La peur est une crainte anxieuse, qui se déclenche dans trois situations[1] :

  • Dans le cadre d’un événement menaçant, 
  • A l’évocation d’un objet menaçant,
  • A l’évocation d’une situation menaçante.

Le caractère menaçant est donc l’élément déterminant dans la caractérisation du sentiment de peur, mais la menace doit être réelle et objective. Autrement, il s’agit d’une phobie, qui est une peur pathologique. 

Le terme pathologie n’est pas exagéré, car la peur, au sein d’un groupe, agit comme une maladie transmissible. La peur a donc un rôle social important, qui offre à ceux qui savent la manier, un contrôle sur les dynamiques de groupe. 

Pas le temps de tout lire ? 

  • Tension, dilatation des pupilles, augmentation des battements cardiaques et même dilatation des sphincters, font partie des symptômes de la peur.
  • La peur peut entraîner, sur le long terme, un arrêt cardiaque. 
  • Quatre zones du cerveau prennent part à la peur : l’amygdale, le cortex préfrontal, l’hippocampe, le thalamus.

Quels sont les symptômes de la peur ?

  1. Elévation de la tension,
  2. Dilatation de la pupille,
  3. Horripilation,
  4. Relâchement des sphincters.

1. Elévation de la tension

De nombreuses études ont permis de confirmer que la peur augmentait la tension artérielle[2]. Mais, l’exact opposé est également possible, en fonction de la menace.

Pourquoi reste-t-on “gelé” sur place en cas de peur ?

Car le danger est trop immédiat pour qu’une autre réaction soit possible. C’est justement là que l’hypotension se manifeste. 

 Il existe deux façons de faire face à la peur : 

  • La réaction active, 
  • La réaction passive.

La réaction active repose sur ce que les anglo-saxons appellent le “fight or flight”, autrement dit “combattre ou fuir”[3]. Cette situation est rendue possible lorsque le danger permet encore une réaction. Une hypertension artérielle va se mettre en place, conjuguée à une augmentation du rythme cardiaque, Les muscles bénéficient alors d’une  oxygénation maximale.

C’est justement l’action de l’adrénaline qui va dilater la pupille.

A l’inverse, lorsque le danger est inévitable, le corps entre en hypotension, et le cœur connaît une bradycardie, c’est-à-dire un ralentissement. La paralysie est alors la réponse du corps face à la menace. Ce comportement est appelé la stratégie de conservation-retrait[4].

Un même individu, en fonction des situations, va donc opter tantôt pour un comportement actif, tantôt pour un comportement passif, sans que l’un ou l’autre ne caractérise une lâcheté face au danger. Toutefois, il existe chez chacun des prédispositions, menant à réagir plutôt activement ou plutôt passivement. 

2. Dilatation de la pupille

La dilatation de la pupille, qui est appelée mydriase, est une réaction engendrée par le système nerveux sympathique. Il s’agit de l’une des trois formes du système nerveux autonome, à côté du système nerveux parasympathique et du système nerveux  entérique[5]. Il gère l’ensemble des fonctions automatiques de notre corps (battements du cœur, respiration, etc.), en agissant au travers de deux neuromédiateurs qui sont[6] :

  • L’adrénaline, 
  • La noradrénaline.  

C’est justement l’action de l’adrénaline qui va dilater la pupille. En effet, cette dernière possède des récepteurs dits adrénergiques, c’est-à-dire des récepteurs sensibles aux neuromédiateurs émis par le système nerveux sympathique[7] .

3. Horripilation

Pourquoi a-t-on la chair de poule lorsque l’on a peur ? Le système nerveux parasympathique n’y est pas innocent[8]. Ce dernier active un état de la peau appelé : 

  • La conductance cutanée. 

La conductance cutanée est le nom donné à l’activité électrique liée au fonctionnement des glandes sudoripares, celles-là même qui sont responsables de nous faire transpirer.

On sait que le cerveau joue un rôle majeur dans la physiologie gastro-intestinale

L’activité électrique induite par les glandes sudoripares active les muscles horripilateurs, qui dressent nos poils. Toutefois, le lien fonctionnel entre psychologie des émotions et physiologie n’est pas encore établie par la science. 

4. Relâchement des sphincters

Le cerveau, et les émotions qui s’y propagent, jouent un rôle déterminant dans la pression sphinctérienne, qui nous permet d’aller ou non à la selle[9]. Comme pour l’horripilation, les études sont encore éparses et donnent peu de réponse sur la relation entre émotions et défécation. 

Depuis les études de Cannon, professeur de physiologie à l’université d’Harvard à partir de 1906[10], on sait que le cerveau joue un rôle majeur dans la physiologie gastro-intestinale. Ainsi, l’effroi ou l’excitation émotionnelle influe directement sur la motricité gastro-intestinale, via la noradrénaline. 

A lire : La constipation est directement en lien avec nos émotions

Arrêt cardiaque comme symptôme de la peur

Le terme “mort de peur” est loin d’être une exagération. S’il est rare qu’une personne ressentant une peur extrême décède d’un arrêt cardiaque, sur le long terme, les circuits physiologiques activés par la peur peuvent amener tout droit vers la maladie cardiovasculaire. 

L’hippocampe permet de juger une situation, et de déterminer si elle nécessite, ou non, une réaction de peur.

Ainsi, 24% à 31% des patients atteints de maladies coronariennes souffrent d’anxiété[11]. Cette anxiété n’est pas liée à la maladie, mais fait bien partie des causes de cette dernière. 

Bien qu’il faille distinguer l’anxiété de la peur à proprement parler, ce sont bien les mêmes circuits physiologiques qui sont activés. 

Quel est le circuit de la peur ?  

Le circuit de la peur est composé de trois éléments[12] :

  • L’amygdale, 
  • Le thalamus,
  • Le cortex préfrontal, 
  • L’hippocampe.
Circuit de la peur chez l'homme représentant le cortex singulaire antérieur (ACC), le cortex préfrontal ventromédian (PFC), l'amygdale, l'hippocampe en vue générale et en coupe.

Quel rôle jouent l’amygdale et l’hippocampe dans la peur ?

L’amygdale est une paire de noyaux situés aux extrémités de l’hippocampe, et située dans le lobe temporal[13]. Son rôle est de traiter les informations provenant de nos sens pour produire trois types de comportements[14] :

  • Une motivation pour avoir une récompense, 
  • Une prise de décision, 
  • Une action vers un but. 

Dans la peur, l’amygdale a pour rôle de maintenir en mémoire l’association entre un objet ou un événement dangereux, et de déclencher la réaction permettant la survie. Les neurones chargés de cette réaction sont appelées “cellules de peur”[15].

L’amygdale envoie ses informations vers le cortex préfrontal médian, ainsi qu’à l’hippocampe. C’est ce dernier qui est relié au système limbique, celui qui nous permet de réguler nos émotions, et de conserver une mémoire épisodique des événements. 

Par conséquent, l’hippocampe permet de juger une situation, et de déterminer si elle nécessite, ou non, une réaction de peur. 

Quel est le rôle du cortex préfrontal dans ce circuit ? 

Les “cellules de peur” de l’amygdale envoient leurs informations au cortex préfrontal, qui est chargé de maintenir une réaction de peur sur le long terme. C’est-à-dire, plus que quelques millisecondes.

Le passage par le cortex préfrontal nous permet d’analyser la situation avant de prendre une décision, rallongeant donc notre temps de réaction face au danger

Ainsi, l’amygdale joue un rôle de déclencheur dans la manifestation de la peur et permet la mise en place d’une réponse par le cortex préfrontal[16].

Dans le cadre de l’extinction de la peur, le chemin est inverse. Ce sont l’hippocampe et le cortex préfrontal qui vont distribuer l’information vers l’amygdale pour l’inhiber[17].

Le rôle du thalamus dans la peur

Si l’amygdale joue le rôle de la détente dans la réaction en chaîne que constitue le circuit de la peur, l’information provenant de nos sens est envoyée à l’amygdale par le thalamus. 

Cet envoi du message possède deux chemins : 

  • Un chemin direct vers l’amygdale, 
  • Un chemin indirect passant par le cortex préfrontal.

Le passage de l’information du thalamus vers l’amygdale en voie directe induit une réaction rapide et réflexe. A l’inverse, le passage par le cortex préfrontal nous permet d’analyser la situation avant de prendre une décision, rallongeant donc notre temps de réaction face au danger[18].

Références

[1]
Peur Dictionnaire médical de l’académie de médecine, version 2022, site consulté en novembre 2022.

[2]
Steimer T., 2002, The biology of fear- and anxiety-related behaviors, Dialogues in Clinical Neuroscience, septembre 2002, 4(3), pages 231-249, doi : 10.31887/DCNS.2002.4.3/tsteimer

[3]
Ibid.

[4]
Engel GL., Schmale AH., Conservation withdrawal: a primary regulatory process for organic homeostasis, Physiology, Emotions and Psychosomatic Illness, New-York, NY: Elsevier, 1972:57:95

[5]
Système nerveux autonome, qu’est-ce que c’est ? Futura-Sciences, site consulté en novembre 2022.

[6]
Système nerveux sympathique : qu’est-ce que c’est ? Futura-Sciences, site consulté en novembre 2022.

[7]
Mydriase, Dictionnaire médical de l’Académie de Médecine, février 2016 72(2), doi : 10.1111/jan.12832

[8]
Mc Phetres, Zickfeld J.H., 2022, The physiological study of emotional piloerection: A systematic review and guide for future research, International Journal of Psychophysiology, septembre 2022, volume 179, pages 6-20, doi : 10.1016/j.ijpsycho.2022.06.010

[9]
Houghton L.A., Calvert E.L., Jackson N.A. et autre, Visceral sensation and emotion: a study using hypnosis, Gastroenterology Journal, BMJ Gut, Volume 51, Issue 5.

[10]
Bayat S., 2010, Mort de peur ! Journal Français de Psychiatrie, 2010, 4, numéro 39, pages 40-41

[11]
Martens E.J., de Jong P., Na B., 2010, Scared to Death? Generalized Anxiety Disorder and Cardiovascular Events in Patients With Stable Coronary Heart Disease Archive of General Psychiatry, juillet 2010, 67(7), pages 750-758, doi : 10.1001/archgenpsychiatry.2010.74

[12]
Joly F., 2021, Impacts d’une perturbation de la voie TSC2/mTOR dans l’amygdale dès l’adolescence sur le comportement de peur et la fonctionnalité du cortex préfrontal chez le rat adulte, Universté Paris-Saclay, 01 mars 2021, page 13, schéma du cerveau issu de la page 12 et traduit

[13]
Amygdale, cerveau, Wikipédia, site consulté en novembre 2022.

[14]
Joly F., 2021, Impacts d’une perturbation de la voie TSC2/mTOR dans l’amygdale dès l’adolescence sur le comportement de peur et la fonctionnalité du cortex préfrontal chez le rat adulte, Ibid., page 11.

[15]
Joly F., 2021, Impacts d’une perturbation de la voie TSC2/mTOR dans l’amygdale dès l’adolescence sur le comportement de peur et la fonctionnalité du cortex préfrontal chez le rat adulte, Ibid., page 17.

[16]
Joly F., 2021, Impacts d’une perturbation de la voie TSC2/mTOR dans l’amygdale dès l’adolescence sur le comportement de peur et la fonctionnalité du cortex préfrontal chez le rat adulte, Ibid., page 34.

[17]
Joly F., 2021, Impacts d’une perturbation de la voie TSC2/mTOR dans l’amygdale dès l’adolescence sur le comportement de peur et la fonctionnalité du cortex préfrontal chez le rat adulte, Ibid., page 35.

[18]
Joly F., 2021, Impacts d’une perturbation de la voie TSC2/mTOR dans l’amygdale dès l’adolescence sur le comportement de peur et la fonctionnalité du cortex préfrontal chez le rat adulte, Ibid., pages 22-23.

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