Cuillère de sucre avec une framboise

Officiellement, pour trois raisons : 

  • Assurer une meilleure texture aux aliments,
  • Améliorer le goût, 
  • Donner une plus belle couleur.

Officieusement, pour des raisons qui reposent bien plus sur l’addiction à un produit, grâce au bliss-point. Ce qui donne lieu à des chiffres totalement fous : 

  • 35 kilogrammes, c’est la quantité de sucre consommée annuellement par chaque Français [1] .
  • Entre 68 et 77 kilogrammes, c’est la consommation de sucre annuelle moyenne d’un Américain, 
  • Entre 1.8 et 2.7 kilogrammes, c’était la consommation de sucre moyenne d’un Américain en 1700 [2] ,
  • 709 000 : c’est le nombre de personnes qui meurent annuellement dans le monde d’une maladie cardiaque liée à un excès de sucre dans le sang. 
  • 959 000 : le nombre de mort annuel des suites du diabète [3] .

C’est justement cette maladie qui impacte de plus en plus lourdement les populations, puisque le diabète touche : 

  • En France : 5.3% de la population [4] ,
  • Au Canada : 7.3% de la population [5] ,
  • Aux Etats-Unis : 10.3% de la population [6] ,
  • En Chine : 10% de la population, [7]
  • En Papouasie Nouvelle-Guinée : 11.8% de la population. [8]

Qu’il s’agisse des pays développés ou des pays en voie de développement, le sucre frappe tout le monde.. Pourquoi ? Parce qu’il se trouve ajouté, sous forme de sucre libre, dans toutes les nourritures que l’on achète. 

Pourtant, peu de politiques sont mises en place pour assurer un meilleur contrôle de ces taux de sucre qui se retrouvent dans presque tous les aliments des grandes surfaces. Pour quelle raison ? Nous avons trouvé des éléments de réponse. 

Pas le temps de tout lire ? 

  • La preuve que l’industrie du sucre truque les études scientifiques a été apportée.
  • 6 cuillères à café de sucre sont largement suffisantes dans la journée.
  • Un seul verre de Coca-Cola représente plus de 6 cuillères à café de sucre [10] .
  • Jusqu’à 98.5% des pizzas vendues en supermarché contiennent du sucre ajouté.
  • Le sucre participe au bliss-point, un point de félicité qui engendre d’autant mieux l’addiction.
  • ¾ des enfants veulent que leurs parents achètent les produits qu’ils voient à la télévision.
  • Les publicités pour les produits sucrés ne sont pas interdites. 

Quelle quantité de sucre ne doit-on pas dépasser quotidiennement ?   

L’OMS préconise de ne pas consommer plus que l’équivalent de 6 cuillères à café de sucre par jour, que cela soit pour les enfants ou pour les adultes [9] . Ceux qui consomment aussi peu de sucres réduisent : 

  • Le risque de surpoids, 
  • Le risque de devenir obèse, 
  • Les caries dentaires. 

Seul problème. 6 cuillères à café de sucre sont l’équivalent de 25 grammes de sucre. Pour arriver à cette dose journalière en sucre, il suffit de : 

  • Un verre de Coca-Cola de 250 ml : 27 grammes de sucre,
  • 4 tranches de pain de mie : 24 grammes [11] ,
  • 4 galettes de riz : 24 grammes [12] ,
  • 5 BN fourrés chocolat : 27 grammes [13] .

Disons que vous prenez deux BN (10.8 grammes de sucre), accompagnés d’un verre de Coca-Cola (27 grammes de sucre), d’une tranche de pain (6 grammes de sucre) et d’une galette de riz (6 grammes de riz), et vous voici déjà avec un total de 49.8 grammes de sucre ingéré. Vous êtes encore loin d’avoir mangé un repas complet.

Pourtant, avec ces 49.8 grammes de sucre, vous avez déjà atteint la valeur haute recommandée par l’OMS, soit 10% d’une ration énergétique journalière [14] . La journée ne fait que commencer. 

Parce que 35 kilogrammes de sucre divisé par 365 jours, cela fait 96 grammes de sucre consommé par jour, en moyenne, par chaque Français. D’ailleurs, les Canadiens consomment en moyenne 110 grammes de sucre par jour [15] , et les Américains plus de 120 grammes [16] .

Si vous voyez le rapport entre la consommation de sucre par tête et le taux de diabète dans la société, vous ne comprenez peut-être pas pourquoi l’ajout de sucre dans les aliments n’est pas interdit aux industriels de l’agroalimentaire. Les scientifiques se sont posé la même question que vous, et ont également tenté de trouver des réponses. 

C’est notamment le cas d’Inès Barkatou, docteure en chirurgie dentaire, qui a consacré des recherches sur l’influence de l’industrie du sucre dans la recherche en santé [17] . Ses conclusions sont claires.

A lire : Caries chez les enfants, limitez le sucre

Quelle est le rôle des industriels du sucre dans la dégradation de notre santé

La docteur Inès Barkatou n’y va pas par quatre chemins. Elle conclut son travail par les mots suivants : “En empruntant à l’industrie du tabac ses stratégies de communication, l’industrie du sucre fait pression sur les gouvernements, sur les autorités de santé, sur les scientifiques, sur les professionnels de santé, tout en effectuant un marketing agressif auprès de la population générale, pour assurer la pérennité de la vente de ses produits.” [18]

Etudes scientifiques biaisées par des chercheurs employés par des multinationales comme Kellogg’s, populations négligées par des pouvoirs publics aveuglés, législateurs sous perfusion des lobbyistes. C’est un tableau noir que dresse la doctoresse. 

Pour réussir à imposer leurs sucres ajoutés, qui officiellement concourent à la texture, à la couleur et au goût des aliments [19] (et non à l’induction d’une dépendance au sucre et donc au produit), les industriels se reposent sur 4 principaux leviers : 

  1. Le marketing, 
  2. Le manque de lisibilité des étiquettes,
  3. La production d’études scientifiques biaisées.
  4. Le lobbying.

1. Le marketing du sucre

Le marché du sucre pèse 38.58 milliards de dollars, et à l’horizon 2029 les projections le placent à plus de 46 milliards de dollars [20] . Une hausse qui repose notamment sur sa capacité à s’imposer aux consommateurs par des publicités bien rodées.

En 2020, le géant du sucre Daddy menait une campagne publicitaire associant ses paquets de sucre à des pieds de betteraves [21] . Une manière d’ajouter une touche écolo à un produit qui est tout sauf un fruit ou un légume. 

La publicité n’est pas menée que par les plus grandes entreprises du sucre. La preuve en est le T-man, un petit bonhomme en sucre dont les publicités racontent les aventures au profit de la raffinerie de Tirlemont, en Belgique [22] .

Le problème, c’est que ces publicités fonctionnent. Le sénateur Français Roland Courteau faisait ainsi remarquer à la chambre haute un lien évident entre obésité infantile et publicités pour le sucre à la télévision. Il soulignait ainsi que 2 enfants sur 3 préfèrent les produits qu’ils voient à la télévision, et que 80% des parents les leur achètent [23] .

Heureusement, comme le rappelait alors le ministère des solidarités et de la santé, un message sanitaire est obligatoire sur ces publicités. Il s’agit du fameux “Pour votre santé, mangez au moins 5 fruits et légumes par jour.” Les enfants sont sauvés !

Il n’y a pas que dans les publicités que la lisibilité des messages contre le sucre est douteuse, mais également sur les étiquettes des produits.

2. Des étiquettes volontairement difficiles à déchiffrer ? 

Le sucre ajouté, c’est 30 dénominations différentes sur les étiquettes des produits vendus en supermarché. On parie que vous ne saviez pas que ceux-ci sont du sucre [24] :

  • La pâte de datte,
  • Les cristaux de Floride, 
  • Le galactose, 
  • Le panocha.

Pourtant, ils sont partout. 2 produits pré-emballés sur trois contiennent du sucre ajouté. Ce chiffre monte à 98.5% pour les pizzas, et à 78.2% pour les soupes [25] .

3. Produire des études scientifiques biaisées

En 2016, le prestigieux journal New-York Times publiait un article titré “Comment l’industrie du sucre a rejeté la faute sur les graisses.” [26] L’histoire que rapportent les journalistes est un cas d’école de la manipulation de données scientifiques. 

Dès les années 1960, l’industrie sucrière, au travers de ce qui est aujourd’hui la Sugar Association, a payé des chercheurs 50 000$ pour publier un article exonérant le rôle du sucre sur la survenue de maladies cardiovasculaires. A la place, ils pointèrent du doigt les graisses. 

Le travail de désinformations de ces chercheurs soudoyés ne s’est pas limité à un article publié dans le New England Journal of Medicine. Coca-Cola a déjà largement dépassé les millions de dollars en rétribution de chercheurs. Le but : démontrer que les boissons sucrées n’ont aucun lien avec l’obésité. 

L’article ouvre sur des perspectives encore plus sombres : grâce à sa puissance financière, l’industrie sucrière est parvenue à orienter les grandes lignes de la diététique. D’ailleurs, l’un des scientifiques soudoyé dans les années 1960, Mark Hegsted, est devenu le directeur du service nutrition auprès du département de l’agriculture du gouvernement américain. 

C’est ici que l’achat de scientifiques pour animer le débat scientifique avec de faux résultats rejoint le lobbying politique. 

4. Le lobbying politique de l’industrie du sucre 

En 2016 encore, c’est au tour du Orlando Sentinel de rapporter d’inquiétantes pratiques de l’industrie sucrière en Floride [27] . Ainsi, de 1994 à 2016, ce ne sont pas moins de 57.8 millions de dollars qui ont été distribués par la United States Sugar et la Florida Crystals aux politiciens locaux. Le but : alléger la régulation environnementale de l’Etat de Floride, et contrecarrer les initiatives tendant au nettoyage des Everglades. 

Ce lobbying s’applique partout. En Inde, de 1993 à 2005, sur 183 usines de sucre, 101 voyaient leur président se présenter à des élections locales ou nationales [28] . Un goût pour la politique qui soulève quelques interrogations. 

Dans les couloirs du parlement européen et du conseil de l’Union européenne à Bruxelles, plus de soixante associations travaillent d’arrache-pied pour garantir à l’industrie sucrière des réglementations minimalistes [29] .

Le sucre ajouté vise à atteindre le bliss-point

Voici la raison de l’ajout de sucre dans les aliments préparés par l’industrie alimentaire : atteindre le bliss-point, ou “point de félicité” [30] . Il s’agit du moment où l’expérience gustative d’un aliment atteint son paroxysme. 

C’est dans les années 1990, que les industriels de l’agro-alimentaire se sont rendus compte qu’en combinant le sel, le sucre et la graisse, ils pouvaient créer chez le consommateur un sentiment de satiété et de plaisir [31] .

Si leurs bénéfices ont atteint des sommets, les maladies liées au sucre les ont également atteints. Face à la flambée des cas d’obésité, de diabète de type II, et de maladies cardiovasculaires qui s’en sont suivies, les barons de l’industrie sucrière américaine se sont réunis en 1999 pour déterminer comment étouffer le problème [32] .

Depuis, ce point de félicité ne s’est jamais aussi bien porté. Du sucre, du sel, du gras, “bien manger, c’est le début du bonheur”, jusqu’à la mort.

Références

[1]
Barkatou I., 2019, L’influence de l’industrie du sucre dans la recherche en santé, Université de Bordeaux, 24 juin 2019, page 11.

[2]
Rao P., Rodriguez R.L., Shoemaker S.P., 2018, Addressing the sugar, salt, and fat issue the science of food way, NPJ Science of Food, 16 juillet 2018, doi : 10.1038/s41538-018-0020-x

[3]
Danaei G., Lawes C.M.M., Vander Hoorn S., et autres, 2006, Global and regional mortality from ischaemic heart disease and stroke attributable to higher-than-optimum blood glucose concentration: comparative risk assessment, The Lancet, novembre 2006, doi : 10.1016/S0140-6736(06)69700-6.

[4]
, 2021, Le diabète en France : les chiffres 2020, Santé Publique France, 10 novembre 2021, site consulté en novembre 2022.

[5]
2018, Diabète 2017, Statistique Canada, 14 novembre 2018, site consulté en novembre 2022.

[6]
2020, Diabetes statistics, National Institude of Diabetes and Digestive and Kidney Diseases, décembre 2020, site consulté en novembre 2022.

[7]
2016, Rate of diabetes in China “explosive”, Organisation mondiale de la santé, 6 avril 2016, site consulté en novembre 2022.

[8]
2016, Papua New Guinea, Diabetes Country profiles, Organisation mondiale de la santé, 2016, site consulté en novembre 2022.

[9]
2015, L’OMS appelle les pays à réduire l’apport en sucres chez les adultes et l’enfant, Organisation Mondiale de la Santé, 4 mars 2015, site consulté en novembre 2022.

[10]
Coca-Cola, site Coca-Cola Belgique, consulté en novembre 2022.

[11]
Roy A., 2021, Ici radio-Canada, 10 février 2021, site consulté en novembre 2022.

[12]
Healthy Student, 2016, Facebook, 21 mars 2016, site consulté en novembre 2022.

[13]
Biscuit chocolat BN, 285 grammes, Carrefour, 5.4 grammes de sucre pour une portion de 18.1 grammes, site consulté en novembre 2022

[14]
2015, L’OMS appelle les pas à réduire l’apport en sucres chez l’adulte et l’enfant, Organisation Mondiale de la Santé, 04 mars 2015

[15]
Niosi L., Guilbault J.P., Bouliane, A., Combien de sucre dans vos aliments ? Ici Radio Canada, site consulté en novembre 2022.

[16]
Rauline N., 2018, Aux Etats-Unis, le règne du sucre est contesté, Les Echos, 30 juillet 2018, site consulté en novembre 2022.

[17]
Barkatou I., 2019, L’influence du sucre dans la recherche en santé, Ibid.

[18]
Barkatou I., 2019, L’influence du sucre dans la recherche en santé, Ibid. page 75.

[19]
2022, Sucres : les sucres et votre santé, Gouvernement du Canada, 30 juin 2022, site consulté en novembre 2022.

[20]
Industrial Sugar Market Size, Share & Covid-19 Impact Analysis, By Source (Cane Sugar and Beet Sugar), Type (White Sugar, Brown Sugar, and Liquid Sugar, End Use (Beverages, Confectionary, Bakery Products, Dairy Products and Other Food Applications), and Regional Forecast, 2022-2029, Fortune Business Insights, site consulté en novembre 2022.

[21]
2020, Sucre : la pub “ludique et décalée” de Daddy ne passe pas”, 60 millions de consommateurs, 28 octobre 2020, site consulté en novembre 2022.

[22]
L’histoire de T-ManTiensesuiker.

[23]
Courteau R., Sénateur, 2017, Messages publicitaires portant sur les boissons et les produits alimentaires les pluss gras, salés ou sucrés, Sénat, question du 16 novembre 2017, 15ème législature, page 3548, réponse du ministère des solidarités et de la santé du 22 février 2018, page 855.

[24]
Barkatou I., 2019, L’influence du sucre dans la recherche en santé, Ibid.

[25]
Barkatou I., 2019, L’influence du sucre dans la recherche en santé, Ibid., page 33.

[26]
O’Connor A., 2016, How the Sugar Industry Shifted Blame to Fat, New-York Times, 12 septembre 2016.

[27]
2016, Sugar industry gave $57.8 million to politicians, reports show, Orlando Sentinel, 12 juillet 2016.

[28]
Sukhtankar S., 2012, Sweetening the Deal ? Political Connections and Sugar Mills in India, Darmouth College, 7-2012.

[29]
2019, De la gourmandise aux lobbys, France Culture, 24 décembre 2019, épisode 2/4.

[30]
Barkatou I., 2019, L’influence du sucre dans la recherche en santé, Ibid., page 34.

[31]
Rao P., Rodriguez R.L., Shoemaker S.P., 2018, Addressing the sugar, salt, and fat issue the science of food way, Ibid..

[32]
Rao P., Rodriguez R.L., Shoemaker S.P., 2018, Addressing the sugar, salt, and fat issue the science of food way, Ibid..

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