roulant de sa chambre autour de son cou. Il ne sera pas non plus le premier à ne pas appeler et à se suspendre avec.

Moralité : si votre enfant a un enrouleur dans sa chambre, la maxime mieux vaut prévenir que guérir s’applique. Dévissez l’enrouleur pour le revisser bien plus haut, là où il ne pourra pas le chercher.

Servez-vous de ses lectures pour le faire manger et laissez tomber les explications diététiques.

Toutefois, vous devez aussi lui donner très tôt des explications sur pourquoi on ne met pas un sac sur la tête, et pourquoi on ne s’étrangle pas soi-même ni ses copains à l’école (les enfants ont leurs périodes de tests bizarres avec les copains).

Comme ça, vous lui éviterez peut-être d’avoir envie de jouer au jeu du foulard dans la cour de son école ou de son collège dans quelques années (dans l’éducation, il faut voir loin).

Quand ne devez vous pas donner d’explications ?

Dans quasiment tous les cas. Vous n’allez pas, par exemple, lui expliquer pourquoi il doit manger ses légumes (vitamines, fibres, croissance), c’est une perte de temps. Par contre, vous pouvez jouer sur ce qu’il veut ou aime.

S’il veut devenir grand, comme la majorité des petits, vous pouvez lui dire qu’il deviendra grand et fort comme papa, ou grande et belle comme maman. Mais cette explication ne va pas fonctionner longtemps.

Pour les explications rationnelles, expliquez-lui les choses avec des mots et des images qu’il est en capacité de comprendre.

Vous pouvez aussi lui expliquer qu’en mangeant les poivrons rouges, par exemple, il soufflera des flammes rouges comme Petit dragon dans son livre (d’ailleurs, les flammes, vous pouvez les voir, mais pas lui).

Il sait très bien qu’il n’y a pas de flammes lorsqu’il souffle, mais le jeu de rôle l’amuse et il va manger les poivrons. L’imaginaire a ses possibilités infinies et amusantes que les explications rationnelles n’ont pas.

Par conséquent, servez-vous de ses lectures pour le faire manger et laissez tomber les explications diététiques. Il s’en fiche comme lorsque, adolescent, il préférera manger un McDo plutôt qu’une salade niçoise.

Adaptez-vous à l’univers de votre enfant

Commencez toujours par ne pas donner d’explications à votre enfant, et si ça ne marche pas, puisez dans l’univers qui est le sien. Vous le connaissez, puisque c’est vous qui lui lisez les histoires.

Servez-vous des personnes qu’il aime, des lieux, des aventures qui s’y déroulent. Les enfants aiment être les personnages des aventures qu’ils connaissent.

Pour les explications rationnelles, expliquez-lui les choses avec des mots et des images qu’il est en capacité de comprendre.

C’est plus dur à faire après une journée de travail, mais une fois que le pli est pris, votre vie devient beaucoup plus simple.

Certains vont dire que c’est de la manipulation. Oui, mais il y a manipulation et manipulation. On va voir ça dans le prochain article.

A lire, épisode 9 : Parentalité positive : ne manipulez pas vos enfants

Référence

[1]
J. Gray, Children are from Heaven, positive parenting skills for raising cooperative, confident and compassionate Children, Harper &Collins Publisher, 2000, pages 46-47.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *