Docteur avec stéthoscope prêt à réaliser un score d'Apgar

Le score d’Apgar est une mesure d’évaluation de l’état de santé d’un bébé à la naissance. Basé sur une mnémotechnie, il signifie [1]:

  • Apparence, 
  • Pouls,
  • Grimace,
  • Activité, 
  • Respiration.

La légende raconte que le score d’Apgar serait né sur un morceau de nappe de la cafétéria de l’université Columbia.

Ce score, largement utilisé dans les hôpitaux du monde entier, d’où vient-il, quelle est sa fiabilité et quelles sont les conséquences d’un mauvais score pour la vie du bébé ? 

Score d’Apgar, une invention des années 1950

Le score d’Apgar a été développé par la doctoresse du même nom Virginia Apgar, en 1952, alors première femme professeure d’anesthésie à l’université Columbia aux Etats-Unis. Extrêmement simple dans sa mise en pratique, le score d’Apgar a permis de sauver de nombreuses vies, en proposant un contrôle des nouveaux-nés selon une procédure claire et relativement précise. 

La principale raison du bon fonctionnement de cette méthode, est la proposition d’un score qui incite les médecins et les sages-femmes à justement tenter de le faire remonter en cas de problème. Ainsi, il induit une prise en charge quasi immédiate du bébé. La naissance ne marque donc plus la fin de l’intervention, mais une continuité pour assurer la bonne santé du bébé. 

La légende raconte que le score d’Apgar serait né sur un morceau de nappe de la cafétéria de l’université Columbia [2]. Alors qu’un étudiant lui faisait remarquer qu’elle leur demandait toujours de prêter attention au bébé, mais qu’il ne savait pas quoi regarder sur le bambin, Viriginia Apgar aurait alors saisi un bout de nappe et y aurait noté les cinq éléments. Le score d’Apgar était né.

Quelle est la fiabilité du score d’Apgar ? 

Le score d’Apgar est extrêmement fiable. Une première évaluation s’effectue une minute après la naissance du bébé. Ce qui induit qu’il n’est pas un score de l’urgence, puisqu’une situation critique imposera que des actes soient effectués avant que la première minute ne se soit écoulée. 

Le score d’Apgar n’est pas un score qui, parce qu’il ne serait pas de dix pour votre enfant, emportera des conséquences lourdes pour son futur.

Une seconde évaluation, à cinq minutes, puis une troisième évaluation, à dix minutes, sont réalisées par l’équipe médicale.

Indiquer les cinq éléments du score d’Apgar est une première étape, mais que permettent-ils de déterminer exactement ? Notés de 0 à 2, ils visent notamment à écarter la compromission hémodynamique, qui se traduit généralement par [3]:

  • Une cyanose (le bébé est bleu), 
  • Une hypoperfusion (baisse du débit sanguin),
  • Une bradycardie (baisse de la fréquence cardiaque),
  • Une hypotonie (baisse du tonus musculaire), 
  • Une dépression respiratoire (respiration erratique),
  • Une apnée.

Qu’est-ce que la compromission hémodynamique ?

L’hémodynamique vise l’ensemble des phénomènes qui se rapportent à la circulation sanguine. Une compromission hémodynamique se matérialise justement par un trouble de la circulation sanguine. 

Chez le nouveau-né, il n’est pas rare de constater des perturbations de cette circulation, notamment dues à une absence d’étanchéité totale entre la circulation artérielle et la circulation veineuse. C’est ce qui s’appelle des shunts [4], ou courts-circuits. 

A lire : Le syndrome de Laetitia, ou l'”accouchement par surprise” : Quelles conséquences et comment y faire face ?

Maintenant que nous avons vu ce qu’était la compromission hémodynamique et que nous avons bien compris ce que cherchait à déterminer le score, il convient de souligner que deux points par éléments font un total de dix. 

A peine né, votre enfant est donc déjà noté. Bienvenue dans le monde de l’évaluation. Néanmoins, c’est bien sur ce point qu’il convient de se méfier. Le score d’Apgar n’est pas un score qui, parce qu’il ne serait pas de dix pour votre enfant, emportera des conséquences lourdes pour son futur. 

Bien comprendre le score d’Apgar 

Les professionnels de santé ont noté que beaucoup de parents connaissaient le score d’Apgar [5], mais que quelques-uns d’entre eux pouvaient commettre des contresens quant à son interprétation. Il n’est en effet pas rare que certains pensent que leur enfant est inadapté s’il obtient une note d’Apgar inférieure à 10. Rien n’est plus faux.

D’une part, après avoir subi l’expérience de l’accouchement, tous les bébés ne réagissent pas de la même façon et n’ont pas tous la même facilité de respiration. D’autre part, chaque praticien évalue les points du score d’Apgar de façon plus ou moins différente. Ainsi, des études ont démontré que le taux de cohérence dans l’évaluation, pouvait varier : 

  •  de 68% à 24% selon les évaluateurs, 
  • De 0% à 76% selon l’élément noté.

Ce qui entre en ligne de compte dans l’évaluation, porte non seulement sur l’expérience du praticien dans le domaine de l’accouchement, mais également sur son rôle. C’est-à-dire qu’un évaluateur ayant un rôle actif dans l’accouchement sera victime de biais d’évaluation plus importants qu’un praticien n’y ayant pas pris une part directe.

Ce biais provient de l’intérêt qu’a chaque acteur de participer à un heureux dénouement.

Cette tendance à interpréter de manière trop déterminante un score d’Apgar qui peut être relativement fluctuant en fonction de l’évaluateur qui ausculte l’enfant, n’est pas l’apanage des parents. 

Ce sont justement les scientifiques eux-mêmes, en pensant pouvoir déterminer de ce score des tendances générales durant l’âge adulte, qui instillent également dans les esprits des idées pouvant être contestables. 

Le score d’Apgar détermine-t-il nos capacités futures ? 

Après ce que nous venons de dire sur ce score, la question peut sembler saugrenue. Pourtant, des scientifiques se la sont non seulement posée, mais ont même mené des études sur le sujet. Les résultats sont d’ailleurs assez concluants [6]. C’est là tout le problème.

La seule chose qui compte, au moment de la naissance de votre enfant, c’est de le trouver en bonne santé. La première notation de sa vie peut franchement être relativisée.

Le postulat de base est de se dire que plus le score d’Apgar est bas, plus il est possible que le nouveau-né grandisse avec des séquelles physiques ou neurologiques, du fait notamment d’un mauvais afflux sanguin au cerveau, et de carences en oxygène.  

Pour réaliser une étude comparative solide, les médecins ont décidé d’étudier une classe de conscrits danois, dont les dossiers médicaux étaient complets, du score d’Apgar à leur entrée dans l’armée. En tout, 19 559 hommes furent ainsi étudiés. Voici les résultats, pour le deuxième score d’Agpar, réalisé à cinq minutes de la naissance : 

  • Score de 10 pour 93.4% des hommes,
  • Score de 7 à 9 pour 5.9% des hommes.
  • Score inférieur à 7 pour 0.7% des hommes,

Ces chiffres ont permis de mettre en évidence qu’un score d’Apgar inférieur à 7 après cinq minutes de la naissance, augmentait les risque de troubles et de déficiences neurologiques, c’est-à-dire de migraines, d’épilepsie ou encore de problèmes de compréhension, respectivement : 

  • De 6.6% pour les troubles cognitifs,
  • De 9.9% pour les déficiences neurologiques.

Toutefois, l’étude a permis de mettre en évidence que les différences de QI entre les conscrits ne dénotait aucune une baisse marquée des capacités intellectuelles entre ceux ayant eu un score d’Agpar inférieur à 7 et les autres. 

La conséquence extrêmement intéressante de cette étude, est le fait qu’elle permet de conclure que de l’état des bébés dans leurs cinq premières minutes de vie, va en partie déterminer leur développement neurologique futur, et les différencier les uns des autres 20 ans plus tard. Cela, quelque soit l’éducation ou l’environnement familial dans lequel ils ont grandi. 

Un enfant ayant un score Apgar inférieur à 7 souffrira-t-il de problèmes de développement ? 

C’est ici que l’interprétation malheureuse de certains parents apparaît. Ils partent du principe que si leur enfant n’atteint pas le score de 7 après cinq minutes, voire parfois même celui de 10, alors ils seront les parents d’un enfant inadapté. 

Ce serait faire une part trop belle aux théories déterministes, celles qui, comme à Spartes, condamneraient les enfants sur leur apparence, et les destinerait soit à la vie soit à être jetés vivants dans les Apothètes. 

Le score d’Apgar ne peut en aucun cas lier la destinée d’un individu à l’échec ou à la réussite. Cela est d’autant plus évident lorsque l’on sait que le score peut encore baisser entre la cinquième et la dixième minute, passant parfois d’un score de 10 à un score de 9 ou moins. 

Une étude suédoise sur le sujet a ainsi permis de mettre en évidence que cette baisse du score impliquait une augmentation des risques de morbidité chez ces enfants [7]. Néanmoins, l’existence de ces risques et leur mise en évidence marginale ne doit pas laisser penser aux parents que leurs enfants seront en échec scolaire ou qu’ils auront des problèmes de socialisation. 

C’est tout le défi que s’étaient justement lancés les médecins [8], qui comprenaient parfaitement le désarroi de certains parents devant un score qui n’était pas de 10. Ils oublient que ce score d’Apgar, n’est qu’une aide pour le corps médical, une manière de bien cerner les besoins de l’enfant qui vient de naître, et de pallier éventuellement à un risque de décès. 

La seule chose qui compte, au moment de la naissance de votre enfant, c’est de le trouver en bonne santé. La première notation de sa vie peut franchement être relativisée. D’ailleurs, est-ce que vous connaissez vos notes d’Apgar à 1, 5, puis 10 minutes ? Sûrement pas, et cela ne vous empêche ni de vivre ni de nous lire, et ça, c’est une bonne chose. 

Références

[1]
Simon L.V., Hashmi M. F., Bragg B.N., 2022, APGAR Score, StatPearls, 18 août 2022.

[2]
It Happened Here: The Apgar Score, Health Matters, New-York Presbytarian.

[3]
Simon L.V., Hashmi M. F., Bragg B.N., 2022, APGAR Score, StatPearls, 18 août 2022.

[4]
2022, Shunt, Dictionnaire médical de l’Académie de Médecine, 2022.

[5]
Montgomery K.S., 2000, Apgar Scores: Examining the Long-term Significance, The Journal of Perinatal Education, été 2000, 9(3), pages 5-9, doi: 10.1624/105812400X87716.

[6]
Ehrenstein V., Pedersen L., Grijota M. et autres, 2009, Association of Apgar score at five minutes with long-term neurologic disability and cognitive function in a prevalence study of Danish conscripts. BMC Pregnancy and Childbirth, 02 avril 2009, article numéro 14.

[7]
Razaz N., Cnattingius S., Joseph K.S., 20 mars 2019, Association between Apgar scores of 7 to 9 and neonatal mortality and morbidity: population based cohort study of term infants in Sweden, British Medical Journal, 07 mai 2019, doi: https://doi.org/10.1136/bmj.l1656.

[8]
Montgomery K. S., 2000, Apgar Scores : Examining the Long-term Significance, The Journal of Perinatal Education, été 2000, 9(3), 5-9; doi : 10.1624/105812400X87716.

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