utérus bicorne naissance jumeaux

L’utérus bicorne fait malheureusement partie de la grande famille des malformations utérines qui toucheraient entre 3% et 5% des femmes (chiffres sous-estimés) [1]. Offrant une forme de cœur à l’utérus, ou de « V », il entraîne : 

  • Une fausse couche dans 15% à 27% des grossesses [2].
  • Un accouchement prématuré dans 12% des cas, 
  • Une naissance viable dans 72% des cas [3].

Par conséquent, grossesse et utérus bicorne ne riment pas avec infertilité, puisque plus de 7 grossesses sur 10 se terminent de manière heureuse. Il s’agit maintenant de comprendre pourquoi vous êtes touchée par cette malformation et comment celle-ci est prise en charge.

Quelle est l’origine de l’utérus bicorne ? 

Il n’y en a pas une, mais plusieurs [4] :

  • L’origine génétique, 
  • L’origine environnementale. 

Les scientifiques savent que plusieurs gènes sont responsables du développement et de la division de ce qui s’appelle les canaux de Müller, que nous définirons un peu plus loin : 

  • Lim1, 
  • Wnt4, 
  • Pax, 
  • Emx2, 
  • Wnt9b, 
  • Etc. 

Une mauvaise expression de ces gènes, notamment les gènes Hoxa 9, 10, 11 et 13, empêche les canaux mullériens de se former, donnant ainsi naissance à un utérus bicorne.

Ce n’est pas la seule cause, car à l’origine génétique du double utérus s’ajoute aussi l’origine environnementale. Par exemple, des années 1940 aux années 1970, de nombreuses femmes se sont vues prescrire le DES. Un médicament contenant du diéthylstilbestrol en principe actif. Les conséquences de celui-ci ont été des malformations des parties génitales des filles et des garçons exposés à ce produit dans le ventre de leur mère. 

Qu’en est-il aujourd’hui ? Sommes-nous à nouveau exposés à un produit chimique ayant des conséquences sur la formation de nos parties génitales ? C’est possible. Seul l’avenir nous le dira. Pour le DES, entre ses premières prescriptions en 1938 en Angleterre, et sa dernière interdiction en 1983 en Hongrie, il aura fallu 45 ans pour prendre toute la mesure de sa nocivité [5].

Quelle différence entre utérus bicorne bicervical et utérus bicorne unicervical ? 

Il existe 2 types d’utérus bicorne [6] :

  • L’utérus bicorne unicervical, 
  • L’utérus bicorne bicervical. 

Dans le premier cas, l’utérus ne présente qu’une seule cavité utérine, tandis que dans le second l’utérus présente deux cavités utérines. 

Quels sont les symptômes de l’utérus bicorne ? 

La plupart du temps, il n’y en a aucun. C’est la grossesse, et les fausses couches répétées qui révèlent alors le problème [7]. Lorsque des symptômes du double utérus apparaissent, ces derniers peuvent être [8] :

  • Des saignements vaginaux, 
  • Des rapports douloureux, 
  • Plus de 3 fausses couches, 
  • Des douleurs pelviennes. 

Autrement dit, cette malformation peut passer totalement inaperçue en cas de naissance normale, ce qui arrive 7 fois sur 10.

Faut-il une opération pour traiter l’utérus bicorne ? 

Oui, mais celle-ci peut être plus ou moins invasive selon le type d’intervention choisi. Au contraire de l’utérus cloisonné, dont le traitement privilégié est celui de l’hystéroscopie opératoire [9], le traitement de l’utérus bicorne se fait généralement par métroplastie. 

Il s’agit d’une opération de chirurgie reconstructive également connue sous le nom d’hystéroplastie. Son but est de redonner à l’utérus une forme aussi proche que possible de la morphologie d’un utérus normal. 

Toutefois, cette technique ne fait pas l’unanimité dans la communauté médicale [10]. Certains considèrent même qu’aucun traitement chirurgical n’est efficace pour augmenter les chances de naissance [11]. Tandis que d’autres rapportent des cas de succès, via la même méthode de métroplastie de Strassman, comme cette femme qui avait connu 6 fausses couches avant d’être opérée et de donner enfin naissance à un enfant par césarienne [12].

Par conséquent, si vous aussi, vous souffrez d’un utérus bifide, remettez-vous en entièrement à l’avis de l’équipe médicale qui vous suit, ainsi qu’à son expérience. Ses membres sauront vous conseiller et vous accompagner au mieux. 

Utérus bicorne et grossesse : faut-il un arrêt de travail ? 

Oui, l’arrêt de travail s’impose lorsqu’une échographie révèle un utérus bicorne. Le but de cet arrêt de travail est de vous mettre au repos, afin de limiter les contractions utérines. En effet, l’utérus bicorne et la grossesse créent un risque de décès maternel. 

Il convient donc d’être particulièrement bien suivie par la communauté médicale et de prendre toutes les précautions pour favoriser une fin heureuse. L’arrêt de travail en fait partie. 

Enfin, sachez que plus le diagnostic de l’utérus bicorne est précoce et la grossesse bien suivie, plus les chances d’enfanter un nouveau-né à terme et en bonne santé sont grandes. 

Références

[1]
O. Garbin, A. Ziane, V. Castaigne et autre, Les sections de cloisons et les plasties d’agrandissement ont-elles réellement un impact obstétrical ?, Gynécologie Obstétrique & Fertilité, Volume 34, Issue 9, September 2006, pages 813-818.

[2]
S. Choudhary, P. Jelly, P. Mahala,Successful outcome of pregnancy in bicornuate uterus: a case report, International Journal of Reproduction Contraception Obstetrics and Gynecology, septembre 2019.

[3]
M. M. James, Case report: Bicornate uterus – A precipitator of maternal morbidity, Journal of Asian Midwife, volume 1, issue 2, article 8, january 2015.

[4]
P. Kaur, D. Panneerselvam, Bicornate Uterus, StatPearls Publishing , janvier 2024.

[5]
Diéthylstilbestrol, Wikipedia.

[6]
P. Kaur, D. Panneerselvam, Bicornuate Uterus, StatPearls, 24 juin 2023.

[7]
S. Itchimouh, K. Khabtou, S. Mahdaoui et autres, Rupture utérine sur utérus bicorne à 12 semaines d’aménorrhées: à propos d’un cas, The Pan African Medical Journal, 21 juin 2016.

[8]
Bicornate Uterus, Cleveland Clinic, 21 avril 2022.

[9]
N. Moghadami-Tabrizl, M. Mokhtari-Derakhshanfard, H. Dabir-Ashrafi et autres, , Le Monde, 14 octobre 2023.

[10]
O. Garbin, A. Ziane, V. Castaigne, 2006, Les sections de cloisons et les plasties d’agrandissement ont-elles réellement un impact obstétrical ?, Onzièmes journées nationales de la FFER, Paris, 11 au 13 octobre 2006.

[11]
B. Bayoumy, Hysteroplasties: do uterine malformations always need to be corrected?, Instituto Bernabeu.

[12]
S.D.S. Karthik, A. Kriplani, R. Mahey et autre, 2017, Successful Reproductrive Outcome After Laparoscopic Strassmann’s Metroplasty, Journal of Human Reproductive Sciences, 2017, juillet-septembre, 10(3): 231-234, doi: 10.4103/jhrs.JHRS_11_17.

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