Cigarette allumée en train de fumer, sur fond noir

Vous voulez arrêter de fumer mais n’y parvenez pas ? Et si un vaccin contre la dépendance à la nicotine vous permettait enfin d’arrêter le tabac ? Un simple vaccin, comme antitétanique, qui vous permettrait d’un coup de vous passer de la cigarette.

Le vaccin contre la nicotine induit le développement d’anticorps qui vont s’attacher aux molécules de nicotine et empêcher leur entrée dans le cerveau.

Cette perspective peut ressembler à de la science fiction, et pourtant, c’est exactement ce que des scientifiques tentent de faire. On fait le point pour vous, sur cette technique à la frontière du réel.

Pas le temps de tout lire ?

  • Notre système immunitaire peut empêcher la nicotine d’atteindre notre cerveau.
  • Un vaccin contre la nicotine peut amener un fumeur à fumer plus, pour surcharger son système immunitaire.
  • Aucun vaccin n’a encore réussi à passer toutes les phases de test.

A lire : Quelles sont les conséquences du tabac sur le fœtus ?

Comment fonctionne le vaccin contre la nicotine ?

On pourrait plutôt parler des vaccins contre la nicotine, puisque plusieurs laboratoires sont sur les rangs pour développer ce vaccin miracle. Au-delà, des vaccins pour aider à guérir des addictions à la cocaïne, ou encore à l’héroïne pourraient être développés.

Certains fumeurs pourraient même fumer des cigarettes concurremment au port d’un patch de nicotine.

Le but est assez simple : le vaccin contre la nicotine[1] induit le développement d’anticorps qui vont s’attacher aux molécules de nicotine. Cette action accroît la taille de la molécule, qui devient alors trop grande pour passer la barrière du cerveau.

Sans atteindre le cerveau, la nicotine ne peut avoir cet effet addictif que subissent les fumeurs lorsqu’elle atteint les récepteurs nicotiniques. Pour arriver à ce résultat, cinq à six doses pourraient suffire pour être protégé durant plusieurs mois.

Vaccin anti-nicotine, quels effets sur le comportement du fumeur ?

S’il est accepté que le vaccin aura moins d’effets secondaires que les médicaments actuellement disponibles pour agir sur le système nerveux central, les vaccins contre la nicotine pourraient avoir un effet délétère via le comportement du fumeur.

Le NicVax semblait prometteur durant les premières phases de test mais, arrivé à la troisième phase, il s’est avéré qu’il n’avait pas plus d’effet sur les patients qu’un placebo.

En effet, empêcher la nicotine d’arriver au cerveau va nécessairement créer un effet de manque. Fumer le même nombre de cigarettes qu’habituellement ne permettra plus de ressentir les « bienfaits » de la cigarette.

Par conséquent, le fumeur peut être tenté de fumer un plus grand nombre de cigarettes[2], dans un laps de temps plus court, afin de surcharger le système immunitaire en molécules de nicotine. Ainsi, une partie des molécules de nicotine rejoindront les récepteurs de l’acétylcholine.

Pire, certains fumeurs pourraient même fumer des cigarettes concurremment au port d’un patch de nicotine. La raison sera exactement la même : inonder le sang de molécules de nicotine pour submerger la barrière immunitaire.

Vaccin contre la nicotine, un blocage en phase de test

Pour qu’un vaccin soit mis sur le marché, il doit passer quatre phases de test[3] :

  • Phase I, dite « sécurité – immunogénicité » : constitue la première administration à l’homme,
  • Phase II : définition du dosage et du calendrier,
  • Phase III, dite « efficacité – sécurité »: études pivot permettant à l’autorité d’apprécier l’autorisation de mise sur le marché (AMM),
  • Phase IV, dite « pharmaco-épidémiologie » : études post-AMM.

Quand bien même ces vaccins fonctionneraient, il n’est pas certain que leur effet ne soit pas contre-productif.

A l’heure actuelle, le vaccin le plus avancé pour lutter contre l’addiction à la nicotine est celui du NicVax, développé par l’entreprise Nabi Biopharmaceuticals, alors connu sous le nom de North American Biologicals Inc., avant d’avoir été racheté par Biota Pharmaceuticals, devenu depuis Aviragen Therapeutics.

Le NicVax semblait prometteur durant les premières phases de test mais, arrivé à la troisième phase, il s’est avéré qu’il n’avait pas plus d’effet sur les patients qu’un placebo[4]. Le groupe de contrôle auquel avait été donné un placebo n’avait en effet pas obtenu de moins bons résultats.

Conclusion

La communauté scientifique croit fortement en la possibilité de développer un vaccin permettant de lutter contre l’addiction à la nicotine. Toutefois, aucun produit n’a encore pu être mis sur le marché à ce-jour, faute de résultats concluants.

Quand bien même ces vaccins fonctionneraient, il n’est pas certain que leur effet ne soit pas contre-productif. Ce serait particulièrement le cas si le fumeur en sevrage décidait de fumer plus de cigarettes pour surcharger son système immunitaire.

Donc, pour le moment, il faut s’en remettre aux bons vieux patchs, sprays, et surtout, à la volonté, pour arrêter de fumer.

Références

[1]
Gartner C.E, Partridge B., 2012, Addiction Neuroscience and Tobacco Control, Addiction Neuroethics.

[2]
Gartner C.E, Partridge B., 2012, Addiction Neuroscience and Tobacco Control, Ibid.

[3]
Launay O., Recherche clinique (vaccinologie), Faculté de médecie, Université Paris Descartes.

[4]
Nabi Biopharmaceuticals Announces Results of Second NicVAX(R) Phase III Clinical Trial, Fiercebiotech, 7 novembre 2011, site consulté en novembre 2022.

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