Portable dans une forêt, symbolisant l'abandon de l'addiction au téléphone portable

La communauté médicale considère qu’une addiction existe dès lors qu’une habitude se change en une obligation[1]. Une définition encore plus précise est proposée par la NIA (National Information Agency)[2], une agence gouvernementale Sud-Coréenne : « un état psychologique dans lequel les états mentaux et émotionnels sont altérés, de même que les interactions scolaires, professionnelles et sociales, par l’utilisation du smartphone.

Plus le contrôle parental sur l’enfant est lourd, plus il a de risque de développer une addiction.

Il s’agit d’une addiction comportementale dont la force est comparable à l’addiction à une drogue. D’autant plus que, souvent, l’addiction au téléphone se cumule à l’addiction à internet, l’appareil y donnant accès.

Comment savoir si notre ado est dépendant à son téléphone portable ? Les points suivants sont à prendre en compte[3] :

  • Votre ado utilise quasiment tout le temps son téléphone,
  • Il n’est pas capable de s’arrêter,
  • Il est sa solution contre l’ennui,
  • Il est anxieux ou dépressif lorsqu’il n’a pas son téléphone,
  • Ses relations sociales perdent en qualité.

Des questionnaires permettant de déterminer le degré d’addiction ont été développés par les scientifiques, dans le cadre de leurs études.

Addiction au téléphone portable, le contrôle parental n’est pas la bonne idée

On pourrait penser qu’exercer un contrôle serré de l’usage que font nos enfants de leur Smartphone constituerait le meilleur moyen pour, d’une part, prévenir l’addiction et, d’autre part, l’en sortir. Une étude [4], menée en Corée du Sud, est particulièrement réservée sur le sujet.

Le but est de l’orienter pour qu’il comprenne de lui-même que l’usage qu’il fait de son téléphone est problématique pour sa santé en général, et sa santé mentale en particulier.

Il semblerait en effet que plus le contrôle parental sur l’enfant est lourd, plus il a de risque de développer une addiction. Autrement dit, envisager d’aider votre enfant à en sortir en renforçant votre contrôle parental pourrait arriver à l’exact inverse du but recherché.

Toutefois, soulignons tout de même que trois solutions différentes s’offrent à vous en matière de contrôle parental :

  • L’instruction,
  • L’usage partagé,
  • La restriction.

Chacune de ces techniques peut plus ou moins bien fonctionner en fonction du caractère de votre enfant. Dans ce domaine, et une fois que vous aurez terminé cet article, vous saurez mieux que quiconque celle que vous devrez privilégier.

A lire : Dangers du portable pour nos enfants : mythe ou réalité ?

L’instruction au bon usage du smartphone

Il s’agit d’une méthode basée sur l’accompagnement. Le parent informe son enfant des risques inhérents à l’usage du téléphone. Dans le cas d’un enfant déjà dépendant, le but est de l’orienter pour qu’il comprenne de lui-même que l’usage qu’il fait de son téléphone est problématique pour sa santé en général, et sa santé mentale en particulier.

Regarder des médias en compagnie de son enfant, sur le téléphone portable.

Pour vous y aider, nous allons vous donner les éléments suivants :

  • 89% des adolescents ont un portable[5],
  • 25.5% sont dépendants de leurs smartphone[6],
  • Utiliser le téléphone durant 30 minutes au couché, impacte la qualité du sommeil[7],
  • Simplement penserà son smartphone suffit à impacter sa capacité de mémorisation[8],
  • Passer plus de 7 heures par jour sur le téléphone fait baisser le QI en restructurant le cerveau[9],
  • On utilise bien plus notre téléphone qu’on ne l’évalue[10].

L’usage partagé du smartphone

Il s’agit d’une solution qui sera loin de plaire à tous les ados, mais qui participera à renforcer les liens affectifs si elle est acceptée. Il s’agit en effet de regarder des médias en compagnie de son enfant, sur le téléphone portable.

L’objectif final devrait être d’une heure par jour.

Cette technique est rendue d’autant plus compliquée que le téléphone portable est par définition un appareil personnel. Partager un écran de 20 centimètres est une chose, en partager un de 12 centimètres en est une autre.

Toutefois, ce procédé est d’autant plus intéressant qu’il fait l’économie de la phase moralisatrice, que l’on peut retrouver dans « l’instruction » et qui peut bloquer certains adolescents.

La restriction pure et simple de l’usage du smartphone

C’est le degré de contrôle le plus excessif. Celui qui repose sur un nombre d’heures d’utilisation quotidienne déterminé à l’avance. Dans ce domaine, il est intéressant de commencer assez haut, pour ensuite seulement descendre ce temps d’usage.

Prenons comme base de référence celle de l’Américain moyen. Pourquoi celle de l’Américain moyen ? Parce que nous avons les chiffres et qu’ils doivent être très proches de l’Européen moyen. Ainsi, un Américain passe en moyenne :

  • 2h54mn par jour au téléphone,
  • 44 jours par an au téléphone.

Si votre enfant est bel et bien addict à son appareil, il va falloir commencer large, en visant par exemple une durée maximale de quatre heures par jour, puis trois heures, puis deux heures. L’objectif final devrait être d’une heure par jour. Avant de, pourquoi pas, passer au week-end, ou à la semaine de vacances blanches, ou déconnectés.

Les vacances déconnectées

Il s’agit du Graal, ce moment ultime où vous testez les capacités de résistance de vos enfants à leur addiction à leur smartphone. Celui où vous les emmenez en vacances, soit sans smartphone, soit dans une zone blanche.

La nomophobie représente la peur de se retrouver sans téléphone portable

Des vacances qui semblent aujourd’hui incroyables, tellement tout le monde est accroc à son téléphone. On les retrouve sous le nom de « digital détox », de « semaine sans smartphone », elles sont même devenues le cœur de métier de certaines agences de voyage.

Une réalité qui fait finalement froid dans le dos, mais qui pourrait bien être le plus grand défi de la famille, que ce soit pour vos enfants ou pour vous-même. Un moment de retrouvailles, durant lequel les écrans ne font plus abstraction à nos relations.

Hélas, pour en arriver à ce résultat, il est parfois nécessaire d’aller bien plus loin que les premiers conseils que nous vous avons donnés dans cet article. Car l’addiction au téléphone portable peut être tellement prégnante qu’elle a même trouvé un nom : la nomophobie.

Comment guérir la nomophobie ?

La nomophobie représente la peur de se retrouver sans téléphone portable, soit parce que l’on est dépendant du téléphone en lui-même, soit parce que l’on ne peut plus se passer de toutes les informations qu’il nous fournit. Sans compter les notifications provenant des réseaux sociaux et qui nous apportent notre lot quotidien de dopamine.

Les exemples d’activités annexes à mettre en place avec l’adolescent sont nombreux et dépendent de ses centres d’intérêt.

Pour s’en sortir il peut parfois être nécessaire de recourir à de véritables thérapies, menées par des professionnels de la santé, que sont notamment les psychiatres ou encore les psychologues. Il s’agit des[11] :

  • Thérapies cognitivo-comportementales,
  • De l’entretien motivationnel,
  • Des thérapies de groupe (méditation pleine conscience),
  • Du traitement médicamenteux.

Il n’est pas rare qu’un traitement mis en place pour combattre l’addictologie repose sur plusieurs de ces méthodes.

Qu’est-ce que thérapie cognitivo-comportementale ?

La thérapie cognitivo-comportementale part du principe qu’il n’est pas envisageable de mettre fin à un comportement addictif sans le remplacer par un nouveau comportement qui, bien entendu, ne sera pas addictif.

Autrement dit, il s’agit de trouver une autre activité, qui permet de remplacer l’addiction au téléphone. La thérapie cognitivo-comportementale va même plus loin, puisqu’elle vise également à influer sur les causes individuelles et environnementales qui nourrissent l’addiction.

Miller est le premier à avoir théorisé la position centrale du patient dans la réussite d’un programme de désintoxication.

Si la dépression est étroitement corrélée avec l’addiction au smartphone[12], les chercheurs ne savent pas encore si cette addiction engendre la dépression, ou bien si la dépression, doublée avec l’anxiété, engendrent ce comportement addictif[13].

C’est exactement la raison pour laquelle, dans l’un comme dans l’autre cas, la thérapie cognitivo-comportementale permet de prendre en compte la situation globale de la personne en situation d’addiction vis-à-vis de son téléphone.

Les exemples d’activités annexes à mettre en place avec l’adolescent sont nombreux et dépendent de ses centres d’intérêt. Il peut s’agir de marche, de course à pied, de méditation, de Yoga ou encore de tout autre sport.

Addiction au téléphone portable et entretien motivationnel

L’entretien motivationnel a été développé dans les années 1980, par le psychologue américain William R. Miller. Ce dernier a mis en évidence que les raisons du succès d’un programme de traitement de l’alcoolisme étaient systématiquement attribuées, soit à la qualité du programme, soit à la qualité de l’intervenant[14]. Au contraire, si la cure était ratée, la responsabilité en revenait systématiquement au malade.

La méditation pleine conscience permet à l’individu de remettre l’usage du smartphone à sa juste place.

Miller est le premier à avoir théorisé la position centrale du patient dans la réussite d’un programme de désintoxication. En matière d’addiction au smartphone, c’est donc le patient lui-même qui est invité à verbaliser les raisons pour lesquelles il est nécessaire qu’il fasse évoluer son comportement vers un usage plus raisonné de cet appareil.

Ce volet thérapeutique est une aide qui permet au patient de disposer d’objectifs plus précis et mieux ancrés en lui-même. Il sait qu’il doit changer, qu’il peut changer, et qu’il veut ce changement. Savoir, pouvoir et vouloir sont peut-être les trois éléments centraux de cette thérapie.

La méditation pleine conscience pour soigner l’addiction au téléphone

L’idée nous vient tout droit de Chine[15] et a été testée avec succès sur des étudiants. Le but était simple : savoir si la méditation pleine conscience, qui avait déjà fait ses preuves pour soigner les patients victimes d’addiction aux jeux de paris, au porno, ou encore à internet, pouvait avoir un impact positif sur l’addiction liée à l’usage abusif du téléphone portable.

La réponse est définitivement oui. La méditation pleine conscience permet à l’individu de remettre l’usage du smartphone à sa juste place. Les séances de méditation reposaient sur la rationalisation du comportement qu’ils empruntaient vis-à-vis de leur appareil, en écartant l’affect.

La méditation pleine conscience a permis aux étudiants du groupe testé, de mieux maîtriser leur désir quant à l’utilisation de leur smartphone, tout en faisant baisser leur sentiment d’inconfort lorsqu’ils restreignaient leur usage.

L’avantage de cette thérapie est qu’elle n’est pas associée à l’univers psychiatrique, comme peut l’être la thérapie cognitivo-comportementale, voire les traitements médicamenteux. Un univers qui peut agir comme un repoussoir pour les parents et les enfants, qui pensent avant tout à la folie et à l’internement en unité spécialisée, plutôt qu’à une aide dans le cadre d’un trouble qui a effectivement tout à voir avec le cerveau.

Références

[1]
Alavi S. S., Ferdosi M., Jannatifard F., et autres, 2012, Behavioral Addiction versus Substance Addiction: Correspondence of Psychiatric and Psychological Views, International Journal of Preventive Medicineavril 2012, 3(4):290-4.

[2]
Lee E. J., Ogbulu Y., 2018, Does Parental Control Work With Smartphone Addiction? A Cross-Sectional Study of Children in South Korea, Journal of Addictions Nursing, Volume 29, pages 128-138, doi : 10.1097/JAN.0000000000000222.

[3]
Shoukat S., 2019, Cell phone addiction and psychological and physiological health in adolescents, Excli Journal, Experimental and Clinical Sciences, 4 février 2019, 18: 47-50.

[4]
Lee E. J., Ogbulu Y., 2018, Does Parental Control Work With Smartphone Addiction? A Cross-Sectional Study of Children in South Korea, Ibid.

[5]
2022, Part des enfants de 8 à 14 ans qui utilisent un téléphone mobile en France en 2018, par âge, Statista, site consulté en décembre 2022.

[6]
Lee E. J., Ogbulu Y., 2018, Does Parental Control Work With Smartphone Addiction? A Cross-Sectional Study of Children in South Korea, Ibid.

[7]
Nazish R., Al-Asoom L.I., Alsunni A. A., et autres, Effects of Mobile Use on Subjective Sleep Quality, Nature and Science of Sleep juin 2020, 12: 357-364, doi : 10.2147/NSS.S253375.

[8]
Tanil C.T., Yong M.H., 2020, Mobile phones: The effect of its presence on learning and memory, PloS One, 13 août 2020, 15(8): e0219233.

[9]
Bell V., 2018, Children who spend seven hours or more on smartphones and tablets are changing the structure of their brains and risking lower IQs and declining memory and cognitive function, Daily Mailsite consulté en décembre 2022.

[10]
Wade N.E., Ortigara J.M., Sullivan R. M., et autres, 2021, Passive Sensing of Preteens’ Smartphone Use: An Adolescent Brain Cognitive Development (ABCD) Cohort Substudy, JMIR, Mental Health, octobre 2021, Volume 8, numéro 10

[11]
Phone Addiction: Warning Signs And Treatment, International Journal of Environmental Research and Public Health, février 2022, 19(4):2284, doi : 10.3390/ijerph19042284.

[12]
Alhassan A.A., Alqadhib E.M., Taha N.W., et autres, The relationship between addiction to smartphone usage and depression among adults: a cross sectional study, BMC Psychiatry, 25 mai 2018, doi : 10.1186/s12888-018-1745-4.

[13]
Boumosleh J.M., Jaalouk D., 2017Depression, anxiety, and smartphone addiction in university students- A cross sectional study, PloSOne04 août 2017, doi: 10.1371/journal.pone.0182239.

[14]
Fortini C., Daeppen J.-B., 2011, L’entretien motivationnel : développements récents, Psychothérapies, 15 octobre 2015, Volume 31, pages 159-165.

[15]
Lan Y., Ding J.-E., Li W., et autre, 2018, A pilot study of a group mindfulness-based cognitive-behavioral intervention for smartphone addiction among university students, Journal of Behavioral Addictions, décembre 2018 7(4): 1171-1176.

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