Deux enfants souriants assis à un bureau avec un globe à leurs côtés et des livres.

Si Gray John titrait son livre Les enfants sont du paradis, sommes-nous responsables d’en faire des diables ? A l’image de cet ange déchu, nos enfants sont-ils naturellement bons et sommes-nous ceux qui les pervertissons ? 

A cette question profondément philosophique, aucune réponse scientifique n’a pu être apportée sur la nature intrinsèque de l’Homme. Peut-être parce qu’il n’existe pas qu’une seule nature humaine, mais bel et bien une myriade de caractères et de comportements. 

Dès lors, l’éducation positive, qui est aujourd’hui sur toutes les lèvres, peut-elle être efficace dans l’éducation de nos enfants ? 

Quels sont les adjectifs définissant l’éducation positive ? 

“Force”, 

“Confiance”, 

“Coopération”, 

“Compassion”.[1]

Voici les mots que l’éducation positive promet d’attacher à nos enfants. L’avènement de cette tendance ne doit rien au hasard. Si nos époques ont changé depuis le Moyen-âge, nos techniques éducatives sont encore d’un autre temps, et l’étude de l’enfance est restée bien timide.

Pourtant, les chiffres parlent d’eux-mêmes, dans un monde où l’éducation positive est encore loin de faire des émules.

La violence de la jeunesse en chiffres

  • 200 000 : c’est le nombre de meurtres commis chaque année dans le monde par les 10-29 ans,[2]
  • 42% : c’est la part des meurtres commis par les 10-29 ans, 
  • 4 : l’homicide est la 4ème cause de mortalité des 10-29 ans, 
  • 84% : c’est le taux d’hommes qui en sont victimes, 
  • 3 à 24% : c’est la part de femmes déclarant que leur premier rapport sexuel était un viol.
  • 42% : c’est le nombre de garçons victimes de harcèlement, 
  • 37% : c’est le nombre de filles victimes de harcèlement. 

Vous pensez déjà que la jeunesse a un problème ? Vous n’êtes pas au bout de vos peines, car voici les personnes qui les entourent aux Etats-Unis[3] :

  • 64% : c’est le nombre de consommateurs de drogues
  • 54% : le nombre de consommateurs dans l’année de l’enquête, 
  • 2% : le nombre de personnes se droguant par injection.
  • 19 minutes : 1 bébé accro à l’héroïne naît toutes les 19 minutes aux Etats-Unis[4].

Dès lors, pour prendre en exemple un pays qui aime communiquer des statistiques, les chiffres se traduisent comme suit chez les enfants anglais[5] :

  • 24% des enfants de 11 à 15 ans se sont drogués,
  • 31% jugent que l’accès à la drogue est facile,
  • 57% ont acquis la drogue d’un ami, 
  • 11% d’un dealer,
  • 44% l’ont obtenu dans la rue, 
  • 12% directement à l’école. 

La France n’est pas en reste, puisque[6] :

  • 18.9% des garçons âgés de 17 ans consomment du Cannabis et 7.6% des filles, 
  • 4% ont déjà consommé des champignons hallucinogènes et de l’ecstasy,
  • 2% de la cocaïne,
  • Moins de 1% de l’héroïne et du crack. 

La parentalité positive peut-elle seulement éviter ce genre d’écueils à nos enfants ?

Quel est l’objectif de la parentalité positive ?

Éduquer des enfants[7] :

  • Compassionnels, 
  • Confiants, 
  • Capables.

Cette ambition peut faire naître du scepticisme. En effet, un enfant confiant, qui aurait l’empire émotionnel et intellectuel pour être un leader, peut-il seulement être un enfant obéissant ?

Littéralement, l’éducation positive veut des “leaders confiants, qui sont capable de créer leur propre destinée, sans suivre les traces de ceux qui les ont précédés[8].”

A chercher à faire de lui un Nietzschéen, c’est-à-dire un enfant qui ne suit rien ni personne, doute de l’enseignement de chacun et même de l’enseignant, peut-il seulement être soumis à l’autorité parentale ?

L’éducation positive vise justement à faire l’économie de la soumission, mais pas de l’obéissance. Pourquoi ? Car, comme l’écrit ce même Nietzsche avec raison : 

“Il n’existe pas de bon savant, qui n’ait en lui les instincts du bon soldat… Savoir commander, et aussi savoir obéir fièrement ; être posté à sa place, dans son rang, mais capable aussi, à tout moment, de conduire ; préférer le danger aux aises ; ne pas peser sur une balance d’épicier ce qui est permis et ce qui est défendu ; être l’ennemi de ce qui est mesquin, rusé, parasitaire, plus que de ce qui est mal… – qu’apprend-on à une dure école ? Commander et obéir.[9]

On ne peut savoir, ni se commander soi-même, ni commander aux autres, si l’on ne sait obéir ni à soi ni aux autres. Comme l'”on commande à celui qui ne sait pas s’obéir à lui-même”[10], négliger la parentalité positive, c’est justement prendre le risque de n’éduquer un enfant qu’à la soumission, et à le voir se complaire toute sa vie dans une obéissance passive.

Commandement, obéissance, soumission, comment éduquer sans recourir aux châtiments corporels ?

L’éducation à l’ancienne, c’est quoi ? 

C’est une éducation basée sur les châtiments corporels, qui vont de la fessée reçue à l’école jusqu’aux coups de règles et autres humiliations devant la classe. Bien sûr, cette éducation a son extension à la maison.

Le problème n’est pas nouveau, comme la revue pédagogique de 1985  en donne un aperçu : 

“Dans la discussion du  budget de l’instruction publique au Landtag prussien, un député polonais, M. Czarlinski, s’est plaint de l’emploi de châtiments corporels à l’école, et il a attribué la fréquence des punitions, dans les écoles de la province de Posen, au fait que l’enseignement se donne dans une langue que les enfants ne comprennent pas. Le ministre, le Dr Bosse, a déclaré que les châtiments corporels étaient nécessaires : “Il y a des enfants si mal élevés, qu’ils  ont besoin de la verge. La Bible le dit : Celui qui aime ses enfants les châtie.” Et il a ajouté qu’il ne croyait pas qu’il y eût des abus.”[11]

Le cas prussien n’était pas isolé. En France, à la même période, l’inspecteur d’académie de la Marne adressait une circulaire aux inspecteurs du primaire dans laquelle il écrivait :

“J’ai eu plus d’une fois l’occasion de faire remarquer que les châtiments corporels, si usités jadis, ne sont pas moins en opposition avec le progrès des mœurs publiques qu’avec les règles de la pédagogie la plus élémentaire. Un maître, en général, ne recourt à ce triste moyen de discipline que lorsqu’il n’a pas su acquérir sur ses élèves une autorité suffisante : c’est son impuissance morale qu’il affirme, c’est sa propre condamnation qu’il prononce lorsqu’il vient à substituer la brutalité à une répression normale, seule propre à contenir les instincts mauvais et à réformer les caractères sans les aigrir.”[12]

En France, cette évolution des moeurs a été inscrite dans la législation dès 1803 en ce qui concerne l’interdiction des châtiments corporels à l’école. Dans les faits, ils dureront jusque dans les années 1970-1980.

Dans les familles, c’est la loi “anti-fessée” du 10 juillet 2019, qui est venue interdire les châtiments corporels dans la sphère familiale. Seul problème : quelle solution a été proposée aux parents pour faire comprendre les limites à leurs enfants ? 

C’est ici que l’éducation positive prend sa place, puisqu’elle est même l’objectif de la cour européenne des droits de l’homme pour tous les Etats du continent. Les juristes de la cour définissent la parentalité positive comme “un comportement fondé sur l’intérêt supérieur de l’enfant et le respect de ses droits, qui vise à l’élever et à le responsabiliser, qui est non violent dans lequel les parents n’ont recours à aucun châtiment corporel ou psychologiquement humiliant pour résoudre un conflit ou enseigner la discipline et le respect. Une véritable discipline ne saurait être enseignée par la violence.”[13]

Qui pour l’enseigner ? A vous de trouver les ressources, et voici la raison pour laquelle cette série entend vous apprendre tout ce que vous devez savoir sur l’éducation positive de vos enfants.

A lire, épisode 2 : Education positive : pourquoi proscrire les punitions physiques ?

Références

[1]
Gray J., 2000, Children are from Heaven, positive parenting skills for raising cooperative, confident

[2]
Youth Violence, Organisation Mondiale de la Santé (OMS), 08 juin 2020, site consulté en janvier 2023.

[3]
L. Ashton, 2022Percentage of global drug users that have used either legal or illegal drugs within selected time periods as of 2017, Statistica, site consulté en janvier 2023.

[4]
2015, Le fléau des bébés nés avec une addiction à la drogue, L’Express, 10 décembre 2015, site consulté en janvier 2023.

[5]
2019, Statistics on Drug Misuse, England, NHS, 28 novembre 2019, site consulté en janvier 2023.

[6]
Y. Leurs, 2006, La consommation de drogues, d’alcool et de tabac chez les jeunes Limousins, INSEE, site consulté en janvier 2023.

[7]
J. Gray, Ibid.

[8]
J. Gray, Ibid., page XXV.

[9]
F. Nietzsche, 1887, La volonté de puissance, Essai d’une transmutation de toutes les valeurs, page 447.

[10]
F. Nietzsche, 1848, Ainsi parlait Zarathoustra, Société du Mercure de France éditeur, Leipzig page 157.

[11]
1895, L’enseignement public : revue pédagogique, nouvelle série, tome XXVI, janvier-juin 1895, Librairie Ch. Delagrave éditions, page 380.

[12]
1895, L’enseignement public : revue pédagogique, nouvelle série, tome XXVI, janvier-juin 1895, Librairie Ch. Delagrave éditions, page 568.

[13]
Châtiment corporel, Conseil de l’Europe, site consulté en janvier 2023.

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