Sticker no bébé panneau les jeunes ne veulent pas d'enfant

On les appelle les « No bébé »[1] ou les « Dinks »[2]. Pour les non-initiés, ce sont plus simplement les jeunes qui ne veulent pas d’enfant. Une situation pas si simple pour le politique, qui voit dans la baisse de la natalité un risque économique pour la nation.

Peur de l’avenir, ou inavouable hédonisme ? D’où nous vient cette tendance et que représente-t-elle réellement ? 

Pourquoi la baisse de la démographie est-elle problématique ? 

Commençons par dire que le problème démographique est réel, et qu’il est un sérieux problème. Rien qu’entre 2022 et 2023, le nombre de naissances en France a chuté de 6.6%. Si l’on compte depuis 2010, c’est une chute de 20%. La seule année à faire mieux depuis 1945 ? L’année 1993-1994[3].

Le problème est monté jusqu’au Sénat, où l’on s’interroge sur les causes de ce désamour pour la parentalité[4]

  • Pauvreté ? 
  • Manque de prestations sociales ? 
  • Absence d’aides de l’Etat (crèches, organisation du travail, etc.). 

Si la baisse de la natalité inquiète tant les décideurs politiques, c’est parce que la dénatalité est directement de nature à impacter la puissance économique de la nation. Avec le déclin de la population, c’est[5]

  • Moins d’innovations, 
  • Moins de création de richesses, 
  • Moins de solidarité (régime de retraite, assurance maladie, etc.), 
  • Une croissance négative, voire une décroissance économique. 

Par conséquent, il est possible de juger de l’avenir d’un pays à l’aune de son indice démographique. Mais avant de s’interroger sur les causes du refus des jeunes de faire des enfants, il faut se demander si cette tendance est bien réelle, ou si l’on ne fait pas dire aux chiffres ce que l’on veut qu’ils disent. 

La baisse de la natalité est-elle conjoncturelle ou structurelle ? 

A l’heure actuelle, il n’est pas possible de trancher la question. En effet, il est tout à fait possible que ce recul soit en réalité purement conjoncturel. Par exemple, dans les années 1980, 1990 et 2010, des tendances baissières similaires à celle-ci avaient déjà été observées, tandis que, dans la deuxième moitié des années 1990, ainsi que dans les années 2000, des hausses apparaissaient.  

Autre problématique : l’âge des primipares. C’est-à-dire l’âge auquel les femmes donnent naissance à leur premier enfant. En 50 ans, celui-ci est passé de 24 ans à 29 ans. Autrement dit, pour toutes les femmes qui sont nées après 1993, on ne saura pas avant 2043 si elles ont fait monter ou descendre la moyenne nationale[6].  

Disons-le donc tout de suite, la baisse de l’indice est, à l’heure actuelle, conjoncturelle. Par conséquent, rien ne dit que le pire est à venir. C’est peut-être d’ailleurs sur ce point qu’il faut s’attarder. 

Non-envie d’enfants : catastrophisme ou réalité ? 

Qui n’a jamais dit dans sa jeunesse qu’il ne voulait pas d’enfants, pour finalement se retrouver avec un, deux, trois ou quatre bambins ? Des chercheurs ont tenté de quantifier la volonté des jeunes de ne plus vouloir enfanter, au travers de l’enquête Fecond, réalisée en 2014. 

Les chiffres qu’ils ont révélés sont loin d’être aussi dramatiques que ce qui peut être rapporté ça et là sur internet. Ainsi, ils nous apprennent que seuls 6.3% des hommes et 4.3% des femmes sans enfants déclarent ne pas en vouloir. En termes de phénomène de mode, on a vu mieux. 

Si vous êtes ici parce que vous avez entendu, autour de vous, des jeunes jurer qu’ils ne veulent pas se reproduire, c’est peut être que vous avez parlé avec des femmes diplômées du supérieur, ou des hommes non diplômés. Vous voyez peut-être apparaître, en ligne de fond, les impératifs sociaux.  

En effet, du côté des femmes diplômées du supérieur, leur développement de carrière fait que leur temps libre consacré à la famille se réduit naturellement. Or, dans notre société, une bonne mère est vue comme une femme aménageant son temps autour de ses enfants.

A l’inverse, les hommes diplômés du supérieur sont plus nombreux à vouloir des enfants que les hommes non diplômés. Pourquoi ? Parce qu’ils sont vus comme de bons partis, c’est-à-dire des hommes capables de générer des ressources.

L’analyse de l’infécondité définitive rejoint ces déclarations : les femmes diplômées sont les plus représentées parmi les citoyennes sans enfant, tandis que les hommes non diplômés sont les plus représentés parmi les citoyens sans enfant[7]

Mais quel est le ressort de cette volonté de vivre sans enfants ? 

Crainte de l’avenir ou égoïsme ? 

Pour expliquer la volonté des jeunes de ne plus avoir d’enfants, les causes environnementales et sociales sont souvent mises en avant. On fait ainsi appel à[8]

  • L’éco-anxiété, 
  • La perte de sens, 
  • Le manque de confiance en l’avenir. 

Autant de discours catastrophistes qui sont repris en boucle par les chaînes d’information en continu, les journaux et les posts des réseaux sociaux. Il suffit de les regarder ou de les lire pour s’en convaincre. Au point que dans les sciences sociales, on en finit plus de qualifier l’information, comme une « déréalisation », une « spectacularisation », une « théâtralisation » quand on n’utilise tout simplement pas les termes « d’affabulation » et de « mensonge »[9].

En réalité, cette volonté de ne plus avoir d’enfant a peut-être un ressort bien moins glamour que celui d’un malthusianisme né du pressentiment de l’apocalypse : l’égoïsme.

Dans l’étude Fecond, ils sont 8 hommes et femmes sur 10 à déclarer « être bien sans enfant »[10]. Ces derniers ont aujourd’hui d’autres priorités que celle de fonder un foyer. Ils sont aujourd’hui nombreux, ceux qui refusent tout simplement de mettre fin à leur période « libre » d’enfants. Une période où ils peuvent sortir comme ils le souhaitent et s’adonner librement à ce qui les divertit.  

L’urgence environnementale, l’inflation, le risque de guerres, comme explication à cette tendance « no bébé », ne serait en réalité qu’une manière, plus socialement acceptable, de justifier leur aspiration à une vie hédoniste. Pour eux, le bonheur se conçoit dorénavant sans enfants, et la science leur donne raison. C’est ce que nous avons vu dans l’article consacré à la mère parfaite

Références

[1]
N. Dubessay, Génération « No bébé » : ils ne veulent pas d’enfants… Mais doivent toujours le justifier, L’Humanité, 27 novembre 2023.

[2]
E. Cartier, Qui sont les « Dinks », ces jeunes couples qui ne veulent pas d’enfants et qui l’assument pleinement, TF1 Info, 17 février 2024.

[3]
Faut-il s’inquiéter d’une baisse de la natalité ?, Muséum National d’Histoire Naturelle, 2 février 2024.

[4]
S. Duguet, Baisse de la natalité : « Il est important de comprendre pourquoi les personnes renoncent à avoir des enfants », Public Sénat, janvier 2024.

[5]
S. Ravier, Causes et conséquences de la dénatalité en France, Sénat, texte n°281, 2023-2024.

[6]
Ibid., Muséum National d’Histoire Naturelle, 2 février 2024.

[7]
C. Debest, M. Mazuy, Rester sans enfant : un choix de vie à contre-courant, Population & Sociétés, Numéro 508, février 2014.

[8]
S. Ravier, Ibid.

[9]
Y. Vérilhac, Déréalisation et sensationnalisme dans le traitement de l’affaire Lindbergh : vers une poétique historique des médias, Open Edition Journals, 24 | 2019.

[10]
C. Debest, M. Mazuy, Ibid.

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