Femme enceinte couchée avec un bandeau autour du ventre symbolisant la prégorexie.

La pregorexie, empruntée aux médias anglo-saxons « pregorexia », est une appellation médiatique visant les troubles du comportement alimentaire, plus particulièrement la tendance anorexique. Il s’agit d’un contrôle sur la prise de poids, par le calcul des calories consommées, accompagné d’une augmentation de l’activité physique.

Apparu aux alentours des années 2010 dans les médias [1], le terme de «prégorexie» a fini par inquiéter la communauté médicale [2], qui a vu affluer nombre de patientes ne faisant plus part de leurs troubles alimentaires. La raison La lecture des articles rédigés sur internet, dont la symptomatologie ne couvrait pas parfaitement ce qu’elles ressentaient.

Derrière ce mot valise, se cachent en réalité les troubles classiques du comportement alimentaire :

  • Anorexie,
  • Boulimie,
  • Hyperphagie boulimique.

A lire : Grossesse et anorexie, quelles conséquences pour le fœtus ?

Toutefois, le terme est loin de n’être qu’une invention journalistique, car des raisons justifient son apparition, notamment celle d’une tendance née de nos canons de beauté contemporains.

Certaines promettent même un objectif de 0 kilogramme de prise de poids durant la grossesse. Un message putaclic qui en dit long sur le jeu des influenceuses, quand une femme enceinte doit au moins prendre entre 10 et 15 kilogrammes durant sa grossesse.

Ce qu’il faut retenir

  • La prégorexie a des conséquences sur le fœtus et sur l’enfant.
  • La prégorexie est apparue vers 2004, à New-York.
  • Une femme enceinte doit prendre entre 11 et 15 kilogrammes durant sa grossesse.
  • Les célébrités et les influenceuses portent une lourde responsabilité quant à la prégorexie.
  • Une femme sur quatre ne prend pas assez de poids durant sa grossesse.

La pregorexie est née de la folie des femmes New-Yorkaises

Si le terme ne s’est imposé dans les médias qu’aux alentours de 2010, la pregorexie était quant à elle déjà présente en 2004, lorsque des New-Yorkaises [3], cherchant à rester à la mode, décidèrent de garder le contrôle de leur corps durant leur grossesse.

Pour ce faire, elles n’hésitèrent pas à se lancer dans des exercices physiques impactant directement leur cardio, jusqu’à pousser leur fréquence cardiaque à la limite de ce qui est considéré comme sûr. En 2022, la tendance est toujours autant d’actualité.

Pour s’en convaincre, il suffit de faire une recherche sur Youtube concernant la perte de poids durant la grossesse, pour constater que cette pratique physique a même trouvé un nom : HIIT.

Qu’est-ce que le HIIT ?

HIIT, est l’acronyme d’une pratique physique signifiant « High-intensity interval training ». Ce qui se traduit par « entraînement par intervalles à haute intensité ». Autrement dit, il s’agit de réaliser un exercice de 10 secondes à une minute, suivi d’une période de récupération active de la même durée, puis de recommencer l’exercice entre 3 et 10 fois de suite.

Les femmes d’une clinique privée d’Islamabad, souffrant de troubles de l’alimentation, étaient touchées à 93.33% par l’anorexie nervosa.

Le but ? Brûler les graisses. Les entraînements « spécial femme enceinte » sont pléthores sur Youtube. Bien que la pratique du sport ne soit pas contre-indiquée durant la grossesse, et qu’elle soit même bénéfique sur la santé, lorsque l’objectif affiché est une perte de poids pour conserver un corps svelte, les choses sont différentes.

D’autant plus que les influenceuses qui promeuvent ces pratiques jouent justement sur leur image, et leur corps svelte, pour montrer à quel point elles ont réussi à contrôler leur poids durant leur grossesse, et à en perdre juste après avoir accouché.

Certaines promettent même un objectif de 0 kilogramme de prise de poids durant la grossesse. Un message putaclic qui en dit long sur le jeu des influenceuses, quand une femme enceinte doit au moins prendre entre 10 et 15 kilogrammes durant sa grossesse. La pratique, bien ancrée sur Youtube, frappe ainsi les femmes de tous les pays.

La pregorexie touche jusqu’aux femmes pakistanaises

On aurait pu penser que certains pays seraient plus épargnés que d’autres face à la pregorexie. Surtout lorsqu’un tel comportement naît directement d’un effet de mode. Pourtant non. Le Pakistan est là pour nous le démontrer.

Dans un article relatif à la prégorexie [4], publié en mai 2022, des médecins pakistanais s’inquiétaient de constater que les femmes d’une clinique privée d’Islamabad, souffrant de troubles de l’alimentation, étaient touchées à 93.33% par l’anorexie nervosa.

Une femme enceinte n’a besoin que de 300 calories supplémentaires par jour pour le fœtus.

Ce qui rend ce chiffre ennuyeux, au regard de la prégorexie, porte sur les chiffres suivants :

  • 86% d’entre elles n’avaient jamais été traitées contre l’anorexie,
  • 60% d’entre elles ne présentaient pas de cause déclencheuse autre que la grossesse.

Les symptômes relevés par les médecins étaient les suivants :

  • Saut de repas,
  • Faibles portions,
  • Contrôle calorique,
  • Suivi de régimes préconisés par des Youtubeuses,
  • Consommation de thé brûleur de graisse,
  • Prise des repas seul pour limiter les portions,
  • Consommation de laxatifs,
  • Prise de médicaments pour contrôler le poids,
  • Vomissements provoqués,
  • Exercices physiques intensifs

Le contrôle exacerbé relatif à leur prise de poids, faisait dire à 86% d’entre elles qu’elles se sentaient mieux en s’imposant de telles conditions de vie. Pourtant, les conséquences sur le fœtus sont grandes.

Pregorexie, des conséquences sur le fœtus et sur l’enfant

Une prise de poids normale durant la grossesse se situe entre 11 et 15 kilos [5], sachant que :

  • Seules 32% des femmes enceintes y parviennent,
  • 21% ne prennent pas assez de poids,
  • 48% prennent trop de poids.
Répartition des femmes en fonction de leur prise de poids durant la grossesse : bonne prise de poids, trop peu, trop.

Source: CDC [6].

Par conséquent, seule 1 femme sur 3 se trouve dans la bonne forme physique, quand près d’1 femme sur 4 ne prend pas assez de poids, faisant risquer au fœtus les complications suivantes :

  • Bébé trop petit à la naissance,
  • Difficultés du bébé à prendre le sein,
  • Bébé souvent malade,
  • Retard de développement,
  • Accouchement par césarienne.

Ce ne sont là que les conséquences à l’accouchement et lors des premiers mois de vie. Les médecins se sont également rendus compte que les conséquences d’un manque de poids durant la grossesse engendrait des problèmes durant l’enfance :

  • Obésité,
  • Troubles du déficit de l’attention [7].

Le secret pour rester en forme est de ne pas manger pour deux, dès lors qu’une femme enceinte n’a besoin que de 300 calories supplémentaires par jour pour le fœtus [8], mais également de ne pas passer de non sportive à coureuse de marathon.

Le docteur Blake Woodside, directeur du plus important programme canadien de traitement des troubles de la nutrition, n’hésitait pas à parler de société « grossophobe » et discriminante, qui va jusqu’à appliquer ses préjugés sur les femmes enceintes.

Cette estimation calorique est basée sur une moyenne de 80 000 kilos calories dont la femme enceinte a besoin, au total durant sa grossesse, divisées par les 250 jours qui suivent le premier mois de grossesse.

Si l’on veut être précis, voici l’évolution de la consommation calorique en fonction des étapes de grossesse :

  • 0 à 3 mois : pas d’augmentation du nombre de calories nécessaires,
  • 3 à 9 mois : 340 à 452 kcals supplémentaires quotidiennement.

Toutefois, ces mesures restent arbitraires. Elles ne prennent pas en compte le fait que la consommation calorique varie en fonction de chaque femme, selon :

  • Son âge,
  • Son IMC,
  • Son niveau d’activité physique.

Au-delà des calculs d’apothicaire, la meilleure solution pour vivre une grossesse saine, reste d’accepter les changements que connaît naturellement son corps. Surtout, de ne pas tenter de suivre les célébrités, dont l’objectif de beaucoup est le contrôle exacerbé du poids de leur corps et un retour au corps qu’elles avaient avant la grossesse, le plus vite possible.

Les célébrités pointées du doigt

Un article paru sur le site de la chaîne de télévision canadienne CTV [9], pointe directement du doigt les célébrités et leur mode du corps parfait dans le développement de la prégorexie. Ainsi, le docteur Blake Woodside, directeur du plus important programme canadien de traitement des troubles de la nutrition, n’hésitait pas à parler de société « grossophobe » et discriminante, qui va jusqu’à appliquer ses préjugés sur les femmes enceintes.

Une situation rendue possible par la culture qui entoure le monde des célébrités [10]. Celui qui se focalise uniquement sur la silhouette, au point que le chiffre sur la balance devienne leur seule et unique objectif.

Nouvelle dictature du corps ou simple tendance ? La pregorexie fête sa troisième décennie d’existence.

Les noms de célébrités qui ont tout fait pour rester mince durant leur grossesse sont hélas nombreux :

  • Victoria Beckham,
  • Selma Blair,
  • Nicole Richie,
  • Miranda Kerr,
  • Etc.

La liste est longue, au point que des médecins, comme le docteur Mateusz Grajek, de l’université de Silésie [11], n’hésitent pas à dire ouvertement que « le culte du corps parfait, obtenu presque sans sacrifice après la grossesse, a été imposé par les célébrités et les réseaux sociaux ».

Il ajoute que l’anorexie engendrée par la prégorexie affecte directement le taux de fer dans le sang des femmes enceintes. Or, l’anémie engendre des problèmes de développement du système nerveux central chez le fœtus, dont le fer est l’élément indispensable. La conséquence directe est celle de dysfonctionnements neurologiques chez l’enfant.

Conclusion

Il n’existe qu’une seule méthode pour vivre une bonne grossesse : accepter son corps et profiter de sa grossesse. Pour y parvenir, s’il faut éteindre son ordinateur, fermer les magazines people et quitter les réseaux sociaux, mieux vaut le faire. La santé de votre futur enfant en dépend.

La prégorexie, née aux Etats-Unis au tournant des années 2000, touche de plus en plus de femmes. La quête effrénée du corps parfait, de la perte de poids rapide après la grossesse, a fait de la pregorexie une affection qui touche aujourd’hui les femmes du monde entier, de la Pologne au Pakistan, en passant bien évidemment par les Etats-Unis ou encore la Grande Bretagne.

Cette tendance n’est pas prête de cesser, en témoignent les séances d’entraînement préparées par les influenceuses de Youtube, pour rester svelte, et ne pas prendre un seul kilo durant la grossesse !

Nouvelle dictature du corps ou simple tendance ? La pregorexie fête sa troisième décennie d’existence, preuve qu’elle est maintenant ancrée dans la tête de plus en plus de femmes enceintes. Une pratique à fuir !

Référence

[1]
Wallace K., 2013, “Pregorexia”: Extreme dieting while pregnant, CNN, 20 novembre 2013, site consulté en novembre 2022.

[2]
Bannatyne A.J., Hughes R., Stapleton P. et autres, 2018 Signs and symptoms of disordered eating in pregnancy: a Delphi consensus study BMC Pregnancy Childbirth26 juin 2018, 10.1186/s12884-018-1849-3.

[3]
Mathieu J., 2009, What is Pregorexia ?, Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 01 juin 2009, volume 109, Issue 6, pages 976 à 979.

[4]
Saleem T., Shemaila S., Shoib S., et autres, 2022, A rare phenomenon of pregorexia in Pakistani women: need to understand the related behaviors, Journal of Eating Disorders, 21 mai 2022, article numéro 74.

[5]
2022, Weight Gain During Pregnancy, Centers for Disease Control and Prevention, 13 juin 2022, site consulté en novembre 2022.

[6]
2022, Weight Gain During Pregnancy, Ibid.

[7]
Patel S., 2015, The truth about pregorexia, UT Southwestern Medical Center 17 mars 2015, site consulté en novembre 2022.

[8]
Kominiarek M.A., Rajan P., Nutition Recommendations in Pregnancy and Lactation, Medical Clinics of North America, 01 novembre 2017, doi: 10.1016/j.mcna.2016.06.004.

[9]
2012, Celebrity pregnancies blamed for “pregorexia”, The Canadian Press, 22 juillet 2012, site consulté en novembre 2022.

[10]
2008, “Pregorexia” Inspired By Thin Celebs?, CBS News, 11 août 2008.

[11]
Gumulka A., 2021, Experts slam “celebrity” eating disorder in pregnant woman, Sience in Poland, 17 février 2021, site consulté en novembre 2022.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *