Image représentant un oiseau levant le bec vers le ciel, avec au deuxième plan une femme en position de Yoga devant un couché de soleil sur un ciel rouge.

Notre petite voix intérieure est-elle rendue possible par le développement du langage, comme le pensait le psychologue russe Vygotski, ou nous est-elle innée comme le supposent de récentes études[1] ?

Cette question n’est pas sans importance, car cette deuxième possibilité suppose que la pensée précède le langage, et non pas l’inverse.

La question de l’origine de la parole intérieure n’est toujours pas tranchée par la communauté scientifique. Toutefois, cela ne l’empêche pas d’être étudiée dans ses conséquences.

C’est peut-être même là qu’elle se manifeste le mieux : dans la schizophrénie.

Comment se définit la voix intérieure ?

Les scientifiques définissent le discours intérieur comme[2] :

  • Sans objet, c’est-à-dire qu’il existe en dehors de toute chose perceptible,
  • Egosyntonique, donc s’accordant avec les besoins, les valeurs et les objectifs de notre égo,
  • L’espace subjectif, donc à l’intérieur de soi-même,
  • La conscience de l’irréalité de cette voix.

Ces éléments ne résistent pas toujours à cette perception que nous pouvons avoir de notre propre voix. C’est ce que nous allons voir avec la schizophrénie.

Mais avant, rappelons que cette petite voix qui nous concerne presque tous, et n’occupe pas moins de 23% de notre temps quotidien éveillé[3], obéit également à d’autres caractéristiques.

Les caractéristiques de la parole intérieure ?

L’appeler “parole” est peut-être bien plus juste qu’on ne le croit. Pourquoi ? Parce que les neuroscientifiques ont mis en évidence plusieurs faits très intéressants.

Le premier est celui de l’évolution du cycle de la respiration. Lorsque l’on parle, notre expiration est longue, pour nous permettre d’articuler les sons. Au repos, elle suit un cycle symétrique, c’est-à-dire que nous inspirons aussi longtemps que nous expirons.

Lorsque notre parole intérieure s’exprime, notre temps d’expiration est plus long que celui que nous avons au repos, sans toutefois atteindre l’amplitude qu’il a lors de notre prise de parole à haute voix[4].

Autrement dit, notre parole intérieure active déjà le système moteur de notre parole extérieure. Mieux encore : le débit d’élocution varie également entre un individu qui bégaie et un individu qui ne souffre pas de trouble de l’élocution[5].

Le deuxième fait s’est révélé grâce aux EMG (électromyogramme). Réalisés sur les lèvres, les EMG ont permis de confirmer une activité des lèvres lors de l’usage de la voix intérieure par les personnes testées.

La voix intérieure possède donc[6] :

  • Un tempo similaire à notre voix extérieure,
  • Un cycle respiratoire asymétrique,
  • Une activité des lèvres.

Le troisième fait intéressant est celui de la phonologie. La parole intérieure commet les mêmes lapsus et biais lexicaux (changer un mot pour un autre fort ressemblant) que notre parole extérieure.

Pire, un individu qui bégaie voit la vitesse de sa voix intérieure être plus lente que celle d’un individu sans problème de diction.

Par conséquent, l’ensemble de ces découvertes déterminent qu’elle active aussi les représentations :

  • Abstraites,
  • Conceptuelles,
  • Lexicales,
  • Concrètes,
  • Phonologiques,
  • Articulatoires.

L’aspect articulatoire reste toutefois débattu parmi les scientifiques[7].

A lire : Mon enfant se parle à lui-même, est-ce grave ?

A quoi sert la voix intérieure ?

A beaucoup de choses. Notre voix intérieure permet notamment :

  • Notre pensée,
  • Le développement de notre langage,
  • Notre conscience et la conscience de nous-même,
  • Les mémoires de travail et d’autobiographie,
  • Notre autorégulation,
  • La planification de nos tâches futures,
  • L’écriture et la lecture,
  • La résolution de problèmes.

Et oui, elle nous est indispensable. Pourtant, il lui arrive aussi de perdre les pédales.

Quand la parole intérieure déraille

50% à 80% des schizophrènes entendent des voix[8]. C’est justement cette maladie qui a rendu possible l’étude des hallucinations auditives.

De base, la voix intérieure est subjective et se distingue dans notre esprit d’une voix extérieure. Elle n’a ni le même ton, ni la même forme linguistique et encore moins la même hauteur qu’une voix extérieure[9].

Sauf que parfois, le cerveau déraille, et cette voix intérieure peut non seulement sembler extérieure à celui qui l’émet, mais elle peut même se manifester sous la forme de plusieurs voix différentes. Une cacophonie qui touche certaines victimes d’hallucinations auditives.

C’est justement l’imagerie cérébrale fonctionnelle de ces malades qui a notamment permis de mieux comprendre comment se manifeste notre petite voix intérieure.

Références

[1]
P.-E. CAZA, 2014, Quelle est cette petite voix dans ma tête ?, Actualités UQAM (Université du Québec à Montréal), 28 avril 2014, site consulté en mars 2023.

[2]
L. A. Bentaleb, E. Stip, M. Beauregard, 2000, Santé mentale au Québec, 2000, volume XXV, 1, pages 243.

[3]
M. Perrone-Bertolotti, R. Grandchamp, L. Rapin, et autres, 2017, Langage intérieur, Traité de Neurolinguistique : du cerveau au langage, collection neuropsychologie, De Boeck Supérieur, pages 109-123.

[4]
M. Perrone-Bertolotti, R. Grandchamp, L. Rapin, et autres, 2017, Ibid.

[5]
M. Perrone-Bertolotti, R. Grandchamp, L. Rapin, et autres, 2017, Ibid., page 7.

[6]
M. Perrone-Bertolotti, R. Grandchamp, L. Rapin, et autres, 2017, Ibid., page 9.

[7]
M. Perrone-Bertolotti, R. Grandchamp, L. Rapin, et autres, 2017, Ibid., page 12.

[8]
L. A. Bentaleb, E. Stip, M. Beauregard, 2000, Santé mentale au Québec, 2000, volume XXV, 1, pages 241.

[9]
P.-E. CAZA, 2014, Ibid.

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